Nora et le chat noir
Souviens-toi de toi
Je l’ai trouvé un soir de pluie, blotti sous un banc de parc, trempé jusqu’aux os.
Un petit chat noir, sans collier, à peine sevré.
Ses yeux dorés, deux éclats d’ambre pur.
Je l’ai ramené chez moi, bien emmitouflé dans la poche kangourou de mon hoodie, comme dans un terrier chaud, mes mains en coupe autour de son petit corps frémissant.
Je ne crois pas aux histoires de chats noirs qui portent malheur!
Il n’a pas miaulé, pas bougé.
À la maison, il s’est simplement installé, comme s’il avait toujours été là, comme s’il savait qu’il m’attendait depuis longtemps.
Depuis, il me regarde.
Tout le temps.
Très longtemps.
Sans un son.
Dans l’espoir que quelque chose se réveille enfin en moi.
Certaines nuits, il s’assoit sur ma poitrine pendant que je dors.
Je rêve alors de pierres tièdes sous mes pieds nus,
de soleil lourd sur la peau,
de parfums d’encens et de miel,
et d’une voix grave, lointaine, qui me murmure :
« Te souviens-tu de toi ? »
Cette nuit, j’ai compris.
Ce n’est pas moi qu’il cherche,
mais celle que j’étais autrefois.
Je l’ai appelé par son nom —
ce mot étrange, posé au centre de mes pensées.
Un mot ancien, doux et tranchant comme la lumière du désert.
Ankh.
Il a fermé les yeux, et tout s’est mis à vibrer autour de nous :
les murs, l’air, la poussière.
Le temps lui-même a semblé se souvenir.
Alors il a relevé la tête et, d’un souffle chaud,
m’a rendu mon nom oublié :
des syllabes inconnues, des sons d’autrefois,
une langue ancienne, morte depuis longtemps.
Mon nom, qui, au fil des siècles, s’était changé :
Neferet… Nevra… Nera… et aujourd’hui, Nora.
Au matin, il dormait encore près de moi,
ronronnant dans le jour naissant.
Et sous sa patte, dans le sable répandu sur le drap,
se dessinait la croix de vie.





Quel beau texte 💕