Entre chien et jour
L'heure sans nom
Reveillée trop tôt ce matin.
Ce n’est plus la nuit, pas encore le jour, juste un espace flou entre les deux.
Le genre d’heure où le frigo respire plus fort que soi.
Le chien dort, roulé contre la porte, comme pour empêcher quelque chose d’entrer.
Dehors, rien ne bouge. Pas même le vent.
Le ciel semble hésiter entre gris et marine, comme une page mal effacée qui voit venir la déchirure.
Elle se prépare un café, sans vraiment y penser.
Le liquide coule sans bruit, la vapeur monte droite, immobile.
Puis elle remarque : le tic-tac a cessé.
Les aiguilles de l’horloge sont fixes, les chiffres lumineux de la cuisinière aussi.
Le temps a cessé d’émettre.
Elle se dit que c’est la fatigue, que le monde attend juste son signal.
Alors elle bouge une chaise. Le son ne vient pas.
Elle frappe deux fois dans ses mains. Silence.
Même le chien ne ronfle plus.
Elle se penche, le touche : chaud, vivant, mais statique, suspendu, comme en pause.
Tout semble retenir son souffle.
Alors elle s’approche de la fenêtre.
Une faible lumière laiteuse s’étale sur le jardin, trop blanche, sans ombre.
Chaque brin d’herbe paraît ciselé, comme un décor de théâtre en attente du premier acteur.
Elle se voit dans la vitre, très distinctement, et derrière son reflet… rien.
Ni table, ni mur, ni lampe.
Seulement un vide gris, comme si la maison s’était effacée autour d’elle.
Elle ouvre la bouche, tente un son.
Aucun ne sort.
Mais son reflet, lui, parle.
Elle ne comprend pas les mots, juste le mouvement des lèvres.
Et pourtant, elle sait : il lui dit de retourner se coucher.
Alors elle recule lentement, sans le quitter des yeux.
Elle retourne vers la chambre. Réintègre son lit.
Tire l’édredon jusque sous le menton.
Le chien bouge la patte.
Le tic-tac revient, timide.
Dehors, un oiseau crie, un son net, trop fort, qui fend l’air.
Le jour commence enfin.
Mais dans la vitre, au fond du jardin,
le reflet est encore là.
Il attend le début de sa journée


