Un dimanche qui déborde
Écriture, lieu, Francfort
Depuis quelques jours, A. propose sur son Substack des exercices d’écriture motivants, qui font bouger quelque chose. Celui-ci : prendre un personnage et le déplacer dans le texte, soit en bloc, soit en réécrivant.
Je répète l’énoncé parce qu’il mérite qu’on s’y arrête.
« Une glaise grasse, en mottes, travaillée par des enfants vêtus de clair. Pieds nus, ils font des briques qui sèchent au sol. Des outils, un sac de toile. Au loin, une silhouette sur une crête, vêtement flottant, tête couverte. Des maisons pâles aux toits foncés, aux fenêtres aveugles, à flanc de montagne. Un arbre rabougri se distingue dans le brouillard ».
Ça devient :
Des enfants, pieds nus, vêtus de clair, fabriquent des briques de glaise grasse qui ensuite sèchent au sol. Un troisième est visible sur une crète, ….
Ou encore…
Une silhouette lointaine, sur une crète, porte des vêtements flottants et a la tête couverte. Devant des maisons pâles aux fenêtres aveugles, deux jeunes fabriquent des briques avec de la glaise grasse, en motte. […]
« Une femme aux cheveux foncés, retenus derrière, raie sur le côté. Yeux plissés, front ridé, bouche aux coins affaissés. Ses vêtements, superposés, sont élimés. Sa joue repose sur ses doigts. Un bébé dort dans son autre bras. Deux enfants ont leur tête posée sur chacune des épaules de la femme, tournés vers son dos, leurs vêtements sont aussi troués. Derrière eux, une toile grossière».
devient :
Un bébé emmitouflé, dort dans les bras d’une femme au cheveux foncés, retenus derrière, raie sur le côté. Elle a les yeux plissés…
ou encore…
Deux enfants, pauvrement vêtus, tournent le dos et posent chacun sa tête sur une épaule de la femme aux cheveux foncés, retenu par derrière. Elle porte aussi des vêtements élimés. Ses yeux sont plissés… […] Un enfant dort dans son bras […]
« Une mer sombre, un ciel pâle, nuageux. Un monticule jonché de débris. Quatre soldats américains en uniforme, casqués, armes au côté, y plantent un drapeau, corps tendus par l’effort. La hampe penche vers la droite, le tissu est replié sur lui-même par le vent ».
Quatre soldats en uniforme et casqués, leurs corps tendus par l’effort, tentent de planter un drapeau américain au sommet d’un monticule jonché de débris. Derrière eux, le ciel nuageux contraste sur une mer sombre.
J’attends les prochains exercices avec impatience!
Aujourd’hui, j’ai assisté à un atelier préparatoire donné par Audrée Wilhelmy portant sur les lieux de la création, intitulé “Le lieu comme origine”. Le lieu, cet espace où nous pouvons écrire, peindre, créer sous une forme qui nous convient, son influence sur le travail, de par sa configuration choisie, voulue ou imposée par la nécessité, ce qu’il porte ou ce qu’il retire, le lieu physique, la chambre, la table, le train… mais aussi le lieu qu’on porte en soi, l’espace créatif intérieur, celui qui existe peu importe les configurations matérielles. Cette rencontre ouvrait le cycle “Fondations” dont les prochains volets sont prévus pour les 16 et 23 mai sous le titre “Les lieux opérant” et auxquels j’assisterai aussi.
J’ai aussi eu une frayeur impossible à décrire en fin de journée. J’ai été secouée, submergée par une forme d’impuissance assez particulière. J’ai tout simplement reçu le plan de cours et les lectures au programme pour “L’École de Francfort” qui débute le 5 mai. À la vue du nombre d’articles et de chapitres à lire pour chaque séance, en intensif, deux cours par semaine, mon cœur s’est physiquement serré. J’ai pensé me retirer complètement, quitte à ne pas finir ce bac comme prévu et reporter la maîtrise à une date ultérieure, genre dans ma prochaine vie.
Pour chaque rencontre, la liste des lectures comporte cinq, six, parfois douze titres, et plusieurs ont plus de vingt pages. Ça m’a assommée, jusqu’à ce que je lise les détails et réalise que le plus souvent il n’y en a qu’un seul à lire vraiment, tous les autres sont complémentaires. Soulagée. Le thème me semble encore plus aride qu’avant, mais c’est le dernier cours, le tout dernier, et je me dis qu’on survit à ce qu’on a choisi.
Il est minuit. Vous, vous lisez ça demain, pendant que je tenterai d’apprivoiser Adorno.







Tiens bon.