Des fleurs sur la neige
Que s’est-il vraiment passé le 25 mars à 14h48
Il y a quelque jours, j’ai publié cette photo en demandant aux passant·es qui le voulaient bien, d’écrire l’histoire de ce bouquet. Les retours ont été riches: tendres, drôles, étonnants.
Un grand merci à Mia Pixel, Andréanne Slythe, Elodie Pastoureau , Suzy Wong et Fanny Gurunlian. Vous lire m’a fait du bien, chacune avec sa sensibilité, ses expériences, ses mots à elle. Je ne cesse de m’émerveiller devant toutes les versions possibles d’une même pensée, versions toutes uniques parce que venues de ce qu’on est. Personne n’écrit tout à fait le même texte. Personne ne lit jamais tout à fait le même texte non plus. C’est une magie dont je ne me lasse pas.
Voici donc mon interprétation de cette photo… j’ai aussi eu envie de jouer!
Il avait dit même hôtel, même chambre. Je me bats un peu avec les portes de l’ascenseur. À l’étage, un corridor sans fin, autoroute standardisée d’un hôtel sans visage. Je retire mon manteau, le plie sur mon bras. Je cours, je galope, mes bottes mouillées glissant sur le tapis usé qui avale les sons. Chambre 328, pareille à la 330, à la 419. Vite vite, ce temps volé n’est jamais assez. Je défais déjà mon chemisier, la vitre me renvoie une femme décidée, amoureuse, déjà décoiffée. C’est bien elle. Je frappe trois petits coups. Trop fort, je me fais mal.
Il ouvre. Mon élan se fige. Fleurs? Sourire qui se fissure en réalisant la bévue.
Je m’empare du bouquet, éclat de rire.
Mais qu’a-t-il pensé ?
Ces tulipes. Magnifiques, encombrantes, mais impossibles à ramener.. Je les pose près de la cafetière dont nous ne nous servirons pas.
Je me tourne vers lui assis inquiet sur le lit, saute sur ses cuisses comme une gamine. Plus de fleurs. Rien que nous, ce jeu sans promesses, ces moments hors du temps où les tulipes refleurissent en Hollande et les cerisiers au Japon. Les draps se déploient seuls, champ de bataille instantané.
La porte se referme sur nous, manteaux portés, bouquet tenu. Il me déposera à quelques pâtés de maison, pour ne pas éveiller les soupçons. Mais que vais-je faire de ces fleurs ? Un feu rouge, je descends vivement la vitre. L’air froid entre d’un coup. Sans réfléchir, je lance le bouquet dans la neige. Un éclat de rire, immense, le mien. Le sien suit, complice, sans ajouter un mot.
Le feu passe au vert.




Je crois que ce qui m'aura le plus fait rire, c'est le "Tu m'offres une tulipe ?" comme bouton à la fin du texte. Le dispositif est franchement cool.