Resserer le texte... naturellement
Ça fait mal parfois....
A. ouvre le deuxième volet de l’exercice d’écriture, celui de la coupe cruelle à la chainsaw, rien de moins!
Et je rigole à peine, c’est brutal, sortez vos mouchoirs!
C’est là, si vous avez un reste de courage, allez, coupez… et oui, allez constater le travail avant toute chose, c’est primordial:
J’ai donc repris mes trois textes et j’ai coupé ce qui me semblait de trop…et j’ai parfois coupé trop… ah, quand on veut bien faire, c’est une erreur qui guette.
Le premier…je le retrace…
« La terre boueuse, une glaise grasse, en mottes, travaillée à la main par des enfants, ou de très jeunes hommes vêtus de vêtements clairs. Pieds nus, ils font des briques qui sèchent au sol. L’un d’eux forme la brique de ses mains, l’autre la transporte au lieu de séchage où plusieurs autres briques sont alignées. Des outils et un sac de toile sont déposés sur le sol. Au loin, une silhouette immobile sur une crête, vêtement flottant, tête couverte, qui regarde, ou pas. Des maisons pâles aux toits foncés, aux fenêtres aveugles, apparaissent à flanc de montagne. Un arbre effeuillé et rabougri s’efface dans le brouillard qui descend ».
Le résultat de ma coupe à blanc:
« Une glaise grasse travaillée par des enfants. Ils la mettent à sécher sous forme de brique. Des outils trainent, une silhouette est visible sur une crete. Des maisons apparaissent a flanc de montagne, une silhouette d’arbre s’efface dans le brouillard ».
Aïe… j’ai été d’une violence inouïe… je crois que c’est coupé trop ras, il ne reste rien.
Je me reprends…
« Une glaise grasse, en mottes, travaillée par des enfants vêtus de clair. Pieds nus, ils font des briques qui sèchent au sol. Des outils, un sac de toile. Au loin, une silhouette sur une crête, vêtement flottant, tête couverte. Des maisons pâles aux toits foncés, aux fenêtres aveugles, à flanc de montagne. Un arbre rabougri se distingue dans le brouillard ».
Ça me semble pas mal. Factuel, sans émotions ou interprétations superflues.
Vous me direz ce que vous en pensez…
La seconde photo, ce portrait de femme qui m’a tant fait travailler:
Mon texte essaie tant bien que mal de ne pas interpréter ici encore, mais cette femme, elle me parle trop clairement, j’ai dû vraiment y mettre des efforts.
« Portrait d’une femme et trois enfants. Elle a des cheveux fonçés, retenus derrière, avec une raie sur le côté. Elle regarde devant, les yeux un peu plissés, le front rayé de rides, bouche aux coins affaissés. Ses vêtements sont rustres, troués, en couches superposées. Assise, bras plié, main au visage, sa joue reposant sur sa paume, sur ses doigts. Un très jeune enfant, enroulé dans un manteau épais, dort, calé contre son sein. Deux enfants plus âgés ont posé leur tête, une brune, l’autre blonde, chacun sur une épaule de la femme, leurs visages tournés vers l’intérieur, indiscernables. Leurs vêtements sont aussi usés, troués. Derrière eux, une toile grossière, pâle et nue ».
Le texte, après le travail de dégraissage:
« Une femme aux cheveux foncés, retenus derrière, raie sur le côté. Yeux plissés, front ridé, bouche aux coins affaissés. Ses vêtements, superposés, sont élimés. Sa joue repose sur ses doigts. Un bébé dort dans son autre bras. Deux enfants ont leur tête posée sur chacune des épaules de la femme, tournés vers son dos, leurs vêtements sont aussi troués. Derrière eux, une toile grossière ».
Je prends conscience que je ressens davantage que je ne vois. Ce ressenti me bouche l’horizon, au point que je peine à voir ce qui est vraiment là. Mais, malgré tout, je crois que mon résultat final est plutôt bien.
Troisième et dernière photo, celle ou mon texte m’a semblé le plus précis et le plus détaché. Vous pouvez lire mon exercice ici:
Texte descriptif:
« Il y a ce qui semble être l’océan, à perte de vue. Juste un changement de ton sur l’horizon, sous le ciel immense, nuageux. Il faut deviner sur quoi ce ciel est posé. Un sol, un monticule jonché de débris, rocs et restes de clôture de bois, végétation peut-être. Quatre hommes, un de plus?, aux vêtements utilitaires semblables, à poches multiples et rallonges, un uniforme, s’affairent à planter un drapeau américain dans cet amoncellement de déchets. Ils portent des casques de protection, à motif camouflage. Leurs corps sont tendus, leurs bras levés pour soutenir la hampe, genoux pliés dans l’effort. L’un d’eux porte une arme à feu longue sur l’épaule. Le drapeau penche vers la droite, tordu par le vent ».
Cette même description, nettoyée:
« Une mer sombre, un ciel pâle, nuageux. Un monticule jonché de débris. Quatre soldats américains en uniforme, casqués, armes au côté, y plantent un drapeau, corps tendus par l’effort. La hampe penche vers la droite, le tissu est replié sur lui-même par le vent ».
Je suis impressionnée. Je suis passée de neuf lignes à trois seulement et je crois toujours tenir l’essentiel de la photo, sur un texte que je croyais déjà limité.
Ce que la coupe m’apprend, c’est que les mots en trop ne décrivent pas l’image, ils décrivent mon inconfort devant elle. Sinon, tout ce qui n’est pas essentiel est de trop. Pour l’instant, il ne me semble pas important de préciser la couleur des cheveux des enfants, ni le détails des débris dans lesquels on plante un drapeau.
Enlever, c’est voir plus clair.
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J'aime l'élagage.
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