Les horoscopes de Madame Irma - Avril
Oui, oui, en avril, ne te blablabla... tout le monde la connais, celle-là!
Avril à Montréal est un menteur professionnel.
Faux printemps. Slush. Espadrilles trop tôt, bottes trop tard.
Cabinet poussiéreux, café rance, fenêtre entrouverte. C’est ici qu’Irma travaille, entre le cendrier plein et le tarot qu’elle utilise comme sous-main.
Avril, c’est pas un décor. C’est un couloir gluant. La lumière au bout ? Irma promet rien. Elle tire sur sa cigarette : on avance, pis c’est déjà beaucoup.
Avril te donne deux rayons un mardi, une bordée le jeudi, puis te regarde remettre ton manteau comme si t’étais le problème. On retient jamais la leçon.
Les trottoirs sont encore salés. Les terrasses sortent leurs chaises comme un acte de foi borderline.
Quelque chose insiste quand même. La lumière gagne du terrain sans faire de bruit. Les briques changent de ton. La terre travaille en dessous, sans conférence de presse.
Avril, c’est un chantier. Le printemps entouré de cônes oranges.
Irma regarde par la fenêtre. Ailleurs, elle dit, ils ont déjà les tulipes. Ici, on dégèle par zones. Pas de renaissance. Pas encore.
Juste ça :
on est heureux de ne plus être gelé bord en bord.
Bientôt, tu vas pouvoir lire assis•e sur ton balcon.
— Irma
BÉLIER (21 mars – 19 avril) - Trop de feu pour un mois encore mouillé
Avril te donne l’illusion que tout doit repartir maintenant. T’arrives avec l’énergie d’un moteur déjà chaud dans une ville encore à moitié congelée. Les trottoirs sont instables. La pluie te rappelle que personne t’a demandé ton avis là-dessus.
Irma rallume sa cigarette avec le briquet d’un client qui l’a oublié là en 2019. T’as pas besoin de frapper pour exister, elle dit. Elle le répète à tout le monde, mais pour toi elle le pense vraiment, ou presque.
Ce mois-ci, commence quelque chose qui te donne aucun prestige immédiat. Un geste invisible. Tu vas trouver ça presque insupportable, et c’est exactement là que ça devient intéressant. Le feu qui dure, c’est pas l’explosion. C’est la braise sous la cendre froide.
Objet d’avril : une allumette. Une seule. Pas le paquet, juste une. Pour une décision précise. Quand tu l’as brûlée, c’est réglé.
Ordonnance d’Irma : Le fil du vivant, Elsa Pépin (2022).
Irma a pas lu ça. Mais le titre lui a parlé. Elle l’a vu sur une table chez quelqu’un et elle a pensé à toi. C’est déjà beaucoup.
TAUREAU (20 avril – 20 mai) — Fidèle, parfois à des antiquités dépassés
Tu supportes. Tu assures. Les gens comptent sur toi et tu le sais pis ça t’arrange.
Mais des fois tu tiens à des affaires qui méritent pas autant de fidélité. Des habitudes. Des rancœurs aussi, soyons honnêtes. T’as une mémoire d’éléphant et une patience de saint, et ce mélange-là c’est pas de la sagesse. C’est juste de l’entêtement avec une belle posture.
Irma tapote la cigarette sur le bord de la fenêtre. Dehors, la pluie frappe les briques. Elle te regarde pas encore… elle regarde la cendre tomber dans le vide, lentement, comme si elle chronométrait quelque chose. Puis elle se retourne.
Bouger, c’est pas tout renverser, elle dit. Ça peut être juste… desserrer une vis. Elle mime desserrer une vis. C’est pas clair. Tu hoches la tête quand même.
Ce mois-ci, Irma te demande de regarder ce que tu traînes depuis longtemps. Une discussion. Une conviction. Regarde si c’est encore vivant. Si ça respire plus, t’as pas besoin de faire un discours. Jette.
Objet d’avril : une clé ancienne. Irma sort une clé du tiroir du bas. Elle sait plus ce qu’elle ouvre. Elle la pose sur la table entre vous deux. Elle te la donne. T’es pas obligé de la prendre.
Ordonnance d’Irma : La trajectoire des confettis, Marie-Ève Thuot
Elle l’a commencé. Arrivée à la page quarante-deux, elle a posé le livre sur la table et elle a pas su pourquoi. Elle le recommande pareil. Peut-être que toi tu vas comprendre ce qu’elle a raté.
GÉMEAUX (21 mai – 20 juin) — Partout à la fois, rarement au bout
Ton esprit est un carrefour. Ça circule, ça bifurque, ça repart dans trois directions en même temps, et t’appelles ça de la richesse. C’est pas faux, mais c’est aussi une façon de bouger beaucoup sans jamais arriver nulle part.
Avril te propose un ralentissement que tu vas haïr. La ville est molle, indécise, pas encore décidée à être le printemps. Toi t’aurais voulu que ce soit tranché. Le entre-deux te tue. Et pourtant, c’est ce qui te va le mieux!
Irma regarde la fumée monter. Elle la suit des yeux jusqu’à ce qu’elle se dissolve. Reste avec une pensée, elle dit finalement, jusqu’à ce qu’elle commence à être inconfortable.
Elle laisse ça là, juste comme ça, mais elle allume encore une cigarette, parce que la première était presque finie.
Ce mois-ci : prends un carnet à moitié rempli, t’en as au moins quatre, pis finis une page avant d’en commencer un autre. Juste une page. C’est déjà beaucoup pour toi et c’est correct, on part de là. La dispersion c’est un talent, mais aussi une façon élégante de ne jamais finir quoi que ce soit.
Objet d’avril : ah ben, prend donc un de mes carnet, tiens. T’as le choix, regarde. Prends le plus vieux.
Ordonnance d’Irma : L’ombre du vent, Carlos Ruiz Zafón (2001)
Irma dit que c’est un roman qui se tient jusqu’au bout. Elle a l’air de trouver ça presque suspect. C’est épais, elle ajoute, pis ça finit. Pour toi, en avril, c’est exactement ce qu’il faut.
CANCER (21 juin – 22 juillet) — Tu ressens tout, même ce qui ne t’appartient pas
Avril gonfle les choses, tes émotions aussi, parce que t’as une capacité d’absorption qui ferait l’envie d’une éponge industrielle. Tu prends tout. Le malaise des autres, l’atmosphère, la météo intérieure des gens qui passent.
Et tu te retiens. Jusqu’à ce que ça déborde d’une façon qui te surprend toi-même. Irma tapote la cigarette sur le cendrier, doucement. Elle te regarde pas tout de suite. T’es pas responsable de protéger tout le monde, qu’elle dit au cendrier. Puis à toi : L’authenticité c’est pas une trahison. C’est inconfortable, mais l’inconfort ça passe.
Ce mois-ci, laisse sortir quelque chose. Pas besoin de tempête dramatique… juste en paroles simples, une phrase, une seule. Les grandes déclarations émotives, ça impressionne personne et ça soulage pas tant.
Objet d’avril : un bol d’eau. Irma en a un sur le coin du bureau, elle sait plus trop pourquoi. De temps en temps, elle dit, tu changes l’eau. Tu te poses pas de question. Tu changes juste l’eau.
Ordonnance d’Irma : Les falaises, Virginie DeChamplain.
Elle dit que ça se lit vite mais que ça reste longtemps. Elle a l’air légèrement contrariée, comme si le livre l’avait pris par surprise. Lis-le quand même, elle dit.
LION (23 juillet – 22 août) — Briller sans public, c’est là que ça se joue
Avril t’offre une lumière oblique, timide, le genre qui révèle les coins que tu voulais montrer. T’es habitué à occuper l’espace. Les gens le sentent quand t’arrives, et tu le sais, et tu fais semblant quetu t’en fous, pis personne te croit, et c’est correct.
Mais ce mois-ci le monde est fatigué et ne répond pas à l’intensité que tu proposes. C’est pas un affront. C’est avril.
Irma tire sur sa cigarette avec une lenteur calculée. Elle te regarde avec une curiosité presque scientifique. Construis quelque chose, qu’elle te dit. Quelque chose qui tient quand personne regarde. Elle laisse un silence. Pis dis-moi pas que t’es pas capable. Fais-le.
Ce mois-ci : travaille hors scène. Pas de récit de ta progression. Renforce ce que t’as commencé en silence. Ton autorité, sans applaudissements, devient plus calme, plus dense. Et oui, plus dangereuse… dans le bon sens.
Objet d’avril : un miroir terni. Irma en a un derrière la porte. Il date. Regarde-toi dedans. Cherche pas l’effet, cherche la cohérence. C’est moins flatteur, mais beaucoup plus utile.
Ordonnance d’Irma : Bondrée, Andrée A. Michaud (2015).
Irma dit que c’est un roman de forêt mouillée. La lumière arrive jamais de face. Elle trouve ça juste. Les personnages brillent pas. Ils persistent. Elle te regarde. C’est ça qu’elle te souhaite pour avril.
VIERGE (23 août – 22 septembre) — Réparer le monde ne t’empêchera pas de vivre dedans
Tu vois les défauts avant tout le monde. Les incohérences, les virgules mal placées, le joint de silicone fatigué, le plan pas d’allure. Avril, avec son désordre mouillé, ses horaires qui glissent, ses flaques apparues sans prévenir, c’est pas ton mois. La ville a l’air organisée par quelqu’un qui improvise, pis ça te serre quelque part dans le sternum.
Irma laisse la fumée monter sans la suivre. Elle pense à autre chose, ou à rien, difficile à dire. Tout doit pas être corrigé, elle dit enfin, comme si la conversation avait déjà eu lieu ailleurs. L’imperfection, c’est pas une urgence.
Ce mois-ci : Observe ton inconfort. Regarde ce qui se passe. Ça serre un peu au début, puis ça se détent, comme un soulier que ton pied a fini par apprivoiser. La souplesse, c’est une compétence aussi. Tu l’as sous-estimée, celle-là.
Objet d’avril : un crayon mal taillé. Irma en sort un du fond d’un tiroir, la mine de biais, l’efface à moitié arrachée. Écris avec. Sans l’aiguiser. Sans effacer… Oui, je sais... Fais-le pareil.
Ordonnance d’Irma : La petite fille qui aimait trop les allumettes, Gaétan Soucy (1998).
Pour toi, un roman qui tient dans sa propre bizarrerie. Irma respecte ça. La vérité arrive sans détour. Ça devrait te plaire. Ou te déranger. Ce qui est pas mal pareil.
BALANCE (23 septembre – 22 octobre) — Attendre l’équilibre, c’est refuser de choisir
Tu réfléchis trop. Tu pèses, tu compares, tu ajustes, tu repèses. Avril t’impatiente. Le monde a l’air de pas vouloir te donner le signal clair dont t’as besoin. T’attends le signe évident. Le signe évident attend que tu te décides. Vous êtes là, tous les deux, à vous regarder.
Irma écrase sa cigarette lentement, comme si éteindre était une décision qu’on prend et qu’on assume. Ce que t’appelles prudence, elle dit, c’est juste une façon élégante de pas t’engager. Elle laisse ça là. Elle rallume pas une autre cigarette tout de suite, ce qui pour elle est un silence éloquent.
Ce mois-ci : choisis. Pas pour avoir raison. Irma lève une main, elle veut pas t’entendre tusuite, écoute une minute… Pour avancer. L’équilibre absolu ça existe pas. Il y a toujours un léger déséquilibre, et c’est ce qui rend le mouvement possible. Le tremblement quand tu décides, c’est la preuve que tu t’impliques vraiment. C’est rare et c’est précieux, même si c’est pas confortable.
Objet d’avril : deux pierres inégales. Irma les sort de sa poche. Essaie pas de comprendre pourquoi elle avait ça là... Prends-en une, elle dit. L’autre reste ici dans ma poche. Assume le déséquilibre.
Ordonnance d’Irma : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Mary Ann Shaffer & Annie Barrows (2008).
Irma dit que le titre a failli l’empêcher de le lire. J’aurais eu tort, elle admet, et ça lui coûte visiblement quelque chose. Les personnages choisissent, là-dedans. Pas parfaitement. Mais ils choisissent. C’est toute la leçon.
SCORPION (23 octobre–21 novembre) — Tu confonds transformation et destruction
T’as pas peur des profondeurs. C’est reconnu, et t’en es fier, un orgueil que tu trouverais inacceptable chez quelqu’un d’autre. Mais pour toi c’est de la lucidité, ouin. On va pas débattre ça ce soir. Ce qu’Irma veut te dire, c’est que tu confonds parfois transformation et destruction. L’incendie c’est wow mais la mue, elle, est silencieuse et le frottement discret. Avril dégèle lentement, sans déclaration. C’est pas moins profond. C’est moins cinématographique.
Irma laisse la cendre tomber sans la secouer. Elle regarde le tison rougir. Un secret porté calmement, elle dit, est plus puissant qu’un secret brandi comme une arme. Elle tire une bouffée. Pis toé, t’en brandis des secrets, même si ça paraît pas. Tu te reconnais?
Ce mois-ci : laisse tomber ta vieille peau sans cérémonie, sans discours de trois heures sur ce que ça signifie. La transformation la plus solide c’est celle que personne voit venir, y compris toi.
Objet d’avril : un vêtement noir, usé. Donne-le, dit Irma. Elle tire sur sa cigarette. Sans nostalgie. Je sais que c’est le plus dur. C’est pour ça que je le dis en dernier.
Ordonnance d’Irma : Là où je me terre, Caroline Dawson (2021).
Irma a lu ça d’une traite un soir de novembre et elle a fumé plus que d’habitude ce soir-là. Elle précise pas pourquoi. La métamorphose là-dedans, elle fait pas de bruit, elle dit. Elle arrive pareil. Irma te regarde une dernière fois. Comme toi tu devrais.
SAGITTAIRE (22 novembre – 21 décembre) — L’horizon te sert souvent d’excuse
Tu veux l’horizon, une direction, une route qui s’étire devant toi assez loin pour accélérer. Avril à Montréal te contrarie : les rues sont détrempées, le grand départ ressemble à un détour dans une ruelle avec un cône orange au milieu. T’as l’impression que le monde ralentit exprès. C’est pas le cas. Mais tu le crois pareil.
Irma ouvre la fenêtre malgré le froid. L’air humide entre, la fumée sort, les deux se mélangent. Irma regarde dehors. Le voyage, elle dit, sans se retourner, ça passe pas toujours par la distance, des fois ça passe par la durée. Rester quelque part assez longtemps pour que ça te transforme vraiment, pas juste pour avoir une anecdote à raconter au prochain qui veut pas t’écouter.
Ce mois-ci : suis un trajet jusqu’au bout même s’il traverse des rues que tu connais. L’horizon se fabrique sous les pieds, pas devant les yeux. Marche dans la slush. Remarque ce que t’avais jamais remarqué parce que t’étais toujours en train de partir.
Objet d’avril : une carte pliée. Irma en déplie une sur le bureau, ancienne, avec les plis si vieux qu’ils ont blanchi. C’est la carte d’une ville que personne connaît. Suis un trajet jusqu’au bout, elle dit. Même si tu penses connaître la route. Elle replie la carte. Pas soigneusement… Surtout si t’as l’impression de connaître la route.
Ordonnance d’Irma : Nikolski, Nicolas Dickner (2005).
Irma dit que c’est un roman de gens qui bougent tout le temps et qui finissent par se retrouver quand même. Elle trouve ça ironique dans ton cas. Les personnages cherchent l’horizon, elle dit. Ils le trouvent pas, ils trouvent autre chose. Elle hausse les épaules. Pis c’est mieux.
CAPRICORNE (22 décembre – 19 janvier) — Produire n’est pas la même chose qu’exister
Tu planifies avec une précision qui impressionne les gens et qui les épuise un peu aussi, mais ça tu le sais et tu fais avec. Avril te dérange parce qu’il fond, il replie, et change d’idée trois fois avant le dîner. Tu aimerais un calendrier clair, une progression nette, un sol qui reste où tu l’as mis.
Irma tapote la cendre dans la soucoupe, deux fois. Elle te regarde avec un genre de sympathie qui pourrait aussi être de la curiosité clinique, c’est difficile à dire. Tu confonds valeur et rendement, elle dit. Ce qui produit rien te semble suspect. Je te juge pas… Pause… Beaucoup.
Ce mois-ci, Irma te propose de faire quelque chose qui ne produit rien. Un acte sans objectif, sans retour sur investissement même symbolique. Observe l’angoisse que ça déclenche. Elle indique juste l’endroit où t’as confondu ta valeur avec ta production. C’est une information utile. Irma dirait même que c’est rentable, mais elle veut pas te faire ce cadeau-là.
Objet d’avril : une pierre ramassée dehors. N’importe laquelle. Irma dit de la garder en poche (pas dans ton soulier, non) vingt-quatre heures. Sans justification, elle précise. Elle anticipe ta question. Non, ça sert à rien. C’est le principe.
Ordonnance d’Irma : Stoner, John Edward Williams, 1965.
Irma a lu ça lentement, sur plusieurs semaines, ce qui pour elle est inhabituel et légèrement suspect. C’est un homme qui fait sa vie sans que ça ressemble à grand-chose de dehors, elle dit. Pis c’est tout. Elle écrase sa cigarette. Pis c’est suffisant. Ça devrait t’intéresser… ou t’inquiéter. Dans ton cas c’est souvent pareil.
VERSEAU (20 janvier – 18 février) — Une idée qui ne touche pas le réel devient décorative
Tes idées sont rapides, souvent en avance sur tout le monde… et tu le sais, et tu fais semblant que ça te pèse, et ça te pèse pas vraiment. Avril te demande de les salir un peu, de les confronter. Une pensée qui rencontre jamais le réel finit par devenir inutile, comme une belle affiche dans une pièce où personne habite.
Irma souffle la fumée vers la fenêtre entrouverte. La pluie tombe , indifférente à toutes les bonnes idées du monde. Elle te regarde avec ironie, pas méchante, juste précise. Parle à quelqu’un qui pense pas comme toi, elle dit. Juste pour voir si ton idée survit au contact. Elle tire une autre bouffée. Les idées qui vivent juste dans ta tête deviennent décoratives. C’est beau. Sauf que c’est pas vivant.
Ce mois-ci : mets ton concept dans la rue, dans le désaccord. Choisis la friction fertile plutôt que la pureté confortable. Une idée qui survit à la contradiction devient plus forte pis toé avec. C’est pas une menace pour ton intelligence.
Objet d’avril : une petite lumière. Irma en sort une du tiroir, une de ces lampes de poche minuscules, pile presque à bout. Allume-la pour quelqu’un d’autre, elle dit. L’échange lui donne sens. Pis si la pile lâche, c’est que t’aurais dû commencer plus tôt.
Ordonnance d’Irma : La nuit des temps, René Barjavel (1968).
Irma dit qu’elle a lu ça jeune et que ça l’a marquée d’une façon embarrassante. C’est un roman d’idées, elle dit, habité par des gens qui pensaient avoir tout compris. Elle laisse un silence calculé. Les civilisations les plus intelligentes peuvent trébucher sur le cœur humain. Elle te regarde. Toi aussi, probablement. Avril est un bon mois pour vérifier.
POISSONS (19 février – 20 mars) — Ressentir n’est pas agir
Tu rêves large. Tu ressens fort. T’as une vie intérieure qui compense pour le fait que tu perdes tes clés trois fois par semaine et que tu répondes aux courriels dans un délai qui s’appelle pas vraiment un délai, c’est plus une philosophie du temps.
Avril te demande de faire petit. Presque banal. La pluie qui tombe sur Montréal s’infiltre par les fissures, lentement, et c’est comme ça qu’elle change les choses. Tes intuitions ont besoin de sol. Les révélations les plus profondes arrivent quand on arrête de les chercher et qu’on arrose une plante à la place.
Irma écrase sa cigarette, la dernière de la soirée, ça veut plus dire grand-chose. La cendre s’accumule dans le cendrier, indifférente. Elle te regarde avec tendresse, ce qui prend la forme d’un sourcil légèrement relevé. T’as pas besoin de sauver le monde pour être aligné, elle dit. T’as besoin d’agir dans ce qui t’appartient. Les miracles ont rien contre le mystique, mais ils préfèrent la régularité au lyrisme.
Ce mois-ci : une chose concrète par jour. Pas une vision. Pas une intention. Une chose, avec un début et une fin, que tu peux voir de tes yeux quand c’est fait. L’intuition devient fiable quand elle descend dans la matière. Tout le reste c’est de la fumée… et Irma connaît la fumée, elle sait ce que ça vaut.
Objet d’avril : une semence. Irma en pose une sur le bureau entre vous deux, petite, sèche, anonyme. Plante-la dans un pot imparfait, elle dit. La terre brute vaut mieux que le symbole. Elle regarde la graine encore un moment. Pis arrose-la. Régulièrement. Même quand t’as pas l’inspiration.
Ordonnance d’Irma : Siddhartha, Hermann Hesse (1922).
Irma dit qu’elle l’a lu dans une autre vie et qu’elle se souvient plus très bien de l’histoire, mais qu’elle se souvient de la sensation à la fin… quelque chose qui ressemblait à poser un sac très lourd très doucement. La délivrance, elle dit, ça avance au rythme du dégel.
Elle rallume quand même une cigarette, parce que c’était pas vraiment la dernière. Elle regarde par la fenêtre. La ville dégèle comme ça, mine de rien. Lentement. Par plaques. Sans cérémonie. Pas autrement.
















Comment n’ai-je pas découvert plus tôt ce format ? J’adore 😊
Merci madame Irma 🙋🏼♀️