Voir sans interpréter - 3
Exercice de description
Pour faire l’exercice, on commence ici :
Mon travail sur la première photo suggérée est là :
et ma réflexion sur la seconde photo se trouve ici :
Voici donc ma description de la troisième et dernière photo suggérée:
Je vois la guerre. Je vois l’impérialisme américain qui s’installe en conquérant. Je vois des soldats qui imposent leur présence, et veulent être vus au-delà de tout. Je vois la prise de possession d’un lieu tombé au combat. Une terre brûlée, brisée, saccagée. Le colonialisme encore et toujours. Ce lieu et ce qui y vit sont désormais à la merci de ces hommes.
Mais j’ai appris de mes tentatives précédentes, je n’irai pas dans cette direction, comme si ce n’était pas déjà fait, hmmm, hmmm! Je ne me ferai pas de cinéma sur ce qui se cache sous les casques, sous le drapeau, dans les débris, dans la mer ou dans les nuages.
Je vais garder le tout factuel. Ce que je vois et rien d’autre…
Il y a ce qui semble être l’océan, à perte de vue. Juste un changement de ton sur l’horizon, sous le ciel immense, nuageux. Il faut deviner sur quoi ce ciel est posé. Un sol, un monticule jonché de débris, rocs et restes de clôture de bois, végétation peut-être. Quatre hommes, un de plus?, aux vêtements utilitaires semblables, à poches multiples et rallonges, un uniforme, s’affairent à planter un drapeau américain dans cet amoncellement de déchets. Ils portent des casques de protection, à motif camouflage. Leurs corps sont tendus, leurs bras levés pour soutenir la hampe, genoux pliés dans l’effort. L’un d’eux porte une arme à feu longue sur l’épaule. Le drapeau penche vers la droite, tordu par le vent.
Alors, étrangement, je réalise que j’ai procédé à l’inverse de mon premier essai avec les travailleurs de la brique. Je suis partie du fond et je suis revenue vers l’avant. J’ai vu la mer en premier lieu, puis le ciel. La mer parce que je n’étais pas certaine de ce que je voyais… eau, sol? J’ai finalement opté pour l’eau, ça me semblait plausible, mais j’ai conservé le doute vivant (ce qui semble).
Ensuite, c’est le ciel, immense, qui occupe la plus grande partie de la photo est la partie qui m’a interpellé, pour mieux me ramener aux personnages au centre puis mon regard a suivi la hampe jusqu’au flottement du drapeau. Donc, de bas en haut, gauche droite… puis haut, centre, haut. Je me balade!
Ce qui se passe selon moi: je pose la scène, le décor puis je vais vers les détails. J’ai l’impression que je suis visuellement ce que l’image impose, mon regard s’ajuste selon ce qui est là. Je respecte ce que je ne reconnais pas, et mes doutes transparaissent.
Cet exercice m’a beaucoup intéressée par la prise de conscience qu’il amène. Il m’a appris que je ne me place pas d’avance dans une scene, que je l’embrasse d’abord dans toute sa grandeur pour ensuite venir ajouter des éclats, des détails. C’est déja ce que je fais dans l’incipit de Beachy Head, et dans le texte du Confinement qui paraitra demain. Ma grammaire était là avant que je puisse la nommer. Et, ce qui est frappant, c’est que ça reprend les principes de l’aquarelle. On travaille le fond, on laisse les détails du premier plan en blanc, on les remplira plus tard, une fois le fond bien sec. Quand on dit regard de peintre, c’est peut-être là que ça prend sa source, dans la simple pratique d’une technique de peinture à l’eau… qui est cependant bien différente de l’huile ou de l’acrylique, ou je peux très bien rajouter une touche de blanc par dessus les ténèbres les plus sombres. À l’aquarelle, je devrais tricher pour ramener ce blanc.
Décrire ces images m’a appris à lire ma propre écriture, ce n’est pas rien.







Très intéressant!