À l’origine, le Capricorne n’est pas qu’une chèvre.
Le fantasme de l’Ultimate G.O.A.T.1 ? Non. Mauvais animal.
C’est une chèvre marine : des sabots bien plantés sur la terre, et une queue de poisson qu’on préférerait parfois oublier, et que bien des horoscopes ont effectivement oubliée.
Avancer, gravir, tenir, avec derrière soi une part invisible qui pendouille là, on ne sait trop pourquoi...
Chez les écrivains Capricorne, il est surtout question de durée, de responsabilités qu’on n’a jamais vraiment choisies et d’ascensions laborieuses sans raccourci. Ils semblent hantés par le temps qui passe et par ce qu’ils laissent derrière eux (cette queue de morue qui ballote là?). Dans plusieurs œuvres capricorniennes, ces thèmes dominent, et chaque phrase donne l’impression d’avoir passé un entretien d’embauche avant d’être acceptée. Une main sévère passe sur ces textes, biffant au stylo rouge et sans état d’âme ce qui ne tient pas la route. De là ce goût marqué pour le roman initiatique, les bilans de vie et les regards dans le rétroviseur.
Ces écritures explorent aussi l’ambition et la réussite : le héros monte l’escalier, l’ascenseur est en panne, un agenda sous le bras plutôt qu’une épée à la main. Le pouvoir, le statut et la place dans la file d’attente, que ce soit à la caisse de l’épicerie ou à la tête de la compagnie, reviennent sans cesse : on les gagne, on les conteste ou on tente de passer devant, tout en surveillant que les autres restent bien à leur place. De là découle une véritable obsession de la responsabilité et du devoir, des personnages qui portent le poids de la famille, du collectif ou d’une vague vocation, parfois jusqu’au sacrifice, avec en tête cette pensée lancinante : ce n’était pas dans le contrat initial et pourtant, ils s’exécutent. On voudrait qu’ils prennent deux Tylenol et s’assoient cinq minutes. Ces figures se retrouvent coincées entre leurs désirs personnels et ce qu’on attend d’elles, avec l’impression que chaque décision doit être signée, datée devant notaire et rangée en lieu sûr. Au cas où.
Le ton est terre à terre, souvent sombre ou désenchanté. Les limites, les échecs et la dureté du monde social s’imposent, pendant que l’espoir attend au fond du tiroir. L’ironie sèche et l’humour noir sont de la partie, avec ce sourire en coin très capricornien pendant que les utopies se prennent les pieds dans le réel. Enfin, ces œuvres parlent surtout de construction : bâtir une œuvre, une entreprise, une communauté ou un soi vaguement plus solide, par accumulation patiente plutôt que par rupture spectaculaire. Rien n’arrive d’un coup ; tout se monte à la force des notes en bas de page.
On y apprend à tenir bon, à durer, à résister sans faire de bruit et à transformer l’obstination en manière de faire. C’est ce qui fait du Capricorne l’auteur idéal des sagas interminables… et des deadlines toujours repoussées, mais jamais oubliées.
Voici quelques auteurs québécois, nés sous le signe du Capricorne (sont rares, c’est incroyable! ), vus par madame Irma
Émile Nelligan – Capricorne ascendant drame lyrique
Émile Nelligan incarne le Capricorne par son ambition poétique rigoureuse, sa mélancolie structurée et sa persévérance tragique face à l’adversité.
Traits capricorniens de Nelligan
Nelligan, né le 17 décembre 1879, porte la marque du Capricorne : une discipline ascétique qui transforme le spleen en art maîtrisé. Ses poèmes, comme un bilan annuel saturnien, dissèquent l’existence avec une précision froide : automnes éternels, navires maudits, clair de lune comptabilisé. Plutôt que l’ivresse bohème, il choisit la forge patiente des alexandrins, perfectionniste jusqu’à l’internement précoce.
Œuvres emblématiques
Le vaisseau d’or : le Capricorne bâtit un idéal somptueux, puis l’observe couler méthodiquement : ambition déçue, mais immortalisée en métaphore impeccable.
Soir d’hiver : rigueur glaciale du signe, où chaque flocon d’angoisse tombe en ordre parfait, comme un rapport financier de l’âme.
Ces poèmes sont publié dans divers recueils dont Poésies, aux éditions Bibliothèque Québécoise.
Son génie posthume?
Saturne récompense toujours les siens : enfermé à 20 ans, Nelligan grave la littérature québécoise d’une encre indélébile. Un poète maudit, mais avec agenda.
(Mme Irma : « Même en camisole, il garde la rime riche. Y rit pas souvent, mais en octosyllabes.»)
Lise Bissonnette – Capricorne ascendant réunion décisive
Lise Bissonnette incarne le Capricorne par son sérieux inflexible, son entêtement stratégique et sa capacité rare à transformer des idées contestées en institutions qui tiennent.
Traits capricorniens de Lise Bissonnette
Bissonnette, née le 9 janvier 1945, porte la marque du Capricorne : une rigueur constante, peu portée sur la séduction, entièrement orientée vers l’efficacité. Sérieuse jusqu’à l’austérité, entêtée jusqu’à l’agacement, elle avance sans bruit, mais sans recul. Là où d’autres négocient, elle insiste. Là où les résistances s’accumulent, elle attend. Son obstination n’est pas impulsive : elle est patiente, structurée, appuyée sur le temps long et la conviction que le réel finira par céder.
Œuvres emblématiques
Un lieu approprié : le Capricorne observe un Québec pris entre décisions publiques et vies privées, où toute ambition doit composer avec les contraintes du réel.
Marie suivait l’été : discipline des saisons et des responsabilités, chronique d’une endurance ordinaire qui finit par dessiner une trajectoire.
Son génie institutionnel ?
Saturne récompense toujours les persistants. Au Devoir, elle redresse les finances sans sacrifier l’exigence intellectuelle. À la tête de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec, elle impose des choix débattus et attire une fréquentation sans précédent. Sérieuse, oui. Entêtée, assurément. Mais les résultats parlent pour elle.
(Mme Irma : « On peut pas dire qu’elle fait rêver, mais faut reconnaître que ça tient debout. »)
François Blais – Capricorne ascendant obstination silencieuse
François Blais incarnait le Capricorne par sa persévérance discrète, son sens aigu de l’absurde et sa capacité à transformer la banalité du réel en matière littéraire durable.
Traits capricorniens de François Blais
Blais, né le 13 décembre 1955, portait la marque du Capricorne modeste et tenace. Chez lui, l’ambition ne s’affichait pas : elle avançait à bas bruit, dans la répétition des situations ordinaires et des attentes déçues. Plutôt que l’héroïsme ou la posture, il choisissait l’endurance du quotidien, la précision du détail, la fidélité à des personnages sans éclat. Ses récits exploraient l’existence comme une suite de démarches inabouties, où l’on persiste malgré tout, avec humour, lucidité et une patience presque douloureuse.
Œuvres emblématiques
Document 1 : le Capricorne affronte la machine administrative, accumule les refus, et transforme l’échec en forme littéraire maîtrisée.
Iphigénie en Haute-Ville : rigueur urbaine et désenchantement tranquille, où les aspirations se heurtent à la logique froide du monde contemporain.
Son génie discret ?
Saturne récompense parfois tardivement les obstinés silencieux. Sans bruit, Blais a laissé une œuvre juste, précise, profondément humaine, qui continue de dire l’usure, la persistance et la dignité des vies ordinaires.
(Mme Irma, plus doucement : « Il regardait le monde sans illusion, mais sans mépris. »).
Laure Waridel – Capricorne ascendant comptable bio
Née le 10 janvier 1973
Traits capricorniens de Laure Waridel
Biologiste devenue militante Équiterre, ferme laitière à Mont-Saint-Grégoire. Ambition verte comptabilisée en tonnes de CO2 évitées. Chaque choix au IGA pesé comme un budget familial. Sabots plantés dans la terre nourricière, queue de poisson qui se souvient des famines anciennes.
Œuvres emblématiques
L’envers de l’assiette (1998, 2003) : derrière ton yogourt, l’empreinte carbone de chaque fraise californienne votée contre la planète.
Acheter c’est voter (2005) : panier d’épicerie = bulletin de vote pour l’apocalypse ou la survie.
Son génie militant ?
Saturne récompense les bâtisseurs durables : Équiterre construite comme un budget provincial.
(Mme Irma : « Sauver la planète, ça commence par le prix du bio au Metro. »)
Daniel Bélanger – Capricorne ascendant sillage lourd
Daniel Bélanger incarne le Capricorne par sa lenteur obstinée, sa mélancolie persistante et son talent pour faire avancer le poids du monde sans jamais appuyer sur l’accélérateur.
Traits capricorniens de Daniel Bélanger
Bélanger, né le 26 décembre 1961, porte la marque du Capricorne contemplatif. Il avance à vitesse constante, sans détour inutile. Poète nocturne, il observe Montréal quand tout le monde est couché, ramasse les restes d’humanité et en fait des chansons magnifiques. Chez lui, la tristesse ne crie pas : elle roule et roucoule doucement. Chaque mot est pesé, chaque image supporte sa charge, comme un camion plein sur une route glacée. Sur scène, il fait sa job, pas de flafla, ni de paillette, pas de move wild, juste ses chansons et sa posture de pilier immuable au centre de la scène, l’air du gars ben ordinaire, pas rockstar pour une cenne.
Œuvres emblématiques
Ses albums, bien entendu, mais aussi quelques livres:
Poids lourd : chaque poème avance avec sa cargaison existentielle, sans klaxon ni raccourci.
Erreur d’impression : les ratés deviennent méthode, les défauts, signature.
Auto-stop : roman des rencontres fugaces, où le sens apparaît souvent après coup, sur le bord de la route.
Son génie sensible ?
Saturne récompense ceux qui tiennent la route sans se presser. Bélanger grave la lenteur, la mémoire et l’usure avec une douceur entêtée.
(Mme Irma : « Il va pas vite. Mais il fait pas de sortie de route. »)
En somme, le Capricorne n’écrit pas pour briller ni pour séduire : il écrit pour que ça tienne debout et que ça dure longtemps. Une œuvre comme on coule une fondation, en sachant très bien qu’on n’y habitera peut-être pas longtemps, mais que d’autres viendront s’y appuyer. Sabots dans la glaise, queue de poisson traînant dans l’inconscient collectif, il avance lentement, sérieusement, parfois à contrecœur. Rien de spectaculaire, rien de gratuit : du solide, du durable, du révisé trois fois.
(Mme Irma, en rangeant ses dossiers : « C’est pas glamour, mais ça s’effondre pas. Et à long terme, c’est tout ce qui compte. »)
G.O.A.T. : Greatest Of All Time. Les gamers savent. Le rêve d’un Capricorne. Avec validation officielle, si possible.








