C'est la faute à Horacius Coclès
Mash-up d'une journée grise, dedans dehors
J’ai déjà écrit sur la manière dont ça se passe dans ma tête, pendant une journée, quelques heures… comment je réconcilie les grands écarts, reconnecte les pensées qui circulent en rhizomes, les sauts de crapaud mentaux qui prennent place entre mes oreilles. Aujourd’hui est une journée moche. Et même lors de journée moche, même si je pourrais m’attendre à une pause, un silence…non, c’est un tango dramatique d’idées qui s’empilent, se tamponnent, tournent en kaleidoscope, mouvantes, changeantes d’un moment à l’autre.
Ce matin, j’ai commencé trente-six-douze textes, j’ai tout jeté. Rien ne va, ça ne sert à rien de pousser, je ne fais que me fâcher contre moi-même. Incapable de me concentrer sur quoi que ce soit.
Puis… j’ai lu ici, à gauche à droite, en diagonale. J’ai repensé à un convo sur Rimbaud, de qui je ne connais finalement que le Dormeur du val, vestige de la petite école, et le “Je est un autre”, pour l’avoir lu chez Anne Hébert… et pour l’expérimenter régulièrement.
J’ai mis de la musique, des Anglais pour commencer, comme toujours, pour finalement rebondir sur Belzébuth, des Colocs, ce chat qui connait la même fin atroce que son créateur… anticipation ou coïncidence? Est-ce que Dédé s’est fait ça tout seul pour vrai ou un Colonel venu de la ruelle lui a sorti «sa lame, sa seule griffe d'argent
Qui transperce mon âme et fait couler mon sang?»
Je ne mènerai pas l’enquête… mais, la question se pose, puisque je le fais, la similarité est troublante et, en fait me trouble depuis tout ce temps…
De là, je suis revenue à la poésie, ce monde qui m’échappe… j’ai réfléchi à une remarque sur le latin de A. me suis demandé si ça me manquait vraiment, sans réponse… Comme le dit l’autre chanson « Rien ne manque à personne, tant que personne ne comble ce rien»… Chose certaine, les portes s’ouvrant avec des clés latines me sont à jamais fermées… je me résouds donc à faire des recherches ponctuelles et ciblées, et c’est intéressant.
La musique a changé, Leloup, avec Sang d’encre, chanson que mon frère me jouait, lors de mes années terribles, quand mes sorties se terminaient toujours trop tard ou trop tôt au choix, quand on ne savait pas si seulement je rentrerais, ni dans quel état. Leloup qui jouait parfois de la guitare au milieu de la Catherine à 4 h du mat.
«Je me suis fait un sang d’encre pour toi
Comme une pieuvre dans un gros bac chinois
À voir c’matin les bobos sur tes bras
J’ai bien fait de penser très fort à toi»
Ça m’a un peu ébranlé… journée de merde, voilà, sensibilité à fleur de peau et même à fleur de sel… une goutte et je me dissoues
Et je suis revenue vers les poèmes…
Le seul poète que je comprends sans problème est Godin, ce politicien proche de l’Autre…on aurait dû le clôner… il parle la langue de mon enfance, de mes parents, de mes grands-parents
Je pars à la recherche de l’anthologie achetée sous les conseils de Paul Bélanger, de qui j’ai suivi le cours d’intro à la poésie québécoise.
Et, dans ce recueil d’étudiante appliquée, je lis Cantouque d’amour
... je viendrai chez vous un soir tu ne m'attendras pas Je serai dressé dans la porte comme une armure haletant je soulèverai tes jupes pour te voir avec mes mains tu pleureras comme jamais ton coeur retontira sur la table on passera comme des icebergs dans le vin de gadelle et de mûre pour aller mourir à jamais paquetés dans des affaires ketchup de coeur et de foin ....
Puis, je tourne la page sur Coeur d’oiseau… dédié à Horacius Cocles… Tiens, tiens, retour au latin, ou du moins aux Romains!
Il y a
des jacks épouvantables
avec un coeur d’oiseau
ils pleurent dans leur bière
pour des fillettes sans nom
des p’tites crisses
des beautés rares
des pétards d’un soir
pour des gars à vie
des sanguinaires
des déchaînées
n’attendant que de grafigner
des jacks épouvantables
avec un coeur d’oiseau
des gars de 200 livres
qu’on ramasse au porte-poussière
passé minuit bien entendu
tous les soirs où d’aventure
un souvenir d’elle
a le malheur
de les frapper
Et je me mets à pleurer, avec, en tête, l’image de jeunes brisés, Dédé et son hara-kiri, Philippe, ce grand gaillard, géant au coeur de piaf, parti si violemment, par choix, comment ça se peut ? … et tous les autres, tous les autres innommés, meurtris, sacrifiés, ces dormeurs du val, anciens et modernes…
Et je suis inconsolable depuis.
Journée de merde, voilà.


