Fonte des glaces
La vase remonte
Donne-moi à lire du vrai.
Ma turluteuse ma riante / Ma toureuse mon aigrie /
sans yeux sans voix/ échenollé tordu tanné
Du frais.
Du refusé.
Du rejeté
Plutôt que ce qui montre
La vraie vie [est] absente
Donne-moi ce qui ne se vend pas.
Ce qui n’est pas pour tout le monde.
Ce qui résiste à l’air du temps.
Il attend, prostré, il ne sait plus quelle rédemption.
Le laid.
L’à-peu-près.
Ce qui ne tombe pas juste.
Montre-le moi nu sous la peau
Ce qui ne coûte rien.
Ce qui traîne dans les coins.
Donne-moi ce que tu crois sans valeur :
tes invendus,
tes invendables,
tes à-peu-près,
Tes Je ne suis rien.
Je ne serai jamais rien.
Raconte
Comment le vent devient une langue sur les paupières et sur les joues, passe dans le cou, raconte d’autres nuits
tes troubles,
tes bonheurs usés à force d’attente.
Lâche tes retours.
Tes intérêts composés.
Tes “meilleur avant”.
Tes baisers mouillés d’adolescents
Raconte.
Taxi! dis-je. Et l’eau brune tournoie dans mes oreilles.
Pas ce qui aguiche.
Ce qui chavire
Montre-moi le nu sous la peau
Celui qui fait changer l’axe.
Ton creux
qui dépasse.
Qui ne rapporte rien.
Et peu importe
si je n’ai pas réussi à faire de ma vie une œuvre d’art
Leurs mots traînaient là: Godin, Rimbaud, Miron, Pessoa, Uguay, Gauvreau, Artaud.


