Monsieur, vous méconnaissez profondément la nature de mon art.
Je ne suis pas une femme qui constate une légère perte de taille. Je suis une immense tragédienne. Une Sarah Bernhardt née dans un bungalow de banlieue, qui entre en scène, drapée d’un peignoir beaucoup trop majestueux pour les circonstances, une main sur le cœur, l’autre tendue vers un ciel manifestement indifférent.
« Ô destin! Pourquoi m’arracher deux virgule cinq centimètres alors que j’avais encore tant de centimètres à offrir au monde? »
Je réclame des sanglots. Je réclame une musique orchestrale. Je réclame des critiques enthousiastes qui écriront : « Jamais une perte d’un pouce n’avait été interprétée avec une telle intensité. »
Votre humour noir est certainement très utile aux gens raisonnables. Moi, j’ai choisi l’excès. C’est infiniment plus spectaculaire.
Ah ben là, m'sieur… vous comprenez rien pantoute à mon personnage.
Moé, chu pas une femme qui perd un pouce. Chu une femme à qui le destin arrache un pouce. C’est pas pareil.
J’entre dans cuisine, le ruban à mesurer pend encore dans main, pis j’le regarde de travers, le traitre.
« Toé! Après vingt ans dans c’te maison! C’est de même que tu m’mercies? ». Il prend le bord des vidanges drette là, le ticrisse!
J’me promène en rond. J’ouvre les armoires pour rien. J’regarde par la fenêtre comme si toute Montréal pouvait comprendre ma douleur. J’attends quasiment qu’une voisine cogne à porte pour m’dire : « Johanne… on est toutes avec toé. »
Pis là, quelqu’un arrive avec de l'humour noir. Sérieux?
L’humour noir?
Monsieur… laissez-moé au moins finir mon troisième acte! J’ai pas encore assez souffert pour mériter une bonne blague. Chu encore en train de négocier avec les dieux du tape à mesurer.
Quand j’vas être rendue à accepter mon sort, j’vous promets qu’on rira ensemble. Mais là? Là, j’suis encore en pleine représentation.
C'est un peu compliqué de parler de ce texte. Néanmoins, si je veux faire un remake de l'homme qui rétrécit, je sais qui appeler. 🙂↕️.
Booo t'es pas drôle..
Désolé, c'est sûrement une défense. Mais ça a fonctionné pour ma maman quand elle avait son cancer. L'humour noir l’a sauvé.
Monsieur, vous méconnaissez profondément la nature de mon art.
Je ne suis pas une femme qui constate une légère perte de taille. Je suis une immense tragédienne. Une Sarah Bernhardt née dans un bungalow de banlieue, qui entre en scène, drapée d’un peignoir beaucoup trop majestueux pour les circonstances, une main sur le cœur, l’autre tendue vers un ciel manifestement indifférent.
« Ô destin! Pourquoi m’arracher deux virgule cinq centimètres alors que j’avais encore tant de centimètres à offrir au monde? »
Je réclame des sanglots. Je réclame une musique orchestrale. Je réclame des critiques enthousiastes qui écriront : « Jamais une perte d’un pouce n’avait été interprétée avec une telle intensité. »
Votre humour noir est certainement très utile aux gens raisonnables. Moi, j’ai choisi l’excès. C’est infiniment plus spectaculaire.
😂😂😂
On dirait la tirade finale d'une telenovela sud-américaine. Je suis conquis.
Je te refais ça full Québec:
Ah ben là, m'sieur… vous comprenez rien pantoute à mon personnage.
Moé, chu pas une femme qui perd un pouce. Chu une femme à qui le destin arrache un pouce. C’est pas pareil.
J’entre dans cuisine, le ruban à mesurer pend encore dans main, pis j’le regarde de travers, le traitre.
« Toé! Après vingt ans dans c’te maison! C’est de même que tu m’mercies? ». Il prend le bord des vidanges drette là, le ticrisse!
J’me promène en rond. J’ouvre les armoires pour rien. J’regarde par la fenêtre comme si toute Montréal pouvait comprendre ma douleur. J’attends quasiment qu’une voisine cogne à porte pour m’dire : « Johanne… on est toutes avec toé. »
Pis là, quelqu’un arrive avec de l'humour noir. Sérieux?
L’humour noir?
Monsieur… laissez-moé au moins finir mon troisième acte! J’ai pas encore assez souffert pour mériter une bonne blague. Chu encore en train de négocier avec les dieux du tape à mesurer.
Quand j’vas être rendue à accepter mon sort, j’vous promets qu’on rira ensemble. Mais là? Là, j’suis encore en pleine représentation.
Bah, voilà que je fais engueuler dans tous les registres de langue. Eh ben. 😬