9 Commentaires
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Avatar de Livia

Justement j’ai lu Frankenstein suite à l’adaptation de Guillermo Del Toro et j’ai autant aimé le film que l’œuvre originale qui n’ont pourtant pas grand chose à voir.

Avatar de Johanne

C’est la meilleure preuve qu’une adaptation fonctionne : elle donne envie d’ouvrir le livre. Et parfois les deux œuvres vivent très bien chacune de leur côté.

Avatar de A.
Mar 7Modifié

L'argumentation est solide. Et tu pointes une des grandes qualités de la littérature : elle active l'imaginaire du lecteur. Et chaque lecteur est différent.

J'ai toujours eu du mal, par exemple, avec King qui déteste le "Shining" de Kubrick (venant du réalisateur de "Maximum Overdrive", c'est gonflé) et moi lecteur, j'aime les deux versions pour différentes raisons.

Le cinéma a également une grammaire particulière et convoque les sensations voire plutôt les émotions du spectateurs. Le "pur cinema" de hitchcock a vraiment du sens (sauf en France et son théâtre filmé perpétuel).

Là où il y a un hiatus, c'est entre le divertissement et la tentative artistique, que ce soit en littérature et au cinéma.

C'est l'économie du prototype dans une société de surconsommation.

En tout cas, ton article est très stimulant intellectuellement.

Je retourne bosser.

Avatar de Johanne

Beau cas de figure, qui illustre bien ce que je tente de demontrer.

King avait mis quelque chose de personnel dans Jack Torrance: un homme qui chute, un père qui échoue. Kubrick déplace le centre émotionnel du roman de King. L’angoisse ne vient plus seulement de l’homme qui se défait, mais du lieu lui-même. C’est une lecture personnelle du texte, et le cinéma a parfaitement le droit d’en produire une.

Et King sait ce que fait une adaptation à une œuvre. Il sait qu’elle transforme. Sa réaction est peut-être explicable (ne pas s’y reconnaitre), mais elle reste difficile à défendre : Kubrick n’a pas trahi le roman, il en a proposé une lecture cinématographique personnelle. Et c’est là que la grammaire du cinéma dont tu parles entre en jeu. Kubrick ne traduit pas le roman : il pense en images, en espace, en rythme. L’Overlook devient un personnage et ça produit forcément une œuvre autonome.

C’est peut-être ce qui explique la réaction de certains spectateurs devant les adaptations. En déplaçant le centre, ce qui entre en jeu n’est pas seulement esthétique : c’est aussi une forme de deuil. L’histoire créé n’est plus, on est face à autre chose qui n’est pas reconnaissable.

Merci, tu as enrichi ma propre réflexion.

Avatar de Dany Rodrigue

Y a quelque chose de facinant là-dedans, l'idée que l'oeuvre n'est pas un bloc de marbre, mais un espace de rencontre. Pis quand je regarde ceux qui exigent une fidélité absolue à l'adaptation, je me demande si le point commun c'est vraiment la passion... ou juste un besoin viscéral d'avoir raison.

Parce que réclamer que le film soit le clone de ta lecture, c'est quoi au fond? C'est vouloir garder le contrôle sur l'imaginaire. Accepter une autre interprétation, ça reviendrait à admettre que sa vision était pas la seule vérité. Pis ça, pour certains cerveaux, c'est insupportable.

C'est un combat d'ego déguisé en débat culturel.

Avatar de Johanne

L’idée du contrôle sur l’imaginaire est juste. Mais je resterais prudente avec “combat d’ego”... ce besoin de reconnaissance de sa propre lecture est humain, presque universel. C’est moins de l’arrogance que du deuil, je pense.

Avatar de Andréanne Slythe

Johanne ton texte m'a été d'une grande inspiration, moi dès que ça dégage des effluves cadavérique, mon imagination part en ébullition.

Voici ma lecture de Frankenstein.

Mon Frankenstein serait un être dont la vie se retirerait lentement, car je l’aurais façonné à partir de cadavres humains.

Les morceaux qui le composent se décomposeraient un à un.

Il serait contraint d’exhumer des tombes pour remplacer les parties qui dépérissent, prolongeant son existence avec d’autres fragments morts.

Car avec la putréfaction vient l’odeur.

Et avec l’odeur, la mémoire de ce qu’il n’a jamais été : vivant.

Il survivrait ainsi, dans une réparation sans fin, greffant la mort sur la mort pour retarder l’inévitable.

Puis, épuisé de ce cirque infernal, il choisirait de s’incinérer lui-même pour se libérer.

Car malgré tout, il est immortel.

Et il n’y a rien de plus cruel qu’une immortalité condamnée à la décomposition éternelle.

Avatar de Johanne
Feb 22Modifié

Oufff! C'est un texte vraiment profond aue tu m'offres ici! Ça résonne en moi d'une manière particulière, ces morceaux qu'on remplace sans jamais être permanents.

C'est tragique, d'une tristesse absolue.

Je fais un parallele, peut etre tiré par les cheveux, avec l'addiction qui occupe mes pensées ce matin... reprise, descente, montée, descente... rien ne subsiste que le manque, l'enfer, la dope comme un membre qui se décompose, qui se doit d'être rafraîchi régulièrement sous peine de souffrance terrible...

L'autodafé comme sortie... c'est dur mais oui, mourir à soi même, pour revenir...autrement, lavé, presque pur...

Avatar de Andréanne Slythe

Non, ce n’est pas tiré par les cheveux.

Tu as ressenti le texte.

Ce que tu décris avec l’addiction, cette idée de remplacer sans cesse un morceau qui se décompose pour éviter le manque, c’est la même mécanique que celle que j’ai voulu explorer.

Chez moi, ça part de la difficulté à se reconstruire après l’accumulation de déclencheurs et les trahisons de l’intimité post-verdict.

Mais au fond, on parle de la même fatigue : celle de devoir se réparer continuellement pour continuer d’exister.