Temps supplémentaire obligatoire
Il y a des jours comme ça.
J’essaie d’écrire depuis déjà quatre heures. J’ai changé de lieu, le coin de table semblant un peu trop aigu pour l’air humide et chargé d’orage que je sens autour de la maison.
Je suis sortie pour mieux ressentir ce poids, cette qualité particulière de l’air, cette saturation enveloppante. Ma cour, malgré ses grands pins, ses bouleaux et son pommier, a des odeurs de Caraïbes, une moiteur salée charriée par un vent tenace.
Nuit blanche. C’est ce qui explique mon état, la douleur dans mes trapèzes, mes côtes qui refusent de se déployer.
Mais commençons par le début.
Des nouvelles de mes os.
La visite en clinique fut rapide, indolore, rassurante. La salle d’attente, comble, m’a fait mauvaise impression, celle d’être une saucisse parmi d’autres, attendant de passer au contrôle de qualité.
On m’a mesurée.
5 pieds 2.
Comme il y a deux ans, comme il y a cinq ans, comme il y a vingt ans.
Je ne sais pas comment nous en étions venues à un pouce en moins, mais c’était faux… Je devais avoir quelque chose d’un peu plié, le cou, le dos, les genoux. Je n’en sais rien.
Mais ça m’a tout de suite rassurée, malgré le ridicule de la situation.
Et la jolie petite docteure, trop mignonne, toute petite, avec des doigts si fins qu’ils semblaient presque translucides, a bien ri avec moi. Et a tout de même exigé un examen de mesure de la densité osseuse, parce que les corticostéroïdes, parce que mon âge qui ne va pas en reculant, parce qu’il vaut mieux y voir maintenant que plus tard. Ce sera en août, juillet affiche complet.
À peine rassurée sur mes os, je reçois un appel de la ressource choisie par mon fils pour la thérapie contre l’addiction. La dame m’annonce qu’elle avait un appel planifié avec lui à 14 h… Il est 14 h 42. Il ne répond pas… Serait-il arrivé quelque chose? Je n’en sais rien, mais je tente de contacter mon fils… Pas de réponse, aucun signe de vie. Et je commence à m’inquiéter. Pourquoi accepter un rendez-vous téléphonique si on n’a pas l’intention de le respecter? Est-il malade? A-t-il eu un accident? Une overdose? Une mauvaise rencontre? Je texte à quelques reprises, sans succès, et mon anxiété monte. Finalement, je fais mon habituelle menace, celle qui amène généralement une réponse dans les minutes qui suivent, celle de faire une demande de wellness check… ce qui signifie que des policiers iront frapper à sa porte pour s’assurer qu’il est ok… à défaut d’aller bien.
Et, magiquement, une réponse arrive dans l’heure. Il dormait, paraît-il. Je ne sais pas ce qu’il prend pour dormir, mais je sens que ça m’aiderait aussi puisque le ciel pourrait s’écrouler sans qu’il le remarque. Je suis soulagée qu’il donne enfin signe de vie. Je lui parle de l’appel raté… Il m’envoie une image de ses appels entrants sur son téléphone. Aucun signe de la ressource. Je suis outrée, ce n’est pas sérieux… Je me promets de vérifier demain s’ils ont le bon numéro. Il tient de moins en moins à aller en réhab, parce que depuis deux mois, c’est un peu le parcours du combattant. Il pense plutôt chercher un autre emploi. Dans son état, ce n’est pas gagné…
Et pendant ce temps, il y a l’autre, la princesse, qui va retrouver son prince plus si charmant, aux îles Turks et Caicos. Je ne me questionne plus sur les modes de vie actuels. J’ai une impression très nette que mes repères sont datés et puis, qui suis-je pour juger? Si ça lui suffit de ne prendre que du bon temps avec ce qu’il a à offrir, voyages, cadeaux, photos instagrammables, grand bien lui fasse. Ça ne me correspond pas, mais je ne juge pas. En fait, je ne juge jamais rien, pas même mon fils. Je devrais.
La belle doit partir au milieu de la nuit. Je suggère une mise au lit vers 20 h-21 h… mais non, minuit et ça circule encore, un truc de plus dans le bagage qui, une fois pesé, est trop lourd. C’est un mystère pour moi. Comment peut-on partir au soleil avec un bagage de plus de 23 kg? Je pars avec deux maillots, deux shorts, un pantalon, une robe, quelques sous-vêtements. Je peux même me satisfaire d’un petit sac à dos. Haïti m’a vue arriver comme ça. Mais encore là, à chacun son bonheur. Ma seule préoccupation réelle est d’éviter les vertigineux frais de dépassement de poids.
Elle finit par disparaître, disant mettre une alarme à 3h, mais moi, je reste éveillée. Je mets aussi une alarme à 3h, son Uber étant prévu pour 3h30. Encore heureux, parce qu’à 3 h05, devant l’absence de tout signe de vie, je vais voir où elle en est. Elle dort! Son téléphone n’a pas sonné, mauvaise manipulation certainement! Et je me dis, encore heureux que je pense pour tous et au-delà.
Elle quitte à l’heure et j’attends de la savoir arrivée à l’aéroport pour enfin fermer les yeux, jusqu’à 8 h 30… Yeah…
Je ne sais pas ce qui me réveille, mais je ne peux plus dormir.
À 9 h, je contacte la ressource en réhabilitation pour m’assurer que la dame a le bon numéro, pour rectifier au besoin et essayer de comprendre le problème de communication. Elle a bien le bon numéro, me parle même du répondeur avec son message loufoque… Alors je dois conclure que mon fils me ment? Qu’il a supprimé l’appel pour me faire croire qu’ils sont incompétents? Mais ça sert à quoi? À éviter la réhab? Ce n’est pas mon idée, mais la sienne… Pourquoi ne pas simplement dire que l’envie est passée, qu’il choisit de couler plutôt que de s’en sortir pour de bon? Peur de m’attrister? C’est déjà fait.
Je suis lessivée, courbaturée, désenchantée et passablement déprimée.
Reste ma fille, au-dessus de l’Atlantique. J’attends son atterrissage à Providenciales avant de retourner dormir un peu. Je sais pourtant que les siestes font généralement de moi un ours mal léché, mais il y a des matins où il faut choisir entre être grognon et être un zombie.
Ça ira mieux demain. Je m’accroche au positif. Mon corps n’a pas rétréci, pas encore. Mon fils dort, quelque part, avec ou sans thérapie. Ma fille file vers le sud, son bagage trop lourd bien bouclé en soute. Moi, je veille.




Je ne commenterai pas le fond ni la forme. Sache seulement que ta photo m'a inspiré un truc. Et que je suis content.
L'instinct maternel est plus fort que le sommeil.
Plus fort que tout en fait.
La preuve est que tu portes tout ce poids sur tes épaules du haut de tes 5'2''
On s'en fout de l'ours mal léché.
Va te reposer.