Manières d’écrire
Entre netteté et diffusion
Madame Irma tient d’abord à remercier les deux nouveaux abonnés payants qui ont eu l’audace de croire à ses horoscopes farfelus. Vous êtes précieux, et elle espère voir cette petite constellation s’agrandir, publication après publication.
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Je vois très souvent passer, en Notes ou même certaines publications, des textes très courts, des phrases hachées, isolées, quelques mots laissés là, en suspension et je ne suis jamais certaine de la manière d’y répondre. Souvent, je les regarde longtemps. Je comprends ce qu’elles font au lecteur : elles arrêtent le mouvement, créent un inconfort discret, obligent à rester là sans réponse immédiate.
J’en viens à les admirer. Certaines lignes suffisent, elles ouvrent un espace puis se retirent, laissant le lecteur un peu étourdi, parfois même sans trop savoir comment les lire, et surtout comment y répondre.
Dans un texte récent, j’écrivais à propos de l’odorat et de la manière dont certains parfums me parlent. Cette sensibilité déborde aussi dans ma façon d’écrire. Quand j’écris, il se passe autre chose. La pensée ne se pose pas : elle s’étire, déborde, cherche ses appuis, avance en longueur, en largeur, parfois de biais. Elle reste, elle insiste. Comme une odeur qui ne surgit jamais nette, mais s’installe, persiste, laisse une trace.
Je remarque alors l’écart entre ce que j’admire chez les autres, la netteté, la brièveté, et ce que je produis moi-même. Certaines écritures vont droit au point. La mienne avance par présence, souvent de côté, parfois à contretemps.
Je me demande à quoi tient cette différence. Peut-être aux réseaux sociaux, à leurs formats, à leurs vitesses propres. Peut-être à une génération habituée à lire par fragments, entre deux gestes, deux notifications. Peut-être aussi à des habitudes de lecture qui ont changé, au temps que l’on accepte, ou non, de consacrer à un texte. Je ne sais pas si l’écriture courte répond à une urgence, à une fatigue, ou simplement à une autre manière d’habiter la langue.
Là où certains travaillent la densité, je diffuse mes pensées, laissant la place au mouvement.
L’un n’est pas mieux que l’autre. Ce sont deux gestes d’écriture.


