Juin à Montréal, c’est trois choses en même temps : les terrasses qui débordent, les FrancoFolies qui envahissent le Quartier des spectacles, et la Formule 1 qui transforme le centre-ville en une grande démonstration collective de ce que l’argent peut faire au bruit. Tout ça en même temps, dans la chaleur qui arrive enfin. Je sais, je sais….elle a été là 24 heures pis elle a sacré le camp… mais elle va revenir, promis…
Irma observe ça depuis sa fenêtre avec sa cigarette. Tout ce mouvement. Tout ce monde qui sort comme si on leur avait rendu quelque chose.
La Nouvelle Lune en Gémeaux arrive le 15 pour deux semaines où les idées et les mots sortent avant d’être prêts. Le soleil entre en Cancer le 22 et ça ralentit, vers quelque chose de plus intérieur. Mercure part en rétrograde le 29 en Cancer : les vieux dossiers remontent. Et Jupiter entre en Lion le 30 pour douze ans.
Ce qui commence maintenant compte.
Mme Irma allume une cigarette. Elle ouvre le dossier juin.
GÉMEAUX (21 mai – 20 juin)
Gémeaux, viens ici. Non, pas cette version-là. L’autre. Celle qui veut déménager à Lisbonne après avoir regardé deux vidéos TikTok sur “vivre autrement”.
C’est ton mois. Et malheureusement pour le reste du monde, ça se sent.
La Nouvelle Lune du 15 dans ton signe transforme ton cerveau en machine à combustion rapide. Idées. Messages. Conversations. Flirts. Projets. Opinions très fortes sur des sujets que tu connaissais pas mardi passé.
Tu vas avoir envie de tout faire. Le problème, c’est que ton intérêt quitte souvent ton corps plus vite qu’un père québécois démissionne devant un projet de rénovation coûteux.
Juin te demande un exercice extrêmement humiliant : finir quelque chose.
Pas pour toujours. Pas un destin. Juste une affaire complète avant de tomber amoureux d’une nouvelle obsession intellectuelle comme un rat de laboratoire sous caféine.
En amour, quelqu’un commence à comprendre que t’es capable d’être très présent verbalement tout en étant spirituellement dans une autre pièce. Tu réponds. Tu séduis. Tu fais rire. Mais intérieurement t’es déjà en train de réfléchir à un documentaire norvégien, une reconversion artistique pis un voyage “pour te retrouver”.
Mercure rétrograde le 29 ? Pour toi c’est juste la continuité normale de ton fonctionnement mental.
(Mme Irma rit en retrouvant un vieux projet commencé en 2018 dans un tiroir.)
« Ton talent, c’est pas les idées. Même les gars qui démarrent des podcasts sur les champignons adaptogènes ont des idées. Le talent, ce serait d’en mener une jusqu’au boutte avant ta prochaine crise existentielle. »
Deux titres pour les gens qui compliquent déjà tout naturellement
Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
Deux voix qui argumentent, se jugent, se séduisent intellectuellement jusqu’à épuisement général. Le livre parfait pour quelqu’un capable de débattre avec lui-même pendant trois heures pis perdre pareil.
Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes
Un roman sur l’obsession intellectuelle, la disparition et le désir de poursuivre quelque chose jusqu’au bout au lieu de courir après la prochaine fascination brillante comme un chat après un laser.
CANCER (21 juin – 22 juillet)
Cancer, viens t’asseoir avant de recommencer à nourrir émotionnellement quelqu’un qui sait même pas où t’habites psychiquement.
Le Soleil entre dans ton signe le 22 et tout devient humide intérieurement. Les souvenirs remontent. Les émotions aussi. Toi, tu peux transformer une vieille conversation de 2019 en site archéologique complet avec analyse des tonalités vocales.
Le mois veut que tu prennes enfin de la place sans t’excuser d’exister après chaque phrase. Très beau concept. Très difficile pour quelqu’un qui s’excuse quand le serveur lui apporte exactement ce qu’il a commandé.
En amour, juin ouvre quelque chose de vrai. Plus profond. Plus intime. Mais ton réflexe reste le même : aimer en catastrophe préventive. T’es déjà en train d’anticiper la perte pendant que la relation respire encore normalement.
Mercure rétrograde le 29 en Cancer va rouvrir plusieurs dossiers émotionnels classés “je vais faire semblant que ça me dérange plus”. Mauvaise nouvelle : ton corps, lui, a gardé les reçus.
(Mme Irma écrase doucement sa cigarette dans un cendrier débordant.)
« T’es capable de conserver une peine au frais pendant dix ans comme si c’était des tomates en conserve pour l’hiver nucléaire. »
Deux livres pour survivre à ton propre cœur
Toni Morrison, Beloved
Un roman où l’amour maternel devient si immense, si désespéré, qu’il finit par prendre une forme monstrueuse. Le Cancer comprend malheureusement très bien comment une blessure peut continuer d’habiter une maison entière.
Kim Thúy, Em
Des vies séparées par l’histoire qui restent attachées les unes aux autres comme des fils impossibles à couper complètement. Très Cancer comme manière de survivre au monde.
LION (23 juillet – 22 août)
Lion, installe-toi. Pis arrête de te tenir comme si quelqu’un allait remettre le prix Gémeaux à la fin de la soirée.
La première moitié du mois te force à regarder vers l’intérieur, ce qui t’irrite profondément parce qu’il n’y a même pas d’audience là-dedans. Les énergies en Cancer ralentissent ton besoin habituel d’être vu, admiré, désiré, applaudi pour avoir commandé un café avec intensité.
C’est pas mauvais. C’est juste inhabituel.
Vénus entre dans ton signe le 13 et là, évidemment, tu recommences à rayonner comme un projecteur de salle communautaire en surchauffe. Les regards reviennent. Les compliments aussi. Tu redeviens toi-même : magnifique et légèrement épuisant.
Professionnellement, juin active ton ambition. Attention aux conflits d’ego. Quelqu’un te contredit devant témoins pis soudain on dirait un divorce princier.
En amour, tu veux être choisi entièrement. Admiré entièrement. Désiré entièrement. Mais quelqu’un commence à vouloir voir ce qu’il y a derrière le rideau de la scène. Très inconvenant de leur part.
Puis Jupiter entre en Lion le 30.
Douze ans de cycle qui recommencent. Visibilité. Expansion. Création. Possibilité de devenir quelque chose de plus grand… ou juste une version plus chère de tes anciens problèmes.
(Mme Irma souffle la fumée vers le plafond jauni.)
« Le vrai feu brûle même quand personne regarde. Mais toi, ça t’empêche pas de préférer un bon éclairage. »
Deux livres pour dramatiser correctement ton existence
Jean Racine, Phèdre
Des gens magnifiques incapables de vivre discrètement leurs émotions. Tu vas appeler ça une tragédie classique au lieu d’admettre que ça ressemble à ton historique amoureux.
Gabrielle Boulianne-Tremblay, La fille d’elle-même
Le regard des autres, la fabrication de soi, le besoin d’exister selon ses propres termes. Un livre pour le Lion qui comprend enfin que devenir soi-même demande plus qu’une bonne entrée.
VIERGE (23 août – 22 septembre)
Vierge, assieds-toi. Oui, même si intérieurement tu fais déjà une liste mentale des erreurs grammaticales de tout le monde dans cette pièce.
Juin active ton secteur professionnel avec une agressivité bureaucratique presque sexuelle. Sollicitations. Travail. Visibilité. Responsabilités supplémentaires déguisées en “belle opportunité”. L’univers veut te voir sortir de l’ombre un peu.
Malheureusement, il veut aussi que tu le fasses avant d’être prêt.
Ton problème, c’est pas le manque de compétence. C’est que tu voudrais atteindre un niveau de perfection qui n’existe même pas chez les chirurgiens cardiaques japonais. Résultat : tu retardes, ajustes, corriges, optimises, puis regardes le train partir pendant que t’alignais encore les marges.
En amour, même chose. Tu analyses tellement les besoins de l’autre que t’oublies de vérifier si toi-même t’as encore un système nerveux fonctionnel dans l’histoire.
Mercure rétrograde à la fin du mois risque de créer des petits ratés professionnels ou logistiques. Tu vas réagir comme si l’univers entier venait d’échouer un audit de qualité ISO.
Respire.
Ou continue de te crisper. T’as l’habitude.
(Mme Irma nettoie ses lunettes avec un coin de nappe douteux.)
« La perfection, c’est souvent juste une manière plus élégante de ne jamais finir quoi que ce soit. »
Deux livres pour nourrir ton obsession du détail
Nathalie Sarraute, Tropismes
Des micro-mouvements psychologiques observés avec une précision tellement intense qu’on finit par se sentir espionné intérieurement. Bref : ton ambiance naturelle.
Dominique Fortier, Les villes de papier
Emily Dickinson qui écrit cachée du monde pendant que sa vie entière passe silencieusement autour d’elle. Un livre dangereux pour la Vierge qui croit encore qu’elle va “se montrer plus tard”.
BALANCE (23 septembre – 22 octobre)
Balance, assieds-toi pis choisis une chaise ben ben vite. Juste pour vivre l’expérience rare de prendre une décision sans consulter trois personnes et un signe cosmique.
Juin te force à regarder tes relations autrement. Pluton gratte dans les fondations : vieux déséquilibres, arrangements silencieux, concessions devenues permanentes. Quelqu’un veut changer les règles du jeu.
Le problème, c’est que toi tu voudrais surtout que personne crie.
T’as un talent extraordinaire pour maintenir l’harmonie extérieure pendant que ton monde intérieur ressemble à un centre d’achat évacué après une alerte à la bombe. Tu souris. Tu apaises. Tu traduis les émotions des autres. Pis après tu rentres chez vous complètement vidé en te demandant pourquoi personne prend soin de toi.
Mystère cosmique.
En amour, juin exige une vérité. Une vraie. Pas une version polie, équilibrée, diplomatique, avec petites excuses préventives intégrées dans les coins.
Mercure rétrograde va faire revenir de vieux non-dits. Des conversations laissées suspendues comme des décorations de Noël oubliées en février.
(Mme Irma rallume sa cigarette sur le rond du poêle.)
« À force de vouloir maintenir la paix, t’es devenu le service après-vente émotionnel des autres. »
Deux livres pour arrêter de dire “ça me dérange pas”
Henrik Ibsen, Une maison de poupée
Tout le monde aime Nora tant qu’elle reste gentille, belle pis arrangeante. Le problème commence quand elle décide enfin d’exister pour elle-même. Très Balance comme crise existentielle.
Éric Chacour, Ce que je sais de toi
Le poids des attentes, les vies qu’on joue pour les autres, pis ce moment dangereux où quelqu’un commence enfin à vouloir quelque chose pour lui-même. La Balance va reconnaître ce vertige-là immédiateme
SCORPION (23 octobre – 21 novembre)
Scorpion, ferme la porte derrière toi. Y’a une tension ici qui pourrait faire taire un party au complet.
Juin active tes rapports de pouvoir, de désir, de contrôle. Donc ton habitat naturel, finalement.
Pluton continue de transformer quelque chose profondément dans ton identité, mais toi t’agis encore comme si tout allait bien tant que personne voit le sous-sol brûler. T’as une capacité fascinante à observer les failles psychologiques des autres tout en gardant les tiennes enfermées dans une cave émotionnelle avec trois cadenas pis un chien de garde.
Le mois veut que tu nommes enfin quelque chose clairement. Un désir. Une colère. Une peur. N’importe quoi sauf ton éternel numéro de “moi je gère”.
En amour, juin devient plus intense. Plus chargé. Plus vrai aussi. Mais fais attention : t’as tendance à tester les gens comme si l’intimité était une enquête criminelle. Tout le monde n’a pas envie de passer un interrogatoire psychologique avant le dessert.
Jupiter entre en Lion le 30 et active ton secteur professionnel. Visibilité. Ambition. Reconnaissance possible. Essaie de ne pas saboter l’opportunité simplement parce que le succès te rend méfiant.
(Mme Irma allume sa cigarette dans le noir sans ouvrir la lumière.)
« Tu veux tellement pas être trahi que des fois tu traites même la tendresse comme une menace potentielle.»
Deux livres pour nourrir élégamment ta noirceur
Émile Zola, Thérèse Raquin
Le désir qui tourne mal, les corps qui suffoquent dans des pièces trop petites, la culpabilité qui colle à la peau comme l’humidité en juillet. Le Scorpion risque d’adorer cette descente lente vers le désastre.
Martine Desjardins, Méduse
Une fille humiliée, cachée du monde, finit par transformer sa honte en puissance destructrice. Le Scorpion connaît bien cette mécanique-là : survivre à la blessure assez longtemps pour revenir plus dangereux qu’avant.
SAGITTAIRE (22 novembre – 21 décembre)
Sagittaire, reviens ici deux minutes. Oui, toi. Celui qui transforme chaque inconfort émotionnel en projet de voyage ou en nouvelle philosophie de vie trouvée dans un livre acheté mais jamais fini.
Juin te plaît. Évidemment. Ça bouge. Ça parle. Ça promet des horizons. La Nouvelle Lune en Gémeaux active ton besoin de mouvement, de rencontres, d’idées plus grandes que ton appartement pis ton compte bancaire combinés.
Tu redeviens expansif. Charmeur. Enthousiaste. Le problème, c’est que t’es parfois tellement occupé à regarder l’horizon que tu piétines complètement ce qu’il y a juste devant toi.
Tu veux du sens. Toujours plus de sens. Mais des fois la vie demande juste de répondre à un courriel avant de partir réfléchir au destin de l’humanité dans un café finlandais.
En amour, t’es séduisant parce que t’as l’air libre. Le problème, c’est que tu traites parfois les gens comme des étapes spirituelles dans ton grand récit personnel. Quelqu’un commence à vouloir savoir s’il compte vraiment ou s’il est juste un chapitre “important pour ta croissance”.
Jupiter entre en Lion le 30 et ça t’aide énormément. Créativité. Expansion. Feu. Pour une fois, l’univers encourage ton enthousiasme au lieu de juste le tolérer poliment.
Mais finis quelque chose.
Une seule affaire. Pour voir.
(Mme Irma regarde un billet d’avion périmé coincé dans un vieux livre.)
« T’as passé tellement de temps à chercher ailleurs que t’as oublié que ta vie t’attendait déjà ici avec les bras croisés. »
Deux livres pour gens allergiques à l’immobilité
François Rabelais, Gargantua
L’excès, l’appétit, le plaisir de tout vouloir vivre, comprendre, manger et expérimenter en même temps. Le Sagittaire lit ça pis appelle ça “une approche équilibrée”.
Leïla Slimani, Le pays des autres
On part souvent loin en pensant devenir quelqu’un d’autre. Pis des fois on découvre surtout à quel point le monde décide rapidement où est notre place. Le Sagittaire va reconnaître cette collision brutale entre l’idéal pis la réalité.
CAPRICORNE (22 décembre – 19 janvier)
Capricorne, pose ce que t’as dans les mains cinq minutes. Oui, même si intérieurement tu viens déjà de calculer que cette pause réduit ta productivité globale de 3,7 %.
Juin est pas particulièrement doux avec toi. Mais honnêtement, toi non plus t’es pas particulièrement doux avec toi-même.
La Pleine Lune du 30 tombe dans ton signe et éclaire ce que t’essaies de tenir ensemble avec du ruban adhésif psychologique depuis des mois : fatigue, ambitions inachevées, responsabilités accumulées comme des boîtes dans un garage de banlieue.
Le problème du Capricorne, c’est pas le travail. C’est que tu transformes parfois la souffrance en preuve morale de ta valeur. Plus c’est lourd, plus tu penses que ça compte.
Mauvaise nouvelle : l’univers aimerait te voir vivant aussi.
Professionnellement, juin ouvre une vraie porte. Visibilité. Opportunité. Décision importante. Mais faut arrêter d’attendre d’être invincible avant d’agir. T’auras jamais ce feeling-là. Même à 82 ans tu vas probablement remplir tes impôts avec anxiété.
En amour, quelqu’un aimerait avoir accès à autre chose que ta version “fonctionnelle”. Être fiable, c’est beau. Mais les gens veulent parfois voir le reste du bâtiment derrière la façade institutionnelle.
(Mme Irma tapote la cendre dans une vieille tasse Tim Hortons.)
« T’as tellement appris à survivre que t’as oublié que le but c’était pas juste de tenir jusqu’au prochain lundi. »
Deux livres pour gens qui portent le monde comme une punition personnelle
Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale
Le temps passe plus vite que les grandes ambitions. Le Capricorne va lire ça avec l’impression désagréable qu’on vient de lui montrer son calendrier intérieur.
Maylis de Kerangal, Réparer les vivants
Pendant qu’un cœur traverse le pays pour continuer de battre dans un autre corps, tout le monde autour continue de travailler, décider, conduire, signer des papiers pis retenir ses émotions juste assez longtemps pour que la machine tienne. Le Capricorne connaît bien cette spécialité-là : fonctionner même quand le cœur est déjà ailleurs.
VERSEAU (20 janvier – 18 février)
Verseau, décroche deux minutes de “l’avenir de l’humanité” pis reviens parmi les mammifères ordinaires.
Pluton continue son travail dans ton signe et ça commence à paraître : transformation identitaire, nouvelles idées, remise en question profonde. Tu sens que quelque chose change en toi, mais comme d’habitude tu préfères l’analyser conceptuellement au lieu de le ressentir comme un être humain normal.
Juin active ton besoin de collectif, de réflexion, de vision sociale. T’es brillant là-dedans. Le problème, c’est que t’aimes parfois tellement les idées que les gens réels deviennent une complication logistique.
Quelqu’un aimerait que tu répondes avec ton cœur au lieu d’un TED Talk improvisé.
En amour, juin devient plus concret. Plus incarné. Quelqu’un veut une présence réelle, pas juste des théories relationnelles fascinantes expliquées avec enthousiasme autour d’un café froid.
Jupiter entre en Lion le 30 et ça crée une opposition importante avec ton signe. Les autres deviennent des miroirs agaçants. Quelqu’un va te renvoyer une image de toi-même que t’avais pas commandée.
Ça va être irritant.
Donc probablement utile.
(Mme Irma regarde un homme expliquer le capitalisme émotionnel à une date Tinder qui veut juste finir son verre en paix.)
« T’aimes beaucoup l’humanité. Les individus, par contre, après vingt minutes, ça commence à te fatiguer. »
Livres pour intellectuels émotionnellement suspects
Émile Zola, Germinal
Les idéaux collectifs, la révolution, le désir de refaire le monde… pis la découverte brutale que les humains restent compliqués même dans les grandes causes.
Édouard Louis, Combats et métamorphoses d’une femme
La transformation comme nécessité vitale. Devenir autre chose que ce que le monde avait prévu pour toi, même si ça dérange tout le monde au passage.
POISSONS (19 février – 20 mars)
Poissons, viens ici. Non, reviens complètement. Ton corps aussi. Pas juste ton regard qui flotte déjà à mi-chemin entre un souvenir pis une chanson entendue dans une pharmacie.
Saturne et Neptune ont quitté ton signe. Deux ans à te faire restructurer intérieurement comme un appartement après un dégât d’eau. Maintenant le chantier est plus silencieux. Ce qui reste, c’est toi avec les morceaux encore humides.
Le problème, c’est que t’étais tellement habitué à souffrir sous surveillance cosmique que maintenant tu sais plus quoi faire avec la liberté.
Juin te demande quelque chose de très simple et très difficile : exister concrètement. Payer une facture. Répondre à quelqu’un. Dire ce que tu ressens avant que ça se transforme en ambiance vague dans ton salon pendant six mois.
En amour, t’as tendance à vouloir fusionner complètement avec l’autre. C’est beau dans les chansons. Dans la vraie vie, ça finit souvent avec toi qui absorbes les émotions des autres comme une éponge spirituelle oubliée dans l’évier.
La saison du Cancer t’aide beaucoup émotionnellement, mais la Nouvelle Lune en Gémeaux te rappelle aussi que rêver n’est pas une stratégie administrative reconnue par l’ARC.
(Mme Irma regarde la pluie commencer enfin sur l’asphalte chaud.)
« T’es pas obligé de disparaître pour aimer quelqu’un. C’est juste la méthode que t’as apprise. »
Deux livres pour survivre à ta propre sensibilité
Rainer Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge
Un homme tellement perméable au monde qu’on dirait qu’il n’a plus de peau émotionnelle. Le Poissons lit ça pis appelle ça “une petite semaine normale”.
Hélène Dorion, Mes forêts
Des arbres, des saisons, des corps fatigués, la solitude, le temps qui passe pis cette impression étrange que la nature comprend parfois mieux les humains que les humains eux-mêmes. Le Poissons va lire ça comme on entre dans un rêve un peu mélancolique dont on ressort plus calme… ou plus perdu.
BÉLIER (21 mars – 19 avril)
Bélier, assieds-toi avant de te fouler une autre relation en courant vers ta prochaine illumination personnelle.
Juin te donne exactement ce qu’il fallait pas te donner : de l’élan. La Nouvelle Lune en Gémeaux te transforme en machine à idées, à projets, à déclarations impulsives faites avec la confiance d’un homme qui n’a jamais relu ses vieux messages.
Tu vas parler vite. Décider vite. Désirer vite. Regretter à vitesse normale.
Saturne dans ton signe commence tranquillement à exiger quelque chose qui te paraît profondément offensant : de la continuité. L’univers aimerait voir si t’es capable de rester après l’excitation du départ. Pas longtemps. Juste assez pour que quelque chose existe réellement dans le monde au lieu de mourir dans un Google Doc intitulé “nouvelle vie version finale FINAL”.
En amour, même affaire. T’aimes le feu, l’urgence, les regards qui sentent la catastrophe imminente. Mais quelqu’un commence à vouloir plus que l’adrénaline de ton arrivée spectaculaire. Quelqu’un veut savoir si tu sais rester quand y’a plus de musique dramatique en arrière-plan.
Mercure rétrograde le 29 va te renvoyer plusieurs conséquences de ton propre enthousiasme. Un engagement oublié. Un ex irrité. Une conversation commencée à minuit que t’aurais dû laisser mourir comme un rat dans un mur.
(Mme Irma ouvre la fenêtre. L’air chaud entre comme une punition.)
« T’as pas besoin d’un nouveau départ. T’as besoin d’une suite. Mais ça, c’est moins sexy à annoncer sur Instagram. »
Deux livres recommandée avant ta prochaine erreur
Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard
Tout le monde joue un rôle, ment un peu, manipule les apparences, puis finit surpris d’avoir développé des émotions réelles. Comme toi quand tu réalises que les gens existent encore après la phase de séduction.
Marylise Hamelin, La mèche courte
La colère contemporaine dans toute sa splendeur : fatigue nerveuse, surcharge mentale, irritation accumulée jusqu’au moment où quelqu’un respire trop fort pis ça devient personnel. Un livre pour le Bélier qui croit encore que son impulsivité est “juste de la franchise”.
TAUREAU (20 avril – 20 mai)
Taureau, enlève ton armure de “moi je suis stable” deux minutes. Des fois t’es pas stable. T’es juste stationné.
Mars traverse ton signe jusqu’au 29 et ça te rend plus impatient, plus physique, plus agressivement silencieux. Tu réponds “correct” avec une violence passive qui pourrait faire tomber un mariage.
Le mois veut te faire bouger. Professionnellement surtout. Quelque chose avance enfin : argent, travail, décision concrète. Mais faut arrêter d’attendre le moment parfait comme si la vie allait un jour t’envoyer une invitation embossée avec valet de stationnement.
Le piège du Taureau, c’est de transformer l’habitude en preuve d’amour. Tu gardes des affaires mortes parce qu’elles sont confortables. Relations. Jobs. Divans. Tu pourrais vivre trois ans avec une ampoule brûlée par fidélité émotionnelle.
En amour, juin te rend plus direct. Tant mieux. Quelqu’un aimerait savoir si tu veux vraiment quelque chose avant la prochaine réforme du système de santé.
Mercure rétrograde va ramener des discussions financières et émotionnelles laissées dans le congélateur depuis des mois. Tu pensais avoir tourné la page. Non. T’avais juste fermé le classeur.
(Mme Irma regarde un vieux ventilateur brasser l’air chaud sans résultat.)
« À force de vouloir préserver ta paix, t’as fini par vivre comme un meuble beige. »
Deux livres pour nourrir ton entêtement
Colette, Chéri
Personne ici veut vraiment que les choses changent. Même quand elles devraient clairement changer. Le Taureau va trouver ça étrangement romantique.
Gabrielle Filteau-Chiba, Sauvagines
La forêt, les bêtes, le territoire pis des humains qui deviennent dangereux quand on menace ce qu’ils aiment. Le Taureau connaît bien cette colère-là : lente, silencieuse, mais capable de charger d’un coup quand on pousse trop loin.
Voilà.
Douze signes. Douze manières différentes de compliquer quelque chose qui aurait pu rester simple.
Irma écrase sa cigarette dans un cendrier toujours trop plein. Dehors, Montréal recommence son cirque d’été : terrasses pleines, moteurs trop bruyants, couples qui se reforment pour trois semaines, quelqu’un qui pleure déjà devant un Starbucks après la fermeture des bars pendant que son amie répète « oublie-le » avec la conviction d’une femme qui répond encore aux textos de son ex.
Les astres feront ce qu’ils veulent.
Le reste, ce sera encore vos décisions douteuses, vos messages envoyés trop tard, vos silences envoyés trop longtemps, pis cette étrange habitude humaine de retourner exactement là où ça faisait mal en espérant un résultat différent.
Mais bon.
Au moins cette fois, vous aurez des livres pour accompagner le désastre.
— Irma





Dire que mon chum est Gémeaux. 😏
Y a à peu près 14 projets en chantier dans sa tête, 3 nouvelles passions cette semaine, pis aucune qui implique de finir ce qu’il a commencé. Encore moins de vider le lave-vaisselle ou la sécheuse!
J’me plains pas. C’est divertissant. C’est juste que des fois, j’ai l’impression de vivre avec un onglet Internet ouvert depuis 1998. 🤣