Sous la lune rouge - 4
Entrée du 31 octobre 1899 — Halloween
31 octobre
Neuf heures du soir.
La ville s’est déguisée. Les enfants rient dans les rues.
Depuis la fin d’après-midi, la ville est couverte d’une brume rougeâtre. L’air sent la terre humide. Il fait nuit déjà, mais les enfants courent encore dans les rues, déguisés, un sac ou une lanterne à la main. Ils rient, frappent aux portes, demandent des bonbons. Leurs cris montent jusqu’aux fenêtres de l’hôpital, étouffés par le brouillard. On les entend, puis plus rien.
À l’intérieur, les lampes brûlent faiblement. Les malades respirent tous à la même cadence. Certains, que je croyais mourants, ont ouvert les yeux sans que leurs pupilles réagissent à la lumière. Le personnel s’est dispersé ; personne ne veut plus passer la nuit ici. Le sol vibre sous les pieds, à intervalles réguliers, comme s’il battait.
Vers dix heures, le fiacre sans chevaux est revenu. Il s’est arrêté devant la porte principale. J’ai regardé par la fenêtre : Armand Delorme m’attendait, assis dans l’ombre. Il a levé la main, lentement, comme pour m’inviter.
J’ai quitté mon bureau et suivi la rue jusqu’au cimetière. Les grilles étaient ouvertes. La lune, toujours rouge, éclairait les pierres d’une lueur trouble. La terre bougeait à nouveau, respirait. Les morts se tenaient debout, immobiles, face à la ville. Armand s’est avancé, m’a tendu la main. J’ai su ce que je devais faire.
Je me suis approché du bord. Le sol battait, plus fort, au rythme de mon propre cœur. La lumière de la lune me frappait au visage, brûlante, vibrante. J’ai senti le sol se fendre sous mes pieds. Une chaleur intense m’a saisi.
Je n’ai pas crié.
1er novembre, à l’aube
Le carnet a été retrouvé près du mur nord du cimetière, recouvert de boue.
Les dernières lignes, d’une écriture tremblée, sont les suivantes :
Je ne sais plus si j’écris ou si quelqu’un écrit à travers moi.
Sur le mur du cimetière, ces mots apparaissent encore
Ce n’est pas la lune qui saigne.
C’est la Terre qui se souvient.
Vernier n’a jamais été revu, ni a Montréal, ni ailleurs. L’hôpital a mis abruptement fin aux leçons d’anatomie avec dissection de corps.





Johanne c'est bon en maudit ça!!!
"Je ne sais plus si j’écris ou si quelqu’un écrit à travers moi.
Sur le mur du cimetière, ces mots apparaissent encore"