Une règle en moins
Et soudain, la langue respire mieux
En 1549, Du Bellay écrivait que la langue se fait dans l’usage, pas dans les grammaires. Qu’elle se construit en parlant, en se tordant, en vivant.


Le Bescherelle vient de s’en souvenir.
Une nouvelle édition de L’Art de conjuguer vient de paraître. Une nouvelle édition comme une autre, en apparence. Et pourtant, elle est là : une simplification de l’accord du participe passé.
Avec être, on accorde avec le sujet. Avec avoir, on peut laisser invariable.
(Note d’honnêteté intellectuelle : ce texte applique la nouvelle règle. “Ils les ont remercié,” — invariable. “Elles se sont vues” — accordé avec le sujet. Ça accroche un peu, c’est normal. Ce malaise ne vient pas d’une faute : il vient d’un changement de réflexe.)
Parce que, on va se le dire, un système où l’accord dépend de la position d’un complément qu’il faut repérer, déplacer mentalement, parfois deviner, ce n’est pas exactement un modèle de clarté. C’est un jeu de piste grammatical où même les plus appliqués finissent par douter.
Et cette règle, elle vient d’où, au juste ? D’un poète de cour du 16e siècle. Clément Marot. L’Académie française l’a officialisée en 1647 parce qu’il fallait bien trancher. Depuis, on l’enseigne comme si c’était gravé dans la pierre.


Ça fait des années que l’idée de cette simplification circule. Colloques, recommandations, associations de profs. Le Québec embarque. La Belgique aussi. Mais tant que ça reste dans des documents officiels, ça ne dérange personne : on peut continuer à faire semblant que la règle tient toujours, immuable.
Quand ça entre dans le Bescherelle, ça devient plus difficile d’ignorer.
Parce que le Bescherelle, ce n’est pas juste un livre. C’est une autorité tranquille, un réflexe, quelque chose qu’on ouvre avec sérieux, parfois avec ennui, mais toujours avec l’idée que la langue y est en toute honnêteté.
Et là, il dit, calmement : on peut faire autrement.
On va dire que la langue perd quelque chose. C’est toujours la même inquiétude. Mais perdre quoi, exactement ? La capacité d’hésiter devant un COD antéposé ? Le petit plaisir de corriger les autres ?
À un moment, ce n’est plus de la rigueur. C’est de la fidélité à des maux de tête imposés.
Il y a toujours eu deux langues : celle qu’on fige dans les livres, et celle qui circule, qui simplifie, qui s’adapte, qui continue sans demander la permission.
La réforme ne change pas la langue. Elle reconnaît ce qu’elle fait déjà.
Si ça dérange que le Bescherelle bouge, ce n’est certainement parce que la langue d’usage est le problème. C’est plutôt l’idée qu’une fois apprise, une règle devrait rester vraie pour toujours, ne serait-ce que pour rentabiliser l’effort.
Mais la langue n’a jamais promis ça.
Elle bouge, elle simplifie, elle oublie.
Et, comme d’habitude, les livres finissent par suivre.



Cela va me changer la vie de me permettre de simplifier. Je te le dis et le répète, tu vas adorer la versification. C'est très lié à l'histoire de la construction de la langue française. La Pleïade, la vraie, a posé des bases.
"Qui, pour ly grand Dieux adorez,
Bastist eglises et convens ?
S’en son temps il fut honorez,
Autant en emporte ly vens."
Écoute… Enlever une règle, c’est jamais juste enlever une règle. C’est ouvrir une fenêtre dans une pièce que tout le monde trouvait “correcte” juste parce qu’elle était fermée.
Le prophète Lucien du Trop Organisé disait :
« Les règles rassurent surtout ceux qui veulent pas choisir. »
Parce que choisir, ça engage. Ça expose. Pis ça, ça fait peur à ben du monde. Mais entre moi pis toi… y’en a des règles qui nourrissent rien. Juste du poids. Juste de l’habitude.
La philosophe Diane du Pas Obligée disait :
« Ce qui te nourrit pas mérite pas de rester. »
Faque ton “une règle en moins”… c’est pas un caprice. C’est un tri. Pis quelqu’un qui commence à trier, ça finit souvent par vivre un peu trop libre pour le goût des autres.