Le Grand Rien, le Grand Tout
Réflexions du dimanche matin, sur un novembre commencé sur le mauvais pied
Avec mon début de mois à rebrousse-poil, rude, piquant, dur à vivre, je ne suis pas des plus enjouée.
Je pense beaucoup à la vie, à sa raison, à son absurdité.
Ma lecture de Des Anges mineurs joue certainement sur mon état d’esprit : fascinée par la forme, je me laisse contaminer par le message, comme si la vie elle-même n’y suffisait pas.
Je ne sais pas où la mort nous mène.
Peut-être qu’elle n’ouvre sur rien, qu’elle n’est qu’un effacement lent, une respiration qui s’éteint, une étoile qui s’allume dans le grand rien.
Ce qui me peine, c’est de voir tant de vies traversées de misère, de lutte, de fatigue, de souffrance, pour aboutir à ce possible néant.
Et pourtant, quelque chose en moi ne peut s’empêcher d’aimer le passage sous toutes ses facettes :
la façon dont un rire, une caresse, un animal, une lumière du soir continuent d’exister un instant, même après nous, la manière dont nos larmes exposent notre vulnérabilité, celle par laquelle nos souffrances nous déchirent.
Si la mort ne mène nulle part, la vie, elle, va partout,
elle circule d’un corps à un autre, d’un souffle à une branche, d’un souvenir à une voix, d’une mémoire à une autre.
Ce mouvement du vivant, fragile et têtu, qui persiste tant qu’il peut,
je le vois, ce matin, comme notre seule éternité.
Pis n’allez pas penser que je suis une pessimiste dépressive (been there, done that, not interested anymore), pantoute! Je saute de joie à la vue des maigres flocons qui dansent devant ma fenêtre, même si je suis la seule à les voir!
— Enweille, me dit le chien, on va jouer dehors!




Très beau texte, poétique.