Toujours sur Plane mode
Quelques mots jetés en vrac, la tête ailleurs
À l’aéroport, tout est étrangement sévère mais aussi très efficace.
— Retirez vos lunettes. Ne souriez pas. Relevez les bras.
Fouille par tapotement du corps, mains sur les vêtements, le tout en espagnol à grande vitesse, comprend qui pourra.
Les vacanciers retournent vers Montréal ou Toronto, leur peau plus ou moins bronzée selon leur date d’arrivée. Les quinze derniers jours n’ont pas produit de grands coups de soleil. J’en garde tout de même un teint plus animé qu’à l’aller : preuve administrative que j’ai existé ailleurs.
Personne ne parle vraiment. Même les couples n’ont plus rien à ajouter.
Vol de soirée : tous sont fatigués d’une journée passée à vouloir profiter une dernière fois de la plage tout en fermant les valises avec les genoux.
On glisse d’une file à l’autre comme des bagages sur roulettes, conscience minimale, tous les sens sur pause.
Le Wi-Fi fonctionne exactement comme prévu : assez pour vérifier la météo, pas assez pour travailler, l’équilibre parfait.
On attend. On n’est plus en vacances, pas encore chez soi, dans une sorte de purgatoire climatisé. No man’s land. L’entre-deux, ce lieu que j’aime bien. Être là sans appartenir nulle part. Oui, je suis une de ces folles qui aiment les aéroports.
Le vol se passe sans trop de secousses. Une heure de lecture, deux sudoku complétés, puis je somnole dans un autre entre-deux. Veille/sommeil jouent à pile ou face.
Lumière tamisée, cabine feutrée. Tout est organisé pour faire croire qu’être suspendu à dix kilomètres au-dessus de l’océan est une situation ordinaire, tout à fait normale.
Atterrissage dans la nuit.
La ville apparaît soudainement par le hublot, comme si quelqu’un avait rallumé la réalité pendant qu’on regardait ailleurs. Ici, tout va très vite. Douanes, bagages régurgités, sécurité… puis, dehors. La neige, le froid. On dira ce qu’on voudra, il me semble plus cruel de passer de 27C à -10 que l’inverse.
Uber.
Voiture de luxe. Tesla au cuir impeccable, silence premium.
On imagine le chauffeur et tous ses week-ends sacrifiés pour financer cette odeur de voiture neuve qui nous appartient pendant trente-huit minutes.
Puis la porte s’ouvre.
Et là, fête pure, sauvage, sans retenue aucune malgré l’heure trop tardive ou trop matinale, impossible à déterminer.
Le chien n’a aucune inhibition émotionnelle. Il rayonne d’une joie absolue et contagieuse. Le grolou est convaincu que nous revenons de guerre et avons survécu à cent dragons. Accueillir quelqu’un comme s’il avait ressuscité est une pratique sous-exploitée par les humains.
Impossible de dormir tout de suite, mon corps est arrivé, l’horaire non. Ou peut-être est-ce parce que mon âme, demeurée là-bas un peu plus longtemps que moi, cherche toujours le chemin du retour.
On flotte entre deux fuseaux : celui du voyage et celui de la vie ordinaire qui reprend ses droits.
Réveil à l’heure habituelle, évidemment. Le cerveau refuse le jetlag quand il s’agit de souffrir.
On remet le décor en place : ouvrir les rideaux, sortir le levain du frigo (survivant officiel), moudre le café, faire semblant de savoir ce qu’on fait.
Le retour ne se produit pas à l’atterrissage. Il arrive quand la cafetière démarre et que personne ne vous sert le déjeuner.






Bon retour !
Une chute pas si fatale… un beau toutou vous attendait!