Service non inclus
Petites scènes ordinaires d’un monde fatigué
Lave-linge qui déraille, prise deux… je prends l’avion dimanche. J’ai appelé l’assureur pour une réparation urgente, mercredi. On m’a dit demain, mais rappelez-nous si jamais vous n’avez pas de nouvelles…
Demain…. pas de nouvelles, je rappelle. On me met en communication avec la compagnie de répararation, histoire de voir si on peut m’accomoder.
J’explique la situation, le départ, le timing serré. En face, une voix parfaitement blasée, totalement vidée de toute humanité, sans aucune gentillesse. Le genre de voix qui te fait comprendre que l’empathie n’est pas incluse dans le service, même en option. Pas même un je vous comprends, mais malheureusement… Sérieux, pour être bête comme ça dans un service à la clientèle, il faut être malheureux comme les pierres.
Puis, il y a eu la pharmacie du quartier. Erreur toute simple : j’ai acheté trop de comprimés d’Imodium. Soixante. Soixante. À moins de planifier une épidémie ou une traversée du désert, c’était clairement excessif. J’ai pris le paquet sans vraiment regarder…et, c’est une fois à la maison que j’ai réalisé ma bêtise. En plus l’emballage indique une date de péremption trop rapprochée pour que je me dise ok, c’est bon. Je retourne pour échanger. Le carton intact, scellé, irréprochable. Mais non… soupçon immédiat. Ça a été ouvert! Hypothèse audacieuse, avancée avec un sérieux admirable. À croire qu’il existe un marché noir de comprimés anti-diarrhée et que je suis la plaque tournante, la main qui les vole à la pharmacie pour revente dans la rue!
On sent que ce n’est pas de la méchanceté pure. C’est plus modeste que ça. Une petitesse fatiguée. La peur de perdre quelques dollars. Le réflexe de se raidir avant même de réfléchir. Dans le doute, on refuse. Ça évite de penser.
Ce qui est fascinant, ce n’est pas le refus en soi. C’est la rigidité, l’incapacité à faire le moindre pas de côté, comme si le simple fait de comprendre la situation risquait de faire s’effondrer tout l’édifice commercial.
J’ai l’impression que ça se généralise. Les échanges du quotidien deviennent des bras de fer constants. Les règles prennent des allures de texte sacré. La gentillesse, elle, circule avec parcimonie, rationnée comme en période de pénurie.
On repart sans drame, sans éclat, attristé quand même. Juste avec cette sensation étrange d’avoir assisté à une scène minuscule, mais révélatrice. Un monde fatigué, frileux, où aider l’autre même juste avec quelques mots de compréhension semble parfois demander un effort surhumain.




Ah ben ! Merci de me confirmer. C’est pas moi qui m’expliquais mal, c’est le commis qui était une vraie lumière... un méchant épais, rien de moins !
Tu m’as inspiré un prochain texte!
Très drôle la référence au marché noir.