Mai arrive à Montréal comme il arrive toujours, trop vite, trop beau, trop froid le soir. Les lilas durent trois jours ou presque. Les terrasses ouvrent et on s’assoit même si c’est pas chaud chaud, le manteau sur les épaules, parce qu’on en peut plus d’attendre.
La nuit du 30 avril, hier, c’était Walpurgis. L’équivalent printanier de la Toussaint, dans les vieilles traditions européennes, la nuit où la frontière entre les vivants et les morts s’amincit. On allumait des feux. Des feux de seuil. Des feux qui disaient : ici, quelque chose change.
Ce matin, la pleine lune est en Scorpion. Une pleine lune en Scorpion, ça fait remonter des choses à la surface. Ce qu’on a gardé caché depuis longtemps, qu’on ne montrait pas, ben là, ça remonte. Pas nécessairement de façon dramatique, mais comme un sentiment qui était là depuis des mois sans qu’on lui donne de nom, et qui, là, prend toute la place.
Mme Irma a noté ça dans son carnet et elle a fumé deux cigarettes de suite.
Les astres, eux, sont agités. Saturne entre en Bélier le 25 mai. Jupiter s’apprête à quitter les Gémeaux pour entrer en Cancer en juin. Vénus et Neptune se retrouvent en Bélier au début du mois, Mercure rencontre Uranus à la fin. Ce qu’on a laissé traîner depuis janvier commence à exiger une réponse.
Mai, c’est le mois des fleurs. Et aussi celui où l’on voit ce qu’on a semé d’autre.
TAUREAU
Uranus est dans ton signe depuis 2018. Sept ans de secousses. Sept ans où ce que tu croyais stable a bougé sous tes pieds, les finances, le corps, ce que tu valais, ce que tu possédais, ce que tu croyais être à toi pour toujours.
Il part bientôt. Pas tout de suite, mais bientôt. Et mai, c’est le mois où tu commences à sentir que quelque chose se stabilise. Pas tout, jamais tout, t’as appris ça, mais quelque chose de fondamental.
La vraie question de ce mois-ci, c’est : qu’est-ce qui est encore là ? Qu’est-ce qui, malgré les secousses, et à travers elles, est toujours en place? Parce que t’as changé quelque chose pendant ces sept ans, un peu malgre toi. Uranus t’a brassé, oui. Mais regarde ce qui reste debout.
(Mme Irma allume sa cigarette. « Sept ans de secousses pis t’es encore là. C’est pas rien. »)
Lectures suggérées
Pour le classique, Jean Giono, Que ma joie demeure, la terre, les sens, le printemps comme nécessité, un personnage qui croit profondément que la vie vaut la peine d’être habitée pleinement.
Plus près de nous, Hugo Bourcier, Demain soir, 2025. Neuf voix pour raconter une seule soirée. Ce qui tient entre les gens, ce qui craque, ce qui reste. Pour le Taureau qui fait le bilan de ce qui a survécu à sept d’Uranus.
GÉMEAUX
Gémeaux, t’as passé un an à tout goûter. Les conversations qui s’ouvraient, les idées qui se multipliaient, les connexions qui se faisaient toutes seules. Jupiter en Gémeaux, c’était ton année et tu le savais.
Il part en juin.
Ce qu’il laisse derrière, c’est une question que t’as peut-être évitée : est-ce que t’es capable d’aller quelque part en profondeur ? Pas juste effleurer, pas juste comprendre vite et passer à autre chose, mais peux-tu vraiment descendre dans quelque chose ou quelqu’un et y rester assez longtemps pour que ça te change?
Parce que c’est ça que Jupiter en Cancer va te demander à partir de juin. Le Cancer, c’est l’intimité, la mémoire, ce qui nourrit vraiment. C’est pas le terrain naturel du Gémeaux. Mais mai, c’est le mois de la préparation.
Choisis une conversation que t’as jamais finie. Un lien que t’as gardé en surface par habitude. Quelque chose qui mérite plus que ta curiosité, quelque chose qui mérite ta présence.
(Mme Irma souffle la fumée. « T’as tout effleuré. Essaie de rester quelque part. »)
Lectures suggérées
Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité, 2011.Un homme qui pense avec une précision rare et qui descend dans ses propres profondeurs sans jamais remonter tout à fait. Pour le Gémeaux qui survole : Pessoa a choisi l’intérieur comme seul territoire. C’est inconfortable et ça change tout.
Mattis Savard‑Verhoeven, Une certaine tristesse, 2026. Noé fuit l’école, se réfugie avec ses souvenirs de sa grand-mère et écrit sans s’arrêter pour trouver ce que c’est qu’être un bon humain. Pour le Gémeaux qui passe d’une idée à l’autre : parfois la profondeur arrive pas par choix, mais parce qu’on s’est arrêté assez longtemps pour que le deuil nous rattrape.
CANCER
La pleine lune du 12 mai est en Scorpion. Elle fouille. Elle remonte ce qui était enfoui depuis longtemps, des émotions non réglées, des liens qui attendent une décision, des choses que t’as mises en dessous du tapis parce que c’était pas le bon moment.
Là, maintenant, c’est le bon moment.
Et voilà ce que Mme Irma sait que tu veux pas encore savoir : Jupiter arrive chez toi en juin. Jupiter, la planète de l’expansion, de la chance, de l’abondance, s’en vient directement dans ton signe pour un an. C’est rare. C’est important. Mais Jupiter dans une maison pleine de vieilles affaires non réglées, ça donne pas grand‑chose.
Mai, c’est le mois du ménage. Pas le ménage du placard, le ménage du dedans. Ce que t’as pas dit, ce que t’as pas fini, ce que t’as gardé trop longtemps par peur de blesser ou d’être blessé.
(Mme Irma éteint sa cigarette. « Jupiter s’en vient chez toi. Fais un peu de ménage avant qu’il arrive. »)
Lectures suggérées
Alexandra Boilard‑Lefebvre, Une histoire silencieuse, 2025. Une femme fouille dans ce que sa famille a enterré sous le silence. Pour le Cancer qui fait le ménage du dedans avant que Jupiter arrive, ça montre que quelqu’un a déjà fait ce travail‑là, et en a fait de la littérature.
Elena Ferrante, L’Amie prodigieuse, 2014. Le roman de ce qu’on porte pour les autres, de ce qu’on garde en soi trop longtemps, et de ce qui finit par remonter de toute façon. Pour le Cancer qui apprend à faire de la place.
LION
Mars se calme ce mois-ci. Depuis des semaines, t’étais dans l’action, le mouvement, l’initiative. T’as mené, organisé, décidé, porté. C’est ton registre naturel et Mme Irma ne va pas te dire que c’est un défaut.
Mais voilà ce qu’elle observe : le Lion, quand il donne, il donne vraiment. Pas pour la reconnaissance, mais pour le plaisir de voir quelqu’un s’allumer. T’as ce talent rare de voir ce qui manque à quelqu’un avant qu’il le sache lui-même, et de le lui apporter sans en faire un événement. C’est pas de la performance, ça. C’est de la générosité au sens strict, donner parce que t’en as, pas parce que t’attends quelque chose en retour.
Mai te demande de mettre ça au centre. Mets de l’avant ceux qui ont besoin de ce que tu as à donner: un ami qui s’enlise, quelqu’un qui a besoin que tu croies en lui avant qu’il croie en lui-même, une conversation que t’as remise à plus tard parce que t’étais trop occupé à avancer.
L’énergie est là. Elle cherche juste une direction différente ce mois-ci.
(Mme Irma souffle la fumée. « Le feu le plus chaud, c’est pas celui qu’on regarde. C’est celui qui réchauffe quelqu’un sans qu’il s’en aperçoive. »)
Lectures suggérées
Philippe Yong, Les yeux clos, 2025. Écrire depuis l’intérieur de l’obscurité, sans chercher la lumière extérieure. Pour le Lion qui crée sans public ce mois‑ci.
Honoré de Balzac, Le Chef‑d’œuvre inconnu, 1831. Un peintre qui refuse de montrer son œuvre parce qu’elle n’est pas encore ce qu’il voit dans sa tête. Le roman de la création qui échappe à son auteur et du prix que ça coûte de vouloir la perfection avant le regard.
VIERGE
Mercure et Pluton s’affrontent en douceur ce mois‑ci. Ce que ça veut dire pour toi : certaines vérités que t’as formulées méritent d’être révisées. Pas abandonnées, révisées. Il y a une différence.
La Vierge est le signe de l’analyse, de la précision, du détail qui compte. T’es la meilleure pour voir ce qui ne va pas, pour trouver l’erreur, pour améliorer. Mais parfois, Mme Irma te le dit directement, ton sens du détail devient une façon de ne pas partir. La carte parfaite, l’outil parfait, la version finale jamais tout à fait finale.
Ce mois‑ci : agis avant que le plan soit parfait. Parce qu’il sera jamais parfait, et tu le sais. La carte la plus précise t’empêche quand même de te perdre, et se perdre un peu, des fois, c’est là que t’apprends quelque chose.
(Mme Irma souffle la fumée. « La carte parfaite, ça n’existe pas. Pars avec ce que t’as.»)
Lectures suggérées
Madeleine Jarry, La mère des larves, 2025. Une écriture qui fouille le détail du corps et du monde avec une précision chirurgicale, mais qui n’hésite pas à partir là où ça fait mal. Pour la Vierge qui apprend que la précision peut aussi être un élan.
Gustave Flaubert, Un cœur simple, 1877. Une femme ordinaire dont la vie entière repose sur le soin, l’attention aux détails, la fidélité aux petites choses. Et ce que ça coûte quand l’analyse remplace l’attachement. Pour la Vierge qui se reconnaît dans les grandes vertus tranquilles.
BALANCE
Vénus et Neptune se retrouvent en Bélier au début du mois. C’est beau, dangereux, mais beau. L’idéal romantique dans toute sa splendeur. La relation parfaite dans ta tête, le lien tel qu’il devrait être, la version la plus harmonieuse de tout.
Mme Irma t’aime bien, alors elle va être directe : le danger de Vénus‑Neptune, c’est de tomber en amour avec une image. Pas une personne, une image. Ce que tu veux que quelqu’un soit plutôt que ce qu’il est. Et toi, Balance, t’as ce talent‑là. Construire l’harmonie autour de toi même quand elle est pas là.
La pleine lune du 12 en Scorpion va déterrer les non‑dits. Ce que t’as pas dit pour garder la paix. Ce que tu as absorbé en souriant. L’équilibre que tu maintiens en te taisant, c’est pas le tien. C’est celui des autres.
Ce mois‑ci : une vérité se doit d’être dite, même si elle dérange. Même si ça crée un accroc dans l’harmonie. L’harmonie vraie survit aux vérités. Celle qui non, elle méritait pas d’être gardée.
(Mme Irma écrase sa cigarette. « L’équilibre que tu crées en te taisant, c’est pas le tien ».)
Lectures suggérées
Véronique Marcotte, Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur, 2025. Le roman de Rachel qui se retire pour faire le point et qui se retrouve embarquée malgré elle dans ce qu’elle fuyait. Pour la Balance qui maintient l’harmonie en s’effaçant : parfois c’est l’isolement qui force la confrontation avec ce qu’on refusait de voir. Le silence qu’on croyait protecteur devient le décor d’une vérité qu’on ne peut plus esquiver.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, 1782. Le roman entier repose sur ce qu’on ne dit pas directement. La politesse comme stratégie, l’harmonie de façade comme pouvoir. Pour la Balance qui croit que l’élégance protège : parfois, elle dissimule surtout ce qu’on refuse d’affronter.
SCORPION
La pleine lune du 12 mai, c’est la tienne. T’as pas besoin que je t’explique ce que ça fait, tu le sens depuis une semaine. Quelque chose monte. Quelque chose qui était là depuis longtemps et qui commence à prendre trop de place pour rester tranquille.
Ce que Mme Irma observe, c’est ça : toi, Scorpion, t’es le meilleur au monde pour nommer ce qui se passe chez les autres. T’analyses, tu perces, tu vois en dessous. Mais ce que tu refuses de nommer en toi‑même, tu le gardes dans une boîte hermétique avec trois cadenas. T’appelles ça de la discrétion. Mme Irma appelle ça de la prudence mal placée.
La pleine lune du 12 va ouvrir une de ces boîtes. Pas par effraction, non, par pression. Ce qui était dedans a grossi et la boîte tient plus.
La bonne nouvelle, c’est que toi, contrairement à la plupart des gens, tu connais le fond. T’y es déjà allé. Ce qui te retient, c’est la peur de ce que tu vas devoir faire une fois que t’auras vu. Parce que savoir, pour toi, ça engage. Ça oblige. Ça change les choses de façon permanente.
Ce mois‑ci : prends le changement permanent. Tu cartographies depuis assez longtemps.
(Mme Irma allume sa cigarette dans le noir, sans allumer la lumière. « T’as passé assez de temps à faire le tour de ce que tu sais. Maintenant fais quelque chose avec. »)
Lectures suggérées
Paul Kawczak, Le bonheur, 2025. Trois enfants juifs cachés dans une grotte sous l’Occupation, un officier SS sans visage qui les traque, et quelque chose d’inexplicable qui circule entre eux et le monde souterrain. Pour le Scorpion qui sait que la survie se joue dans les profondeurs : Kawczak a écrit le roman de ce qui résiste quand tout en surface veut ta disparition.
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, 1890. Dorian Gray reste jeune et beau pendant que le portrait accumule ses fautes à sa place. Pour le Scorpion qui sait tout de lui-même mais refuse de le nommer : externaliser sa vérité ne la fait pas disparaître. Elle prend de la place ailleurs, et elle attend.
SAGITTAIRE
Sagittaire, t’es encore debout. Je le vois à ton regard, t’es déjà quelque part ailleurs dans ta tête pendant qu’on se parle. Allume‑moi une cigarette pis reste là deux minutes, juste deux.
Jupiter quitte les Gémeaux le mois prochain pour aller en Cancer. Ça veut dire quoi pour toi ? Ça veut dire que la grande énergie d’expansion qui t’habitait depuis un an , tsé, les idées qui foisonnaient, les conversations qui s’ouvraient, les projets qui se multipliaient? Ben, elle change de nature. Elle descend. Elle s’enracine. Elle va pas plus loin : elle va plus creux.
Le Cancer, c’est la maison. La famille. Ce qui nourrit vraiment. Ce qui reste quand on enlève les kilomètres et les décors changeants.
Toi, Sagittaire, t’as une relation compliquée avec ce qui reste. Tu te méfies de ce qui ne bouge pas. T’as tendance à confondre profondeur et distance, comme si aller loin était la seule façon d’aller quelque part. Mais mai te prépare à quelque chose que t’as rarement tenté : rester assez longtemps dans le même endroit pour que ça te change. Pas par obligation. Par curiosité.
Parce que la vraie question que Jupiter en Cancer va te poser dans les prochains mois, c’est : est‑ce qu’il y a des gens, des lieux, des engagements qui méritent que tu t’arrêtes ? Pas pour toujours. Juste assez longtemps pour voir ce que ça donne quand t’es vraiment là.
(Mme Irma souffle la fumée vers la fenêtre ouverte. « T’as fait le tour du monde dans ta tête. Essaie le salon. »)
Lectures
Agnès Gruda, Ça finit quand, toujours ?, 2025. Des familles qui quittent la Pologne et atterrissent sur trois continents différents. Cinquante ans de destins dispersés qui refusent de se perdre de vue. Pour le Sagittaire qui croit que partir, c’est la seule façon d’avancer : parfois ce qu’on cherche au loin, c’est ce qu’on a emporté sans le savoir.
Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, 1963. Le grand livre du voyage, mais pas celui qu’on croit. Bouvier part, oui, mais ce qu’il raconte surtout c’est ce que le voyage fait à l’intérieur. Le dépaysement comme outil de connaissance de soi. Pour le Sagittaire qui confond vitesse et profondeur : Bouvier avance lentement, et c’est pour ça qu’il arrive quelque part.
CAPRICORNE
Capricorne, pose ce que t’as dans les mains. Pas longtemps, juste le temps d’une cigarette. Allume‑moi ça pis assieds‑toi.
Saturne entre en Bélier le 25 mai. Saturne, c’est ta planète, celle qui te ressemble le plus, celle qui t’a toujours dit : structure, endurance, résultats. Depuis mars 2023, elle était en Poissons. Deux ans à te demander de composer avec le flou, l’intuition, ce qui ne se mesure pas. Pour toi, c’était comme construire sur du sable. T’as tenu quand même. Évidemment que t’as tenu, c’est toi.
Là, elle entre en Bélier. Énergie de feu, d’initiative, de départ. Saturne en Bélier, c’est la discipline qui rencontre l’impulsion. La structure qui accepte le mouvement. Pour un Capricorne, c’est pas inconfortable, c’est libérateur. Enfin une direction claire. Enfin quelque chose qui ressemble à un chantier.
Mais voilà ce que Mme Irma observe : toi, Capricorne, t’as tendance à te mettre au travail avant d’avoir décidé pour quoi. L’effort, ça te connaît. La question du sens, moins. Saturne en Bélier va te demander quelque chose que Saturne en Poissons t’avait déjà murmuré : pas juste comment construire, mais quoi. Pas juste tenir, mais vers quoi.
Ce mois‑ci, avant que Saturne change de signe, prends le temps de choisir ton chantier. Consciemment. Pas par défaut, pas par loyauté envers un projet qui date de trop longtemps.
(Mme Irma écrase sa cigarette. « Deux ans dans le flou, pis t’as survécu. Maintenant t’as le droit de choisir ce que tu bâtis. »)
Lectures suggérées
Myriam Ouellette, Souches, 2025. Une femme qui s’arrête complètement, pas par choix, par nécessité, et qui découvre dans l’immobilité ce qui la tient vraiment debout. Pour le Capricorne qui construit sans jamais s’arrêter pour choisir : parfois c’est la maladie, parfois c’est mai. Dans les deux cas, la question est la même.
Albert Camus, La Peste, 1947. Des gens qui tiennent sans raison spectaculaire, dans une ville fermée, sans savoir si ça finira. Pas de héroïsme, juste de la constance. Pour le Capricorne qui sait tenir mais oublie parfois de se demander pour quoi.
VERSEAU
Verseau, viens t’asseoir. J’ai quelque chose à te dire que t’as pas envie d’entendre, et je vais te le dire quand même parce que c’est mon travail. Allume‑moi une cigarette.
Pluton est dans ton signe depuis 2024. Il va y rester jusqu’en 2044. Vingt ans. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la transformation que tu portes, ta façon de voir les systèmes, ta façon d’imaginer ce qui pourrait exister à la place de ce qui existe, elle est pas juste dans ta tête. Elle est dans l’air du temps. Le monde est en train de rejoindre ton décalage. C’est troublant pour toi, parce que t’étais habitué d’être en avance. Là, tu vas devoir apprendre à être dedans.
Et à la fin du mois, Mercure rencontre Uranus, ta planète, celle qui te gouverne. Attends‑toi à une conversation qui dit quelque chose que t’avais pas prévu. Pas nécessairement une mauvaise nouvelle, non, non, juste une nouvelle. Quelque chose qui déplace.
Ce que mai te demande, c’est de laisser ton idée la plus importante sortir de ta tête et rencontrer quelqu’un, sans chercher à convaincre, sans faire d’exposé. Juste pour voir ce que cette idée devient quand elle touche une autre intelligence. Les idées qui restent dans ta tête restent les tiennes. Les idées qui circulent deviennent autre chose. Parfois plus grand. Parfois différent. Toujours plus réel.
T’as peur de ça, au fond. Que l’idée change. Qu’elle t’appartienne moins. Mme Irma te dit : c’est exactement pour ça qu’il faut la sortir.
(Mme Irma souffle la fumée. « Une idée qui t’appartient encore entièrement, c’est une idée qui n’a pas encore vraiment commencé. »)
Lectures suggérées
Gabriel Marcoux‑Chabot, Godpèle, 2025. Une femme seule dans une grotte, qui écrit dans une langue inventée pour ne pas perdre ce que son peuple a été. Pour le Verseau qui pense toujours en avance : parfois la seule façon de transmettre ce qu’on voit, c’est d’inventer les mots pour le dire.
Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, 1932. Le roman de l’idée parfaite qui n’a rencontré personne. Un système conçu par des gens qui pensaient trop loin et pas assez à l’autre. Pour le Verseau qui sort son idée de sa tête ce mois‑ci : lis ça avant, pour savoir à quoi résister.
POISSONS
Poissons, viens par ici. Assieds‑toi, vraiment, pas juste en apparence. Allume‑moi une cigarette pis reste dans ton corps deux minutes.
Saturne était dans ton signe depuis mars 2023. Deux ans et quelques mois de structure imposée, de discipline qui venait de l’extérieur, de sens du devoir qui pesait plus lourd que d’habitude. Pour un Poissons, qui préfère les contours flous et les espaces ouverts, c’était pas confortable. T’as tenu. Évidemment que t’as tenu, t’as plus de résistance qu’on ne le croit, toi. Mais ça coûtait quelque chose.
Saturne s’en va le 25 mai. Il part en Bélier.
Ce que ça veut dire, c’est que la discipline qui t’était imposée, l’obligation de te définir, de te poser, de fonctionner selon des règles que t’as pas choisies, elle lève. Ce qui reste maintenant, c’est ce que toi tu veux garder. La structure que tu vas construire à partir d’ici, elle vient de toi. Pas d’une planète qui te surveille. Pas d’une obligation extérieure. De toi.
Et au début du mois, Vénus et Neptune se retrouvent en Bélier. Neptune, c’est ta planète. En Bélier, c’est l’action, le concret, le geste. Ça veut dire que ton intuition, cette chose que tu portes depuis toujours et que t’as du mal à traduire, elle veut agir. Pas rêver. Agir.
Ce mois‑ci, pose un acte minuscule et réel, pose un geste concret qui va dans le sens de ce que tu ressens depuis longtemps sans l’avoir encore dit.
(Mme Irma éteint sa cigarette doucement, sans bruit. « Saturne s’en va. T’as survécu à ses deux ans chez toi. Maintenant fais quelque chose avec ce que ça t’a appris ».)
Lectures suggérées
Fanie Demeule, Du ventre des montagnes, 2025. Une femme qui traverse des bois nocturnes, le crâne de sa sœur sous le manteau, vers un sommet qui pourrait ressusciter les morts. L’intuition qui se transforme en geste, l’amour qui devient acte concret et physique et épuisant. Pour le Poissons qui apprend que rêver et faire peuvent être la même chose.
Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, 1951. Hadrien écrit à la fin de sa vie parce qu’il se sent encore responsable de quelque chose, de la beauté du monde, de ce qui mérite d’être pensé jusqu’au bout. Pour le Poissons qui vient de perdre le cadre que Saturne lui imposait : la liberté retrouvée n’est pas l’absence de responsabilité. C’est le droit de choisir laquelle.
BÉLIER
Saturne entre dans ton signe le 25 mai. Deux ans à t’observer depuis les Poissons, à te regarder foncer, recommencer, foncer encore — et là il atterrit chez toi. Directement chez toi.
Ça ne veut pas dire que t’as plus le droit de foncer. Ça veut surtout dire que ton élan mérite un cadre. Saturne en Bélier, c’est la flèche qui apprend à viser avant de partir. C’est pas une punition. C’est un upgrade.
T’as de l’énergie pour dix. Depuis toujours. Le problème, c’est que t’en dépenses le trois-quart pour des choses qui ne le méritent pas. Ce mois‑ci, avant que Saturne s’installe pour de bon, regarde ce que tu construis vraiment. Regarde ce que tu finis.
(Mme Irma souffle la fumée. « L’élan, c’est beau. Mais même les flèches ont besoin d’un arc». )
Lectures suggérées
Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, 2026. Un homme qui part parce qu’il n’a pas le choix et qui fonce à travers les Amériques avec ce qu’il a dans le corps. Pour le Bélier qui confond parfois courage et calcul : ici le courage, c’est de partir sans garantie. L’élan comme seul outil de survie.
Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830. Julien Sorel a de l’énergie pour dix, de l’ambition plein les poches, et une impatience qui lui coûtera tout. Le roman entier est une leçon sur ce que ça donne quand on fonce sans viser. Parfait pour le Bélier auquel Saturne demande un peu d’adresse ce mois‑ci.
Mai est là avec ses lilas et ses pivoines qui s’impatientent. L’air sent quelque chose qui ressemble à un recommencement.
Mme Irma te regarde et elle voit déjà ce que tu vas faire : tu vas te servir un verre, tu vas relire ce texte, tu vas sourire. Puis tu vas remettre tout ça à plus tard.
Irma te demande juste une chose ce mois-ci : la prochaine fois que tu penseras à quelqu’un, à quelque chose, à un mot que t’as jamais dit, bouge, parle. Demande-toi pas si c’est le bon moment, vas-y, fais-le!
Le bon moment, c’est celui où tu arrêtes de trembler, même si t’as encore peur.





Irma a un beau look !
Merci madame Irma pour ces prédictions 🙋🏼♀️