Chaque lundi, je choisis une image. Une pierre, une ombre, parfois un reflet, un objet : rien de spectaculaire, juste un point d’attention. C’est ma manière d’inviter à écrire, de tendre quelque chose vers le dehors et d’attendre ce que les autres y verront.
Le samedi, je reviens vers cette image. Je propose ma propre création et je partage les textes reçus, comme on rassemble les échos d’une même lumière.
Cette semaine, c’est ce drôle de moineau qui était au programme.
Tout d’abord, le texte que m’a inspiré cette photo
Égarements
Dans la poussette, ça chouine. Pas fort, juste sans arrêt, comme un robinet qu’on a mal fermé. Le pousseur a les yeux sur son téléphone. Le trottoir défile.
Quelque chose est tombé sans bruit. Personne n’a remarqué. Ça chouine un peu plus fort, un peu plus intensément. La fatigue. Les journées en garderie sont exténuantes, pour les adultes qui y travaillent comme pour les petits.
Au souper, il mange mal, se frotte les yeux avec la sauce tomate, se coiffe de son pot de yogourt. Au bain, il est ailleurs, déjà tout mou, passif, toute résistance tut. C’est au moment d’éteindre la lumière que ça remonte d’un coup, du fond du ventre. Ce cri-là, celui qu’on reconnaît entre tous. Pas la faim, pas la peur. L’absence.
Il est où, le doudou?
La réponse vient lentement, avec le souvenir du trottoir, du téléphone, du robinet mal fermé.
Dehors, il fait noir et il fait froid. Le pousseur refait le chemin à l’envers, lampe de téléphone allumée, un peu honteux, mais déterminé. Il cherche sur le sol, dans les buissons, le long des clôtures.
Il lève les yeux.
Quelqu’un l’a déposé là, dans la fourche de l’arbre, bien en vue, à l’abri des passants, des coups de pied, de l’indifférence. Quelqu’un qui a trouvé et qui a compris qu’on reviendrait pour le chercher.
Il rentre avec l’éléphant sous le bras. L’enfant dort déjà.
Il le pose quand même contre l’oreiller.
Cette semaine, seulement deux participations mais quelles belles productions !
Alles vite les lire!
Revenez lundi pour voir la prochaine image, et constater tout ce qu’elle peut déclencher!






