Entrer dans la couleur
Niki de Saint Phalle ou la joie comme acte de résistance.
Retour en arrière, septembre, lors de notre petit weekend d’amoureux à Québec… j’avais parlé à ce moment-là, de l’époustouflante vue du haut du 26e étage de l’hôtel Le Concorde et de la chambre aux allures de salle d’attente pas si wow qui nous l’offrait… et je m’étais promis de revenir sur notre visite au MNBAQ pour l’exposition Niki de St-Phalles, Les années 1980 et 1990 : l’art en liberté.
Alors me voilà de retour sur cette visite… et comme l’expo se poursuit jusqu’en janvier, je crois qu’il est encore temps de donner mon appréciation… et…
Je suis ressortie de cette exposition avec le sentiment d’avoir rencontré une femme entière, indomptable, moderne et intemporelle. Je connaissais le nom, vaguement la légende, mais j’ai pu réaliser que chez elle, l’art relie tout: la couleur, la douleur, la joie, la musique, la guérison, les êtres.
On entre dans l’expo pour être poursuivi par des serpents… Ils sont partout. Sur le sol du musée, des projections bleues, vertes, roses leur permettent de se déplacer entre les visiteurs. Rien d’inquiétant : ils jouent et c’est très joli. Plus loin, ces serpents deviennent chaises, sculptures, compagnons domestiques. Niki ne les écrase pas, elle s’y assoit. Elle apprivoise la peur, en fait une assise, un rire, une fête des couleurs.
Son féminisme m’a frappée. Avant même que le mot ne passe dans le langage quotidien, elle avait donné aux femmes une monumentalité, une joie, une puissance inédite. Ses Nanas rient, dansent, s’imposent. Derrière leur exubérance, on devine la revanche d’une femme longtemps réduite au silence, la combativité de celle qui a eu le courage de dire l’inceste paternel et d’en faire la matière de son art.
Et puis, il y a l’immensité de sa vision : ses parcs thématiques, ses architectures de rêve. Son art n’était pas seulement à regarder, il était habitable. Elle a vécu dans le ventre miroitant de l’Impératrice, au cœur du Jardin des Tarots en Toscane, avant de poursuivre à San Diego aux États-Unis ce rêve d’un art total, traversable, offert et financé par la vente de parfums aux bouteilles audacieuses, oniriques .
J’ai été touchée par son ouverture à l’autre : ses années en Californie, sa proximité avec les communautés afro-américaines, sa manière de créer sans dominer. Niki ne s’approprie pas : elle relie, elle dialogue.
Je pense aussi à cette image fameuse : Niki, robe claire, carabine à la main. On l’a souvent vue comme une militante, une situationniste armée contre le monde. Mais son tir visait plus juste : il atteignait la douleur enfouie, la colère héritée. La carabine devenait un pinceau, la violence une explosion de couleur. Là où d’autres voulaient abolir l’art pour retrouver la vie, elle s’en servait pour la reconquérir.
Tout chez elle respire la liberté conquise. Une liberté née de la blessure, mais agrandie par la couleur, la lumière et la joie.
Niki de Saint Phalle n’a pas seulement créé des œuvres : elle a bâti des mondes où il est enfin possible de vivre librement.
Bref, une magnifique expo à ne pas manquer!







Très intéressante critique. Je me souviens d'avoir vu les nanas au pavillon de la France de l'expo 67 et j'ai longtemps porté son parfum. La bouteille était magnifique!