Deuxième courrier du cœur.
Cette fois, Irma s’arrête sur un état plus discret :
quand tout fonctionne, quand rien ne déborde, et que l’on appelle cela « aller bien ».
Le premier courrier est toujours disponible ici
Vous pouvez écrire à Irma : irmacourrier@gmail.com, à propos d’une situation, au sujet d’une question, d’un nœud intérieur. Pas besoin de “bien” écrire.
Certaines lettres deviendront publiques, d’autres resteront privées.
La question
Je ne suis pas malheureuse, mais je ne suis pas heureuse non plus. Tout fonctionne. Ma vie tient.
Mais il n’y a rien qui déborde,
pas de feux d’artifice,
pas de party,
pas gros de fun.
Est-ce que c’est ça, être adulte ?
La réponse d’Irma
Irma lit ce qui se passe quand tout va bien mais que plus rien n’émeut.
Quatre de Coupes.
Tout est là.
Rien ne manque vraiment.Et pourtant, le désir ne se lève plus.
Alors on s’habitue.
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Non. Être adulte, ce n’est pas être inerte, se transformer en roche et attendre la mort paisiblement à trente ans.
Ce que tu décris n’est pas un équilibre. C’est une mise sous contrôle.
Tout tient parce que tu tiens tout.
Les journées.
Les relations.
Les attentes.
Toi.
Poto-mitan. Mur porteur. Rétention générale. As-tu les jambes enflées?
Rien ne déborde parce que tout est filtré. Rien ne dérange parce que tout est amorti.
On appelle ça aller bien sauf que c’est ce qui se passe quand plus rien ne réclame d’être vécu à fond.
Ce n’est ni la paix ni le bonheur.
C’est une vie à température ambiante, sous film plastique.
Fonctionnelle. Plate à mort.
Secoue-toi.
La dépression ne prévient pas toujours. Parfois, elle s’installe pendant que tout va tellement bien.
Miroir littéraire
Annie Ernaux, La femme gelée, 1987.
Il y a des existences qui ne se brisent pas. Elles se figent sans bruit.
— Irma




