Trendsetter
Finalement, un texte sur moi, moi, moi, moi...
Mon texte d’il y a quelques jours, sur les aéroports, parlait des possibles futurs.
Celui-ci parle d’un possible passé.
Je ne parle pas souvent de moi, même si souvent, je parle de moi… je fais une exception ici et lève le rideau sur une facette que peu de gens connaissent…
On me parle parfois de mon allure, de mes choix vestimentaires…
On me dit que j’ai du style, je l’ai lu encore récemment sous une de mes notes où j’affiche mes nouvelles lunettes…
And… that, my friends, is because I’m a trendsetter, lolol!
Ce sont les mots d’une prof du JCI Institute, l’année où je suis allée à Vancouver, et où j’ai eu envie de tester un éventuel talent en fashion design. Je dois dire que les gens à Vancouver en 2003/2004 étaient fichument mal habillés… c’était pas dur de se démarquer… J’imagine que c’est mieux aujourd’hui.

Dans cette formation au coût exorbitant, je me suis découvert de réels talents. J’étais très performante dans plusieurs domaines dont les idées de déco de magasins. J’ai créé une maquette pour une boutique de skateboarding comportant tous les éléments de déco, couleurs des murs, des planchers, matières, éclairage, organisation des lieux, installation de la marchandise, musique d’ambiance, tout, avec les échantillons correspondants. C’était un projet complet et vraiment bien fait, qui a suscité des réactions très positives. Et j’ai eu beaucoup de plaisir à le monter, ce qui est aussi un gros gros plus!
J’aimais aussi la création de thématiques pour les vitrines, et pour représenter une vente saisonnière d’articles de plage, j’avais eu l’idée de faire des cadres de verre dont l’intérieur était décoré de sable et de petits objets représentant la plage et les vacances : des pelles miniatures, des seaux, des gougounes de Barbie, des drinks colorés, avec des pièces de maillots de bain, culottes et brassières accrochées aux cadres, le tout acheté dans des ventes de garage et des Thrift stores.
Côté marketing, j’ai eu à choisir une compagnie, à faire son historique, à la présenter en expliquant en quoi elle se démarquait à mes yeux. J’avais à présenter sa marchandise de manière intéressante pour les éventuels acheteurs. J’ai choisi Parasuco (oh wow, je viens de voir que c’est toujours vivant!), fabricant de jeans, populaires à l’époque, qui présentait une esthétique hypersexuelle assumée. J’ai donc inventé un défilé pour les éventuels clients, à qui je remettais, à leur arrivée, un carnet de notes dont chaque page portait sur l’un des vêtements présentés, afin qu’ils y inscrivent leurs remarques, leurs intentions d’achat, les quantités voulues, leurs critiques. L’objet a laissé une grande impression, à ma surprise, car ça me semblait un projet assez simple.
Pour une présentation de collection de vêtements pour enfants, j’ai utilisé des poupées découpées dans du carton (paperdolls à la taille réelle d’enfants de deux-trois ans), pour lesquelles j’ai fabriqué une série de vêtements de papier interchangeables, peints à l’aquarelle. J’avais des idées vraiment le fun et l’école a même gardé certains de mes travaux pour montrer aux nouvelles recrues le niveau de qualité attendu… mais quand venait le temps de mettre le chapeau du comptable et de faire les comptes, ma tête n’était pas là, pis ça l’air que c’est essentiel quand tu veux ouvrir une boutique trendy…
J’ai lâché ça après quelques mois… comme bien d’autres choses… et je regrette, c’était une belle formation, qui pourrait peut-être me servir aujourd’hui.
Mais j’ai pas seulement lâché parce que les colonnes de calcul me puaient au nez. J’ai lâché surtout parce que je n’allais pas bien dans ma tête depuis un bon moment. Je n’avais plus aucune concentration, chose qui nuit vraiment à faire des bilans comptables, et le reste aussi. Pourquoi cet état mental? Tout bonnement à cause d’une trahison qui m’a, à l’époque, complètement sortie de mes souliers, au point où on m’a diagnostiqué un TPL. Ça faisait des années que je trainais des symptômes et là, alors que je tentais de refaire confiance, un autre accroc au contrat sentimental tacite est venu me propulser à 200 à l’heure dans des tourments desquels je n’arrivais pas à me sortir. Mes pensées restaient à tourner sur elles-mêmes, obsédantes : je ne pouvais plus lire, ni regarder un film, encore moins écouter et comprendre les cours (en anglais, langue que je ne maîtrisais absolument pas en 2003-2004), me laissant paralysée des heures durant. J’ai peut-être raté, à cause de cet état, une fabuleuse carrière en fashion design, qui sait?

Mais il est resté, au fil du temps, quelque chose de cette époque-là. L’influence du New Romantic britannique assurément (Boy George, Annie Lennox…), mon admiration sans borne pour Iris Apfel, que j’aimerais imiter, si seulement les occasions se présentaient!
Alors quand quelqu’un me dit aujourd’hui que j’ai du style ou me demande d’où vient mon goût pour certaines affaires un peu moins ordinaires, je souris un peu.
Parce qu’au fond, la prof du JCI Institute avait sûrement raison.
Maybe I’m still a trendsetter… parce que s’habiller c’est un jeu.





