Chaton
Tu touches à tout.
Tu renverses tout : le café, le verre de lait, même le fond de teint.
Tu laisses des éclats partout dans la maison :
vêtements au sol, vaisselle sale, boîte de mouchoirs vide, lit défait.
Des traces de toi, de ta présence qui persiste même dans l’absence.
Des phrases.
Des excuses.
Des gestes qui tremblent plus fort que ta voix.
Tu dis que ce n’est pas grave.
Que tout va bien.
Qu’on devrait se parler sans se mordre, sans se griffer.
Puis tu me quittes avant même que j’aie fini de répondre.
Ton regard toujours tourné vers toi, rien que toi.
J’aurais pu en rester là.
Dans ce premier geste.
Dans cette minceur, cette rigueur
Dans ces petites phrases qui sonnent juste assez fort pour imiter un cœur qui cogne sous une armure trop brillante.
Mais ce n’est jamais là que les choses commencent.
Je ramasse les éclats, un à un.
Ils ne disent rien, ils brillent à peine.
Ils ne tiennent pas sous le poids d’un souvenir, ils n’ont pas d’ombre.
Mais ils coupent parfois, laissent des traces rouges sur mes doigts.
Alors je cherche ailleurs.
Plus loin.
En dessous de ce qui tremble, là où ça se cache
Parce que l’intensité ne fait pas une voix.
Parce que les éclats menus ne respirent pas.
Parce que les phrases courtes n’ont pas toujours un monde derrière elles.
Qu’est-ce qui reste
quand on arrête d’allumer des feux,
quand on cesse de vouloir brûler le regard de l’autre ?
Quand le silence se dresse, droit comme un tronc dans la neige ?
Qu’est-ce qui tient
quand on cesse de jouer la tempête ?
Quand le pícaro comprend qu’il ne gagnera pas,
et hurle sa perte dans une fanfaronnade déjà battue ?
— Raté sublime pour qui mon cœur saigne encore —
Alors j’écris autrement.
Pas plus fort, pas plus loin.
Juste un peu plus lentement.
Avec l’espace qu’il faut pour que quelque chose arrive, inopinément, au centre d’un mot qui ne demandait rien.
J’écris pour voir l’intérieur se déposer, enfin, sans s’exhiber, sans réclamer, sans vouloir convaincre.
J’écris comme ça respire.
Et ce n’est jamais dans le bruit ni dans la pose, ni dans ce qui veut prendre.


