L’araignée de la salle de bain
Vinciane Despret m’avait prévenue.
La Clairière propose un prompt: le banal…
À l’automne, elle était arrivée, toute petite, dans un coin au-dessus de la baignoire. J’aurais dû appeler mon mari. C’est ce que je fais d’habitude, crier au secours, un monstre, me reculer, attendre.
Je ne l’ai pas fait.
Je venais de lire une nouvelle. Les araignées chantent. Hors de notre portée.
Quelque chose s’était déplacé.
Peut-être avais-je commencé à entendre l’inaudible.
Tout l’hiver nous avons pris le bain ensemble. Elle dans son coin, moi dans l’eau. Elle grandissait. Parfois elle disparaissait et je me demandais où elle allait, si elle reviendrait. Quand je faisais le ménage elle sortait et circulait sur le plafond, comme si elle surveillait mon travail. Je me tenais loin, lui laissais de l’espace. J’apprenais à partager les lieux.
Hier matin, j’ai vu sur ce plafond un amas que je ne reconnaissais pas. J’ai regardé mieux.
C’était elle, mais prise sous une bête à longues pattes fines, au corps quasi absent. Une étrangère. Leurs deux corps semblaient ne plus faire qu’une bestiole nouvelle, différente, effrayante. Je ne savais pas par où les séparer, si c’était seulement possible.
J’ai vérifié souvent ce qui se passait là sans pouvoir intervenir. Était-ce une rencontre amicale? Des jeux sexuels? Un combat? Je n’en avais aucune idée, mais je souhaitais très fort que mon amie s’en sorte.
Toute la journée, toute la soirée, les longues pattes de cette nouvelle venue ont gardé ma petite copine prisonnière aussi assurément que les barreaux d’une cage.
Ce matin il ne restait rien d’elle. Que les longues pattes de l’autre, dans le coin où elle se tenait.
Et moi, je vis un deuil.




J’imagine qu’elle aura eu une belle vie… mais moins une belle mort! 🤭
Ai-je besoin de te dire ?