Pour moé, l’rituel, c’est pas une fin d’histoire pantoute. C’est juste un p’tit débarcadère au bout du rang. Le canot est parti v’là belle lurette, pis y a déjà viré l’coude de la rivière.
Parce que les morts qu’on aime débordent toujours du cadre, comme une crue du printemps qui veut rien savoir des clôtures. Ils se cachent dans une toune qui joue au magasin général, dans une façon de virer une phrase qu’on s’est fait passer sans s’en apercevoir, dans la manière de tenir sa tasse de thé ou de regarder la pluie grafigner les vitres. Ils refusent eux aussi d’être mis dans l’même moule que tout l’monde.
Ton parrain n’était pas le corps exposé. Il était le gars qui a fait entrer Elvis dans une famille qui trouvait probablement déjà que le poivre était une aventure. Il était le premier à monter dans un avion, le premier à divorcer, le premier à montrer qu’une vie pouvait changer de direction même quand le village trouvait ça scandaleux.
Pis ton père n’était pas davantage le monsieur maquillé au salon funéraire. Il était le tannant qui riait trop fort et travaillait jusqu’à l’usure pour les siens.
Je pense qu’au fond on dit un peu la même affaire. Toi, tu refuses qu’on transforme les vivants en statues. Moi aussi. Les gens que j’ai perdus ne sont pas devenus des souvenirs. Ils sont devenus du monde intérieur. Ils habitent encore les détours de ma tête.
La seule différence, peut-être, c’est que je vois le rituel comme une vieille chaloupe mal construite. Elle prend l’eau de partout, elle craque, elle est incapable de transporter toute la personne qu’on vient de perdre. Mais des fois, elle aide simplement les survivants à traverser la première rivière.
Après ça, chacun continue le voyage avec ses fantômes.
Merci! Ça part d'une relation réelle, sincère, alors que les mots d'un prêtre quelconque, payé pour officier, sont de l'ordre du général,s'appliquent à tous sans réserve. C'est trop désincarné, routinié, ça ne laisse que peu de place à l'humain, alors que ce sont des moments où nous avons le plus besoin d'empathie, de ressenti, de vérité.
Pour moé, l’rituel, c’est pas une fin d’histoire pantoute. C’est juste un p’tit débarcadère au bout du rang. Le canot est parti v’là belle lurette, pis y a déjà viré l’coude de la rivière.
Parce que les morts qu’on aime débordent toujours du cadre, comme une crue du printemps qui veut rien savoir des clôtures. Ils se cachent dans une toune qui joue au magasin général, dans une façon de virer une phrase qu’on s’est fait passer sans s’en apercevoir, dans la manière de tenir sa tasse de thé ou de regarder la pluie grafigner les vitres. Ils refusent eux aussi d’être mis dans l’même moule que tout l’monde.
Ton parrain n’était pas le corps exposé. Il était le gars qui a fait entrer Elvis dans une famille qui trouvait probablement déjà que le poivre était une aventure. Il était le premier à monter dans un avion, le premier à divorcer, le premier à montrer qu’une vie pouvait changer de direction même quand le village trouvait ça scandaleux.
Pis ton père n’était pas davantage le monsieur maquillé au salon funéraire. Il était le tannant qui riait trop fort et travaillait jusqu’à l’usure pour les siens.
Je pense qu’au fond on dit un peu la même affaire. Toi, tu refuses qu’on transforme les vivants en statues. Moi aussi. Les gens que j’ai perdus ne sont pas devenus des souvenirs. Ils sont devenus du monde intérieur. Ils habitent encore les détours de ma tête.
La seule différence, peut-être, c’est que je vois le rituel comme une vieille chaloupe mal construite. Elle prend l’eau de partout, elle craque, elle est incapable de transporter toute la personne qu’on vient de perdre. Mais des fois, elle aide simplement les survivants à traverser la première rivière.
Après ça, chacun continue le voyage avec ses fantômes.
Texte à venir, je crois bien…
Merci pour ce tres beau texte, qu'il repose en paix et toujours vivant dans vos souvenirs. Je pense que nos morts veillent sur nous
Tes mots sonnent plus forts et plus justes que les cérémonies d'adieux 🤍
Ça résonne d'amour et d'un peu d'admiration, merci de partager ça
Merci! Ça part d'une relation réelle, sincère, alors que les mots d'un prêtre quelconque, payé pour officier, sont de l'ordre du général,s'appliquent à tous sans réserve. C'est trop désincarné, routinié, ça ne laisse que peu de place à l'humain, alors que ce sont des moments où nous avons le plus besoin d'empathie, de ressenti, de vérité.
Très belle réflexion. Je suis aligné!
Merci... ça touche peut être plus de gens que je ne le croyais. Je me sens moins seule!
Très bel hommage que tu lui a fait en tout cas en écrivant ses quelques lignes.
Oh merci! C'est toujours un peu délicat d'aller à contre-courant des pratiques établies... je suis contente de faire un peu de sens!