Feuilleton / Le mystère Emmy Englehart - 3
One more death at Beachy Head, une enquête de Dejanire Leeky
À Beachy Head, certaines morts ne se referment pas.
Elles laissent des traces dans la craie, dans les corps, dans les récits.
Celui d’Emmy Englehart se poursuit ici.
Le début….
Épisode 3 - L’odeur du soufre
L’appartement d’Emmy Englehart se trouvait au rez-de-chaussée d’un immeuble ordinaire de Eastbourne. À l’intérieur, rien ne semblait avoir été laissé au hasard. Les livres occupaient un mur entier, classés par niveaux scolaires puis par auteurs. Sur une étagère basse, les coquillages étaient alignés par tailles. Rien n’était empilé. Rien ne débordait. Même la poussière semblait apprivoisée.
Dans un tiroir, glissé sous une pile de cahiers, je trouvai un tas de lettres au papier jauni, à l’écriture régulière, appliquée. Toutes portaient la même signature: A.
Les phrases revenaient, presque identiques, espacées de quelques semaines.
Les falaises nous appelleront. Ton ombre te protège.
Je reposai les lettres sans conclure.
La famille Englehart me reçut dans leur vaste demeure victorienne à Meads, figée dans une prospérité soigneusement entretenue. Ils parlèrent chacun à leur tour, avec une courtoisie rigide, pour dire sensiblement la même chose. Emmy était solitaire. Rêveuse. Trop attirée par les histoires locales. Prudence, la sœur aînée, se crispa lorsque je mentionnai les lettres. Elle sourit ensuite, brièvement, et balaya l’idée d’une influence extérieure. Une fantaisie ancienne, selon elle. Rien de sérieux.
Le testament disait autre chose. Emmy léguait l’ensemble de ses biens à une fondation discrète, Les Veilleurs de la Craie. Aucun héritier direct. Glissée dans le même dossier, une feuille séparée portait une note brève, sans emphase : Rendez-vous à Beachy Head. Minuit.
Ce fut le lendemain que le bracelet me fut remis.
Il se trouvait dans un sachet plastique, en annexe du rapport, sans commentaire particulier. Un objet trouvé sur les lieux du décès. Non identifié encore. Ancien et massif, d’une solidité inhabituelle. Aucun fermoir. Aucune rupture visible. Il semblait intact.
Je le pris en main. Il pesait plus qu’il ne devait.
L’odeur monta lentement, presque imperceptible au début, puis plus nette. Âcre. Lourdement minérale. Elle ne ressemblait pas à celle des falaises mouillées. Elle restait dans la gorge.
À l’intérieur, une inscription gravée :
À Emmy. De ton ombre.
Hargrove haussa les épaules lorsque je lui parlai de l’odeur. Une impression, selon lui. L’humidité fait des choses étranges au métal.
Peut-être.
Je me rendis à la fondation des Veilleurs de la Craie. Le bâtiment était désert. Trop désert pour une structure censée gérer un legs récent. Dans un bureau laissé ouvert, je trouvai un carnet ancien, à la couverture usée, entièrement rédigé d’une écriture serrée et méthodique. Des relevés géologiques. Des croquis de galeries. Des notes sur des poches de gaz capables d’altérer la perception.
À l’intérieur de la couverture, un nom était inscrit : Alistair Reed.
Certaines pages évoquaient la sépulture féminine découverte au milieu du siècle dernier sur le versant est des falaises. Une hypothèse de chute y était mentionnée, puis écartée par l’équipe officielle. L’auteur ne semblait pas d’accord avec cette équipe.
Les annotations plus récentes, d’une écriture ferme, mentionnaient des émanations perceptibles près du rebord, surtout par temps humide. Des épisodes de malaise brefs. Des heures de marée soigneusement notées.
Une feuille avait été arrachée. La déchirure était nette.
Je refermai le carnet et le reposai exactement à sa place.
La poussière le long des plinthes était uniforme, sauf près de l’escalier où une trace de boue sombre tranchait nettement. Elle brillait encore. La pluie venait de cesser.
Un craquement se fit entendre à l’étage.
Ce n’était pas le long soupir d’une maison ancienne. C’était bref, localisé. Quelqu’un venait de déplacer son poids. L’ombre passa sous la porte du palier. Une note sèche descendit dans l’air du couloir. Poudrée. Soignée. Étrangère à la poussière du lieu.
Puis un pas se posa sur la première marche.






J'adore !!!
Oh! Que j’aime la tournure que ça prend!