Une consigne
Arrête-toi dix minutes
Ma première pensée devant la consigne: Dix minutes… tout arrêter pour fucking dix minutes? Z’êtes pas sérieuses, là?
Ce serait facile faisable à minuit…ou à 6 heures du matin… mais là, à 10h après une nuit d’insomnie…j’ai trouvé ça angoissant.
Je suis restée un bon moment sans pensée aucune…juste le souffle. La méditation m’a appris ça…mais ce n’est pas le but de l’exercice. On ne médite pas, parce que c’est déjà faire quelque chose…on doit ne rien faire. Es-tu capable de ça, ne rien faire? Ben essaie au moins!
Pendant ces dix minutes, j’ai pris conscience que je n’ai pas beaucoup de temps morts (je suis probablement la seule qui ne savais pas ça encore), même si j’ai l’air de prendre racine sur mon tabouret de cuisine… Je prends conscience du nombre de sollicitations que je reçois quotidiennement… » comment faire ci, as-tu ça…je comprends pas, sors le chien, couds un bouton, fais le pain, refléchis, coordonne, organise, exécute, aide, comprends, appuie, ramasse, nettoies…. Est-ce que c’est comme ça qu’on devient une matriarche? Je ne m’en sens tellement pas l’âme ni l’âge… Pis c’est vraiment pas le temps, puisque pour la première fois de ma vie, je me suis acheté un bikini en vue des vacances en février! Tsé, dans ma tête, j’ai toujours 16 ans pis sky is the limit, l’avenir m’appartient.
Les secondes s’écoulent comme un goutte-à-goutte, comme du sang perlant d’une blessure toute fraîche, avant que le corps ne réalise l’ampleur des dommages. C’est lourd, le temps, ça pèse sur les épaules, mais je me veux dans la légèreté. On ne le voit pas passer, ce temps, tant qu’on s’active…cet arrêt est peut être bénéfique, mais pour le moment, c’est juste angoissant. Des souvenirs remontent, enfance un peu, les manques, les peines, les injustices…jeune adulte beaucoup, mes insécurités bien inutiles, les abus, le temps perdu… mes années TPL trop, même si l’intensité me manque parfois.
Après cinq minutes, je réalise que je ne pense plus. Je me laisse transporter par des images abstraites, rien de précis… le chien jappe, ça me distrait mais je décide de laisser faire, de prendre toutes ces minutes pour vraiment ne rien faire, pas même rentrer le chien ou le sortir au choix, pas même lever un œil ou émettre un soupir…
Mission accomplie… (ça c’est pour La Clairière, parce que c’est de leur faute, tous ces états d’áme!)
Pis toi, es-tu capable de juste exister pendant dix minutes?
Enweille, essaie!


