Sous la lune rouge -2
Entrée du 29 octobre 1899 — Les signes
29 octobre
Les journaux du matin rapportent qu’un vol de cadavres aurait été commis au cimetière protestant. Les autorités affirment que plusieurs tombes ont été retrouvées ouvertes et que les cercueils présentaient des traces d’effraction. On parle d’étudiants en médecine ou de trafiquants de corps agissant pour le compte d’écoles d’anatomie. Je sais qu’ils se trompent. Les corps n’ont pas été volés : ils sont sortis d’eux-mêmes.
Cette nuit, j’étais là. J’ai vu la terre se soulever par vagues, se fendre lentement comme sous une respiration. Les morts se sont redressés sans bruit, les yeux ouverts, la peau encore couverte de boue. Delorme marchait en tête, suivi d’autres que je reconnaissais pour les avoir disséqués de mes propres mains. Aucun ne paraissait souffrir ni chercher vengeance. Ils se sont simplement mis en marche, d’un pas régulier, vers la ville.
Au matin, une infirmière m’a rapporté qu’elle avait vu, sur le chemin de l’hôpital, des traces de pas dans la neige nouvelle. Elles venaient du cimetière et s’arrêtaient dans la cour intérieure.
Lorsque je m’y suis rendu, il n’y avait plus rien : le sol était lisse, comme lavé par une main invisible. À l’hôpital, le calme règne, mais un calme étrange. Les malades dorment davantage, certains restent immobiles, les yeux ouverts, insensibles à toute stimulation. L’air est lourd, saturé d’humidité et d’une odeur âcre de formol.
Ce soir, les enfants passent dans la rue en chantant pour la fête d’Halloween. Leurs voix montent jusqu’à ma fenêtre et me paraissent déplacées, presque offensantes. Je ne supporte plus leurs refrains, ni leurs rires. On dirait qu’ils n’entendent pas le grondement sourd qui monte du sol. Moi, je l’entends, et je sais qu’il ne s’arrêtera pas là.



