Chaque lundi, je choisis une image. Une pierre, une ombre, parfois un reflet, un objet : rien de spectaculaire, juste un point d’attention. C’est ma manière d’inviter à écrire, de tendre quelque chose vers le dehors et d’attendre ce que les autres y verront.
Le samedi, je reviens vers cette image. Je propose ma propre création et je partage les textes reçus, comme on rassemble les échos d’une même lumière.
Cette semaine ce fut ce petit être plein de détermination.
Voici donc le texte qu’il m’a inspiré…
Un seul pas
L’écorce est rugueuse, mouillée, indifférente. Elle ne s’est pas adoucie.
On avance quand même, mais on porte tout. Les années dans un emploi qu’on n’a pas choisi, les matins où on se lève parce que les factures ne se paient pas toutes seules, les dettes qui rendent chaque pas plus pesant. Et en dessous, plus ancien, plus tenace : les humiliations qu’on croyait oubliées, les remords devenus habitudes, les vexations qui remontent sans prévenir. Et le temps qui passe.
Le passé ne reste pas derrière. Il s’incruste, couche par couche, sans qu’on s’en aperçoive. Il devient carapace. Il brille, prétend protéger, sert de refuge les jours où l’on n’a pas le courage de sortir.
Et malgré tout ça, on se fait beau. On astique cette surface douce, ferme, nacrée, comme si l’extérieur pouvait compenser le poids du dedans. La coquille brille. On y tient.
Mais un seul pas suffit. Un pas distrait, un pas qui ne nous a même pas vus. Et tout s’anéantit. La nacre patiemment polie, l’apparence dure construite année après année, disparaît sans même avoir été regardée.
Quatre voix cette semaine. Merci de vous être prêtés au jeu, c’est précieux !
À lundi pour un autre prompt en image.







