Jardins de Lumière
Avant le conte — Les Jardins de lumière
Chaque automne, le Jardin botanique se transforme en labyrinthe de lanternes.
Des silhouettes d’animaux, de fleurs et d’esprits lumineux s’élèvent parmi les arbres, projetant sur les feuilles une clarté étrange, presque liquide.
La foule parle bas (pas tant, mais j’aurais aimé ahaha…), comme si elle savait qu’ici, la beauté demandait un peu de silence (non, la foule ne sait rien, la foule est un animal sauvage qui n’a jamais appris à vivre).
J’y suis allée dimanche dernier.
La nuit était douce, et les arbres semblaient respirer de l’intérieur, éclairés par une lumière qui montait du sol.
C’est ce moment-là que j’ai voulu retenir.
Un instant suspendu où la nature et l’artifice se confondent, et où l’on se demande si la lumière éclaire ou si elle veille.
Il reste encore quelques jours pour profiter de la magie d’automne… c’est un événement vraiment très réussi.
Un dimanche tranquille…
Et le soir descend doucement sur le grand jardin au coeur de la ville.
Les voix se dissipent, les enfants dorment dans leurs poussettes, les pas crissent dans les allées.
Devant elle, les arbres s’illuminent, pas du ciel, mais du sol.
Une lumière chaude glisse le long des troncs, effleure les branches, fait briller la moindre nervure de rouge-orangé, de braise et de sève
On dirait qu’ils respirent, ces géants.
Ou qu’ils se rappellent quelque chose qu’ils doivent absolument nous dire.
Elle s’approche, fascinée.
Sous les racines, les projecteurs vibrent à peine, invisibles dans la terre.
Mais la lumière, elle, palpite, comme un feu vivant.
Rouge-orangé, presque organique.
Et quand le vent passe, ce n’est pas le feuillage qui bouge : c’est la clarté.
Autour, les gens continuent de marcher, de parler, de photographier.
Personne ne semble remarquer que la lumière a changé de ton, qu’elle pulse au rythme d’un souffle.
Un souffle lent, régulier, qui semble venir du sol … ou d’en dessous.
Ce n’est pas le vent, ni l’air déplacé par les gens
Elle pose la main sur l’écorce
La chaleur traverse sa peau, rejoint ses muscles, nourrit son sang
Ce n’est pas la lumière qu’elle ressent, mais une tiédeur vivante, presque un battement.
Alors elle imagine : sous les racines, une mer de feu doux, des milliers de cœurs endormis, éclairant la nuit pour qu’on se souvienne d’eux.
Des arbres nourris par la mémoire des corps, par la lente combustion des vies passées.
Par le matériau même de la vie, les corps de tous ceux qui sont passés ici avant nous et que nous rejoindrons incessamment
Elle retire sa main, sans oser parler.
Le vent retombe.
La lumière se calme, redevient stable, presque ordinaire.
Elle recule d’un pas, puis d’un autre.
Autour d’elle, les gens sourient, prennent des selfies.
Rien d’anormal.
Sauf que sur la photo qu’elle vient de prendre, les troncs n’émettent plus de lumière.
Ce sont les ombres, maintenant, qui brillent, vivantes dans la nuit




