Les horoscopes de madame Irma
Février - Spécial Valentin
Salut à tous et bonne chance à ceux qui prétendent « aimer l’hiver ». Février vient de commencer, le sel a déjà tout blanchi tes bottes, la noirceur te colle au cerveau, et ton manteau pue le bus depuis novembre, mais c’est beau l’hiver… faut jouer dehors…pouahhhh!!!
Ici, toujours la même règle : Mme Irma ne prédit rien. Elle fume, elle observe, elle regarde ta réalité en pleine face. Elle voit comment les signes se débrouillent quand tout gèle : cœur, trottoir, libido, compte en banque.
Février, c’est un mois court. Encore une chance! La lumière revient doucement, juste assez pour te rappeler que non, tu n’es pas mort·e, mais pas assez pour te donner de l’enthousiasme.
C’est aussi le mois de la Saint-Valentin. La fête de l’amour, paraît-il, basée sur un martyr recyclé en peluches roses, et utilisé chaque année pour vérifier qui tient à qui de la bonne manière… Oublie pas la douzaine de roses à moitié fanées pis la boîte de chocolats blanchis par l’âge si tu veux pas te coucher tout•e seul•e, ce soir-là!
Mme Irma observe tout ça avec tendresse et un léger dégoût. Elle rappelle que l’affection n’a jamais été glamour. Ça n’a rien à voir avec les grands élans, les promesses, ni les preuves spectaculaires. L’affection, c’est ce qui reste quand on n’a plus l’énergie de séduire, de convaincre ou de sauver qui que ce soit. L’affection, ça pourrait s’appeler la tendresse.
En février, Irma ne te demande pas d’aimer mieux. Elle te suggère juste d’arrêter de te fermer comme une huître offensée. Un minimum d’humanité suffit. Regarder l’autre, tous les autres, et toi-même, comme des êtres réels, pas comme des problèmes, des obstacles ou des miroirs déformants.
Faire un geste simple. Se retenir d’être inutilement dur. Répondre sans sarcasme une fois de temps en temps.
Ce n’est pas de la bonté. C’est de l’hygiène relationnelle.
Et en février, les signes ne promettent rien, comme d’habitude. Ils observent comment chacun fait avec l’affection quand il fait frette, que l’énergie est en baisse, et que l’amour n’a pas envie de faire des efforts.
Lis ce qui t’aide à rester humain sans te sacrifier. Le reste peut rester au froid. Ça dégèlera pas de sitôt.
(Mme Irma écrase sa cigarette.) « L’ouverture à l’autre, c’est pas l’amour. C’est juste refuser de devenir un trou du cul en hiver. Bon. On va survivre ou quoi ? »)
VERSEAU (20 janvier - 18 février)
Verseau, pour toi, le froid est une insulte personnelle. Tu vois février comme un complot climatique orchestré par le “système”. Pendant que les autres se plaignent de la neige, tu mets déjà la révolution à l’ordre du jour : abolir l’heure d’hiver, redistribuer les rayons UV, pis collectiviser les tuques.
Dans ta tête, tout irait tellement mieux si on écoutait tes plans. Dans la réalité, tu oublies ton foulard un jour sur deux.
Ce mois-ci, au lieu d’expliquer au monde comment il devrait vivre l’hiver, essaie de vivre le tien. Un seul projet fou, mais mené à bien, juqu’à la fin : une soirée hebdo où tu inventes ton propre rituel de chaleur, chez toi, chez des ami·es, en Zoom, peu importe, mais réel, pas théorique.
Et pour la Saint-Valentin, rappelle-toi que l’amour aussi demande un minimum d’organisation : une présence, un geste. Pas un concept. Une rose fatiguée ou une petite boîte de chocolat aux cerises pourront très bien faire la job.
(Mme Irma rallume sa cigarette avec un briquet rose, volé, naturellement). « Ta grande idée ne chauffe personne tant qu’elle reste dans ta tête. »
Avec ça, je t’offre de la musique, juste pour te donner le goût d’aimer quelqu’un, même si t’avais pas prévu ça.
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Lecture suggérée
Ursula K. Le Guin, La Main gauche de la nuit, Livre de Poche, 2006.
Ta révolte contre les systèmes relationnels périmés ; sur une planète gelée, l’attachement se réinvente par la proximité vécue, pas par le discours. De quoi transformer tes idéaux amoureux en gestes praticables.
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POISSONS (19 février – 20 mars)
Poissons, toi, février, c’est ton bain préféré : flou, gris, indéfini. Les autres voient un trottoir glacé ; toi, tu vois un état d’âme. Tu prends la météo comme un moodboard émotionnel, et chaque banc de neige devient un souvenir humide que t’as jamais vraiment vécu.
Résultat : tu passes le mois à absorber la tristesse ambiante comme si t’étais payé·e à la larme.
Ce mois-ci, ferme un peu les écoutilles. Tu n’as pas à ressentir tous les vents contraires de la ville. Permets-toi un théâtre intérieur égoïste : un film, un bain (trop long), un lit, un corps, un lieu où tu te rappelles que t’existes en dehors des émotions des autres.
Pour la Saint-Valentin, évite les courants d’air émotionnels.
(Mme Irma regarde dehors. « Les pneumonies affectives, ça gâche le lendemain »).
Une rose, du chocolat, une présence choisie, ce sera vraiment parfait pour ce soir-là!
Tiens, écoute donc des petites tounes romantiques, pour faire danser ton février
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Lecture suggérée
Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit, Marchand de feuilles, 2015.
Une narration traversée par les autres, par leurs blessures, par ce qui se transmet sans filtre. Un livre sur l’empathie qui déborde, la mémoire affective, et la difficulté de rester soi quand on se laisse trop habiter.
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BÉLIER (21 mars – 19 avril)
Février, pour toi, mon cher Bélier, c’est le Mur dans Game of Thrones.
Trop haut, trop froid, non négociable.
Ta réaction ? Charger, naturellement, droit devant, droit dedans.
Tu refuses l’idée même de « saison morte ». Tu bookes des sorties, tu prends des engagements, tu dis oui à tout, et tu t’étonnes ensuite d’être sur les genoux avant le 14 du mois.
Le froid ne t’arrête pas, c’est lui qui se gèle le bout du nez en te regardant t’agiter.
Ce mois-ci, essaie de ne pas transformer chaque tempête en défi personnel. Quand le vent hurle, l’univers ne t’envoie pas une motivation subliminale. Parfois, c’est juste une invitation à ralentir. Choisis deux événements et annule le troisième. Garde du feu, mais pas pour brûler ta santé mentale.
(Mme Irma regarde la neige tomber : « Personne ne te remettra un trophée pour avoir pris trois fois le bus au cours d’une même tempête, même pas pour arriver à l’heure à un rendez-vous romantique»).
Faque, pour la Saint-Valentin, fais ça simple : fleurs, chocolat, that’s it. Le cardio viendra ensuite, sous les draps peut-être.
Je te propose des musiques pour offrir les fleurs, ouvrir le chocolat, respirer un coup et voir où la soirée décide d’aller.
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Lecture suggérée
Cheryl Strayed, Wild, 10/18, 2014.
Une marche entreprise sur un coup de tête, poussée trop loin, trop vite. Endurance, entêtement, feu intérieur, et la nécessité d’apprendre à s’arrêter avant de se briser. Parfait miroir du Bélier qui fonce sans écouter les signaux.
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TAUREAU (20 avril – 19 mai)
Ah, toi, tu prends l’hiver comme un contrat moral… j’allais écrire par les cornes, mais je vais me retenir.
Si tout gèle dehors, tu te dois de compenser dedans. Couvertures douillettes, plats lentement mijotés, lumière douce et chaude, odeurs de café fraîchement moulu : tu organises le cocon avec une rigueur sensuelle.
Problème : tu peux te transformer en meuble.
Confortable, oui. Mais meuble quand même.
Ce mois-ci, personne ne te demande de quitter ton nid. Juste de l’aérer un peu : invente un rituel de lenteur qui inclut un léger déplacement, dans le sens que tu voudras. Une marche, un café chez quelqu’un d’autre, une sortie à la librairie. Le but : ne pas fossiliser dans ton propre canapé, même si ton canapé est parfait.
À la Saint-Valentin, mise sur les valeurs sûres, comme d’habitude : fleurs, chocolat… et du temps qui ne presse pas. Pas besoin d’en faire plus. Chez toi, l’amour se prouve surtout par la qualité du confort. Avec ça, la petite soirée cozy est dans le sac. Assuré.
(Mme Irma écrase sa cigarette dans une assiette de biscuits.)
« Mais comme on dit : confort n’est pas toujours synonyme de vie… »
Voilà une playlist qui devrait te remuer… lentement, profondément, sans te presser.
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Lecture suggérée
Elisa Shua Dusapin, Le vieil incendie, Éd. Zoé, 2023.
Parce que tout y est retenu, mais jamais éteint… comme un Taureau en février.
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GÉMEAUX (20 mai - 20 juin)
Gémeaux, pour toi, février est juste un prétexte de plus pour multiplier les conversations. Tu as un avis sur la température ressentie, sur le verglas, sur les bottes des passants, sur la politique de déneigement… et sur le fait que tu détestes « rester pris en dedans ».
Tu parles comme on fête le Carnaval en plein froid : ça détonne, ça s’agite, mais le gel reste là.
Résultat : beaucoup d’animation, peu de chaleur qui s’installe.
Ce mois-ci, choisis une seule conversation qui dure. Un long café, un appel téléphonique, une soirée jeux : quelque chose où tu restes, malgré l’envie de papillonner… ce n’est pas le moment de battre des ailes.
C’est l’occasion d’approfondir au lieu de remplir l’espace de bruit blanc vert rose pailleté doré.
À la Saint-Valentin, inutile d’en rajouter. Une rose, du chocolat, quelqu’un qui te coupe la parole autrement (Irma sourit en coin) … et ton téléphone face cachée pour deux heures.
( Irma souffle un nuage noir… « On ne se réchauffe pas avec des notifications »).
Oublie pas de partir la playlist!
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Lecture suggérée
David Mitchell, Cartographie des nuages : cloud atlas, de l’Olivier, 2007.
Un roman où plusieurs voix se croisent, vraiment parfait pour un Gémeaux qui aime les échos, mais gagne à les écouter vraiment.
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CANCER (21 juin - 22 juillet)
Cancer, en février, ton musée intérieur rouvre sans t’avoir consulté : chauffage au maximum, alarme émotionnelle défectueuse. Tu revis les hivers d’enfance en Dolby Surround. Honnêtement, y’a plus de fantômes dans ton salon que de passagers debout dans le métro à l’heure de pointe, et tu continues d’appeler ça ambiance.
Tu es fidèle jusque dans l’excès. Même ce qui s’est évaporé te semble devoir être retenu, emballé, classé, protégé. Chez toi, la nostalgie n’est pas un sentiment : c’est un système de rangement.
Mme Irma (sourcil levé) : « Si t’as encore ses mitaines dans l’armoire, c’est pas de la fidélité. C’est du hoarding. »
La Saint-Valentin ? Pour toi, ça se traduit par deux ex recyclés en reliques et un espoir de nid en rénovation perpétuelle. Une boîte de chocolats aux cerises, un “j’pense à toé” envoyé trop tard, pis te voilà ému•e. Pas parce que c’est suffisant, mais parce que tu sais faire beaucoup avec peu.
L’amour, chez toi, c’est pas les violons. C’est quelqu’un qui reste quand le générique roule, qui connaît ton bol préféré, pis qui ne te demande pas pourquoi tu frissonnes encore pour des courants d’air vieux de dix ans. Le problème, c’est que tu accordes parfois ce statut-là à des gestes qui n’y arrivent pas.
Février te demande une chose simple, mais pas facile : faire du ménage émotionnel. T’as l’droit d’vivre un hiver qui ne ressemble pas à ceux d’avant. Et sérieusement, vide tes poches : les vieux Kleenex, ils vont à la poubelle, point.
Mme Irma regarde la fumée de sa cigarette monter, tasse de bouillon à la main : « Le chauffage central sert à rien si tu laisses les fenêtres du passé grandes ouvertes. Ferme ça, mets un gros chandail, pis laisse quelqu’un de nouveau enlever ses bottes chez vous. »
Playlist suggérée : des tounes pour tricoter des souvenirs sans s’étouffer dedans, le genre de chansons qui te font pleurer un peu, mais te donnent envie d’ouvrir une nouvelle couverture, pas juste de regarder l’album photo pour la 800e fois.
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Lecture suggérée
Hanya Yanagihara, Une vie comme les autres, 10/18, 2016.
Un roman pour les cœurs loyaux qui ont parfois de la misère à lâcher, même quand ça fait plus mal que chaud.
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LION (23 juillet - 22 août)
Lion, toi, t’as besoin de témoins. Sans public, t’as l’impression que la vie se passe en sourdine. Même le trajet jusqu’au dépanneur devient une épreuve épique : « Tu comprends pas, j’ai traversé la slush pour CE lait-LÀ. »
Le problème, c’est que février n’est pas impressionnable. Il fait frette, il fait noir, et il ne remet pas de médailles pour bravoure quotidienne.
La Saint-Valentin, c’est ton Met Gala personnel. Faut être vu, désiré, validé, idéalement sous un bon éclairage. Une rose fatiguée et des chocolats à rabais ? Affront total! Fallait réserver le resto en décembre. Ou accepter que l’amour, parfois, se présente sans tapis rouge, mais ça c’est tout un strecht pour ton ego.
Et voilà que février te propose autre chose, et ça te déstabilise : briller sans projecteurs. Exister sans applaudissements. Faire quelque chose de beau sans preuve à l’appui. Un souper cuisiné sans photo. Un poème griffonné qui ne sortira jamais du tiroir. Un fou rire à deux, sans témoin, sans archive.
C’est moins spectaculaire… mais étonnamment plus chaud.
(Mme Irma cligne derrière la fumée : « Si t’arrives à aimer sans story Instagram, sans validation immédiate, sans claque dans le dos… félicitations. T’as compris quelque chose. »)
Playlist suggérée : pour briller sans lumière artificielle.
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Lecture suggérée
Kate Atkinson, Transcription, Grasset, 2019.
Ton drame secret sous la neige ; une espionne flamboyante qui brille incognito dans l’hiver anglais. Agir sans être vu, et découvrir que l’élégance peut exister sans applaudissements.
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VIERGE (23 août - 22 septembre)
Vierge, t’aurais dû planifier la logistique de l’hiver toi-même. La ville déneige pas comme faut, les trottoirs sont mal pensés, les bottes jamais à la bonne place, les tuques constamment égarées. Ta survie repose sur un principe simple : tout maîtriser, jusque dans l’angle exact des mitaines sur le radiateur.
Saint-Valentin ? T’as déjà optimisé le trajet jusqu’au resto, classé les préservatifs par taille et par date, relu tes textos dix-sept fois avant d’oser un « ça te dit un verre ? ». Mauvaise nouvelle : ton désir n’obéit pas aussi bien que ton sens de l’organisation. Il arrive croche. Sans mode d’emploi. Il n’est pas vraiment excitant… Try again!
Ce mois-ci, tente l’expérience interdite : ne corrige pas tout. Laisse traîner une pile de livres pas classée. Accepte un plan de soirée imprécis. Passe une journée sans to-do list. Le froid ne s’organise pas. Ton corps non plus. Ne touche à rien.
(Mme Irma laisse tomber de la cendre : « Tu vas pas mourir d’un grain de poussière. Même en février. »)
Playlist suggérée: Pour desserrer le contrôle sans tout dérégler
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Lecture suggérée
Winfried Georg Sebald, Austerlitz, Actes Sud 2013.
Une obsession logistique poussée jusqu’à l’errance : Sebald cartographie l’hiver, la mémoire et le chaos minutieux, prouver qu’on peut tout observer sans jamais tout contrôler.
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BALANCE (23 septembre - 22 octobre)
Balance, la Saint-Valentin, c’est ton comité de sélection personnel et tu perds un peu le nord. Trop d’options, trop de nuances, trop de risques de déplaire. Tu passes plus de temps à choisir le resto qu’à savoir si t’as vraiment envie de voir la personne assise en face de toi.
Février accentue le problème : paralysie décisionnelle totale. Ce crush-là ou l’autre ? Solitude ou couple ? Chocolat noir ou lait ? Même ton corps hésite. Tout est matière à débat. Rien n’aboutit.
Ce mois-ci, tranche. Pas parfaitement, juste franchement. Une date, un resto, une position, une playlist. Peu importe quoi, mais décide. Le plaisir ne naît pas de l’équilibre idéal, mais des faux plis, de la tache de rouge sur le drap, de l’imperfection assumée qui fait avancer la soirée.
(Mme Irma hausse un sourcil : « Personne va porter plainte à la Cour internationale de la Romance pour ton choix de poutine. »)
Playlist suggérée. Pour trancher sans se saigner.
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Lecture suggérée
Jane Austen, Orgueil et préjugés
Diplomatie amoureuse sur terrain glissant : apprendre à choisir, se tromper, et découvrir que l’harmonie vient rarement de l’indécision.
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SCORPION (23 octobre - 21 novembre)
Pour toi, Scorpion, février = ton terrain de chasse privilégié. Nuit précoce, gens fatigués, ville vulnérable : parfait pour fouiller sous les strates. Tu vois qui craque, qui cherche une chaleur sans oser la demander, qui cache quoi. Les autres appellent ça « intensité », toi « vérité ».
Saint-Valentin ? T’en as rien à foutre des cœurs roses. Tu préfères les arrivées secrètes à 2h du matin, les confessions sur l’oreiller, les clés échappées entre la porte et l’escalier, excuse parfaite pour un retour en catimini.
Ce mois-ci, plonge, mais dans l’espace consenti. Février n’excuse pas de tester les limites d’autrui. Trouve un lit, une conversation, un art où ta noirceur est attendue, voulue, pas subie.
(Mme Irma rallume dans la pénombre : « La glace se casse aussi toute seule, parfois. »)
Playlist suggérée : pour plonger sans noyer personne
Lecture suggérée
Hermann Melville, Bartleby le scribe, Folio, 1999.
Le refus comme arme absolue. Bartleby ne se révolte pas, il se retire, lentement, obstinément, jusqu’à devenir inattaquable. Pour le Scorpion, c’est la maîtrise ultime : ne plus offrir de prise.
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SAGITTAIRE (22 novembre - 21 décembre)
Cher Sagittaire, février existe pour toi comme une salle d’attente avant le prochain départ. Que ton corps patauge dans la gadoue, ou que tu patines sur la glace noire, ta tête, elle, est déjà ailleurs : Thaïlande, Japon, n’importe où sauf ici. Tu regardes des billets d’avion comme d’autres scrollent Tinder, pas tant pour partir que pour te rappeler que tu pourrais.
La Saint-Valentin idéale ? Un aéroport, un chalet loué à la dernière minute, un lit anonyme avec vue sur rien de connu. Tout sauf le resto du coin, les mêmes visages, la même carte laminée. Tu n’as rien contre l’amour, mais tu détestes quand il ressemble trop à une habitude.
Février ne t’offre aucune échappée. Il te force à bouger à l’intérieur du cadre. Essaie un micro-voyage dans quartier où tu ne vas jamais, visite une bibliothèque inconnue. Prend le métro jusqu’au terminus, change de ligne, juste pour voir ce qu’il y a au bout.
L’idée n’est pas de renoncer à l’horizon, mais d’arrêter d’attendre la délivrance comme si ce mois-ci était une cellule.
Le Sagittaire n’étouffe pas parce qu’il est immobile. Il étouffe quand il croit qu’il n’a qu’une seule issue possible.
(Mme Irma souffle vers la porte : « Ouvre une fenêtre. T’as peut-être juste besoin d’air, pas de déménager toute ta vie. »)
Playlist suggérée : pour voyager immobile.
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Lecture suggérée
Rebecca Solnit, L’art de marcher, Ed. De l’Olivier, 2025.
À lire quand t’as envie de tout sacrer là, mais que c’est pas vraiment le bon mois.
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CAPRICORNE (22 décembre – 19 janvier)
Capricorne, pose ton agenda avant qu’il gèle pour de bon. Février pue la slush et les cases non cochées. Attends une minute que j’allume ma cigarette : on va déneiger ton cerveau avant la fonte des grands glaciers.
Tu administres l’hiver comme un bilan comptable en déficit. Bottes sales rangées au cordeau, deadlines qui glissent sur le verglas, tout sous contrôle malgré l’engourdissement général. Les autres admirent ton endurance nordique, ta capacité à faire fonctionner la machine même quand le radiateur tousse. Mais ton corps, lui, réclame une couette, pas un Excel.
Et la Saint-Valentin ? Pour toi, c’est rarement du champagne. C’est une date sur le calendrier qui a l’air de te juger. Tu la gères comme tu gères tout : tu planifies, tu réserves, tu choisis « quelque chose de correct », tu fais le geste, tu coches la case… et t’espères qu’on te demandera pas d’avoir des émotions spontanées en plus. Le romantisme, chez toi, c’est souvent un service rendu : être là, être fiable, tenir le fort pendant que les autres font des cœurs en papier mâché. Le piège de février, c’est ta rigueur qui se transforme en glaçon : efficace dehors, paralysé dedans. Tu refuses le chaos de ce p’tit crisse de mois trop court qui sabote tous les horaires. Mais février ne se gère pas. Il se traverse.
Mme Irma, soufflant la fumée sur ton calendrier : « Ton amour, c’est du béton. T’as pas besoin de te rigidifier avec. »
Ce mois-ci, fais exprès de ne pas être irréprochable. Sabote un rendez-vous. Laisse un courriel en brouillon. Rate la case productivité max. Le monde ne s’écroule pas, il devient juste un peu plus praticable.
Ton vrai défi n’est pas d’en faire plus. C’est de survivre sans tout porter.
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Lectures suggérées
Laurent Mauvignier, La maison vide, Paris, Minuit, 2025
(Goncourt 2025)
Ton hiver familial ultra-organisé prouve que lâcher la bride ne fait pas tout s’écrouler… fresque de 750 pages dans une bâtisse hantée par des générations de devoirs silencieux. Je ne sais pas si février suffira à digérer tout ça…
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Et voilà, on a fait le tour!
Février n’explique rien, il resserre. Il comprime le temps, le corps, les nerfs. C’est un mois sans prestige, sans promesse, qui te regarde composer avec ce qu’il reste. Pas de grand départ, pas de grande révélation, juste des gestes minuscules qui finissent par peser lourd.
Si t’as l’impression d’être pris, c’est normal. Février est fait comme ça. Mais être pris, ce n’est pas être immobile. C’est trouver comment passer quand même, ajuster, lâcher un peu, arrêter de vouloir tout régler d’un coup.
Mme Irma, écrasant sa cigarette d’un coup de talon dans la slush : « Février, ça passe pas parce que t’as compris quelque chose. Ça passe parce que t’as continué. Pis c’est déjà pas mal. »
Mars fera le ménage. Pour l’instant, reste là. Respire. Jusqu’au mois prochain.




🚶🏼♀️Partie lire Le vieil incendie.
Merci madame Irma!! 🌟
CE QUE JAIME MADAME IRMA 🫶🫶🫶🫶🫶 le 🐠 que je suis va certainement plonger dans son bain 🛁!