Sans détecteur
Éthique minimale de la rencontre
Les mines n’explosent que pour ceux qui marchent sans posture défensive. Ceux qui avancent déjà cuirassés savent où elles sont, parce qu’ils vivent en terrain miné depuis toujours.
Je marche à découvert, non par inconscience, mais parce que je me tiens dans un geste simple, vivant, confiant.
Je refuse de scanner les gens, d’anticiper toutes les projections, de baliser chaque phrase idéologiquement, d’avancer armée.
Les mines ne m’appartiennent pas. Elles étaient là bien avant que je n’arrive.
Le terrain est saturé de peurs, d’idéologies, de statuts, de comparaisons et de tout ce qui précède le regard.
Je n’ai pas rendu le sol instable. Il l’était bien avant que j’y pose le pied. Et je refuse de considérer la méfiance comme une condition normale de la rencontre.
Parler à découvert est parfois perçu comme une provocation. La parole nue dérange ceux qui ont appris à survivre dans l’armure, à confondre vigilance et fermeture, lucidité et soupçon.
Je continue pourtant d’avancer sans détecteur. Pas par naïveté, mais par refus de vivre dans un monde où chaque mot devrait être précédé d’une autorisation ou d’un trigger warning.
Marcher ainsi, c’est accepter d’être blessée. Je l’ai été, et le serai encore.
C’est surtout refuser de devenir un terrain miné à mon tour.


