Tu n’as rien dit
Mouvement I — héritage
«- Les types comme nous, ils n’ont pas de famille. Ils s’ font un peu d’argent, et puis ils le dépensent tout. Y a personne dans le monde pour se faire de la bile à leur sujet...
- Mais pas nous, s’écria Lennie tout heureux. Raconte comment c’est pour nous.
Georges resta un instant tranquille :
- Mais pas nous, dit-il.
- Parce que...
Parce que moi, j’ t’ai et...
- Et moi, j’ t’ai. On est là tous les deux à se faire de la bile l’un pour l’autre, voilà ! s’écria Lennie, triomphant. »
ROMÉO. – Oh ! vas-tu donc me laisser si peu satisfait ?
JULIETTE. – Quelle satisfaction peux-tu obtenir cette nuit ?
ROMÉO. – Le solennel échange de ton amour contre le mien.
JULIETTE. – Mon amour ! je te l'ai donné avant que tu l'aies demandé. Et pourtant je voudrais qu'il fût encore à donner.
ROMÉO. – Voudrais-tu me le retirer ? Et pour quelle raison, mon amour ?
JULIETTE. – Rien que pour être généreuse et te le donner encore. […] !
SOPHIE : Tu vas venir t'asseoir puis jaser. Ça fait depuis mardi que je téléphone pour parler à du monde […] Tu vas te tenir tranquille puis tu vas m'écouter.
BERNARD : Que c'est que t'as, ma Puce? Qu'est-ce t'as donc?… Un problème?
SOPHIE : Niaiseux!… Niaiseux!…
BERNARD : Un problème sec sec sexuel… j'espère.
SOPHIE : Le seul que j'ai c'est celui que tu me donnes : puis il est comme toi : bien insignifiant!… (Repoussant la main de Bernard) Et puis tu vas me lâcher? Cinq minutes? Je parle! Je parle!
BERNARD : J'essayais de faire ton bonheur.
SOPHIE : Essaie avec tes oreilles! Je parle!
DON DIÈGUE
Rodrigue, as-tu du coeur ?
DON RODRIGUE
Tout autre que mon père
L’éprouverait sur l’heure.
DON DIÈGUE
Agréable colère !
Digne ressentiment à ma douleur bien doux !
Je reconnais mon sang à ce noble courroux ;
Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.
viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte ;
Viens me venger.
DON RODRIGUE
De quoi?
Mouvement II — chute
— Tu m’écoutes ?
— Oui.
— Alors répète.
— Quoi.
— Ce que je viens de dire.
— Tu n’as rien dit.
— Assieds-toi.
— Je suis déjà assis.
— Pas comme il faut.
— Montre-moi.
— Tu me coupes.
— Tu parles trop lentement.
— Je cherche mes mots.
— Ils se sont sauvés.
— J’ai un problème.
— Lequel.
— Celui-là.
— Je ne le vois pas.
— Attends.
— Combien de temps.
— Je te dirai.
— Tu l’as déjà dit.
— On n’avance pas.
— On tourne.
— C’est pareil.
— Pas pour moi.
— Tu comprends ?
— Je crois.
— Alors fais quelque chose.
— Quoi.
— Rien.
— Voilà.




On appelle ça l’amour quand c’est juste la peur d’être seul.e.
On appelle ça famille quand personne sait écouter.
On parle pour rester, pas pour se dire la vérité.
La chute, c’est pas un accident : c’est ce qui arrive quand on préfère survivre ensemble plutôt que vivre chacun pour vrai. Le reste, c’est du bruit pour éviter le silence.