Irma et ses sempiternels deux mots
Aujourd'hui, c'est le tour à Marguerite, oui celle-là, la Bélier qui défonce tout
Irma écrase sa cigarette dans un cendrier au bord du gouffre. Elle en rallume une autre, question de cohérence. La fumée dessine vaguement une tête de bélier, ou peut-être juste un nuage de désespoir avec des cornes. Elle nous regarde, souffle un rire qui sonne comme une fin de Covid 19, et déclare :
« Marguerite Duras. Voilà votre autrice. Essayez de pas vous ouvrir une artère avec ses phrases. »
Comme un bon Bélier, Duras avance dans le langage l’air de rien, en piétinant les convenances, le cœur à moitié éteint, le briquet toujours à portée. Elle écrit comme on jette une allumette dans un bidon d’essence et qu’on s’étonne du résultat. Ses silences pèsent le poids d’un remords collectif ; ses mots laissent des brûlures à retardement. Si vous aimez qu’un texte vous gifle avant même le premier chapitre, félicitations : vous êtes dans votre élément, ou dans le feu, c’est pareil.
Née le 4 avril 1914, Duras avait tout du vrai Bélier : la rage, la fièvre, le dédain des consignes. Elle a traversé le XXᵉ siècle comme un phénomène météorologique qui parle trop fort. Résistance, amants, excès, chefs-d’œuvre : tout y passe, rien n’en ressort indemne. Elle a réduit le roman à l’os, pas pour l’esthétique, mais parce qu’elle n’avait plus envie de mâcher.
On dit que son style est simple. C’est faux. Les gens qui disent ça trouvent aussi que le coma ressemble à une sieste. Le scalpel ne se confond pas avec le couteau de cuisine. Le Bélier non plus, il coupe plus net qu’il ne le prétend.
Le tempérament du signe
Le Bélier fonce. Toujours. Même face à un mur. Surtout face à un mur. Duras aussi. Chez elle, la première phrase débarque sans prévenir, comme la police à quatre heures du matin. Le reste suit, hagard mais fidèle. Elle n’explique rien, elle exécute. Quand ça casse, elle dit que c’était voulu, même quand ça ne l’est pas. Quand ça brûle, elle souffle dessus pour voir si ça empire.
Son lecteur idéal
Duras écrit pour ceux qui aiment se faire mal avec style. Pour ceux qui savent qu’une histoire d’amour est souvent une guerre civile à effectif réduit. Si t’as déjà refermé puis réouvert un livre en pensant « ça fait encore mal mais j’y retourne », tu connais ton signe mental: Bélier ascendant masochiste.
Horoscope du mois
Climat astral : Mars rallume les moteurs. Comme si tu les avais éteints un jour.
Mantra : « Commence. On avisera après le désastre. » (Irma soupire : « Oui, oui, je sais, tu fais déjà ça. »)
Lecture prescrite : L’Amant, parce qu’il faut bien commencer quelque part… et pour te rappeler qu’on peut se consumer lentement sans faire de flamme.
Mais Irma sait bien que Johanne a un gros faible pour Moderato Cantabile. Elle se voit très bien en Anne Desbaresdes, et entre nous, elle n’a pas complètement tort. Irma trouve quand même que ce nom sonne un peu comme des bas raides, mais elle garde ça pour elle.
Risque du mois : dire tout haut ce que les autres préféraient ignorer. (Tu le diras quand même. On t’a invité pour ça. Et on le regrettera dans la même minute.)
Conseil cosmique : si une porte reste fermée, cesse d’attendre. Enfonce-la ou fume à côté. Les miracles arrivent rarement par la poignée.
Bilan d’Irma
Duras, c’est le Bélier de la littérature : incendiaire, inapte à la tiédeur, impossible à faire taire. Une flamme avec du caractère et des cendres pleines de rancune. Irma écrase ce qu’il reste de sa cigarette, regarde la rue dégeler et murmure :
« Le printemps, c’est un Bélier : ça revient toujours trop tôt, ça dérange tout le monde et ensuite ça traîne des pieds pour s’installer.
Puis elle allume la suivante. Parce qu’évidemment.




