Ce que la vie nous lance entre les pattes
Oui, une lettre, parce que l'épistolaire est ma forme de prédilection
Chèr·e toi,
Il y a des semaines qui résument toute une existence.
Des jours où la vie se débrouille pour tout faire tenir dans le même panier : le chagrin, la colère, l’amour, la fatigue, la gratitude. Comme si elle voulait me rappeler que rien n’est jamais pur, jamais simple, jamais séparé du reste.
Cette semaine, j’ai eu droit à tout.
Mon fils, d’abord, emporté par une colère immense, un de ces orages qui laissent le ciel plein d’éclairs longtemps après. Je ne sais pas si j’en suis enfin remise.
Puis la nouvelle du décès de mon parrain, un homme que je ne voyais plus souvent, mais qui faisait partie du décor de mon enfance, comme un arbre familier au bout du chemin, toujours présent quand le besoin se faisait sentir.
Et, sans prévenir, un appel de mon frère, celui qui s’était effacé depuis des années, cinq ? dix ? Je ne compte plus. Sa voix, après tout ce temps, m’a donné envie de croire que certaines portes peuvent encore se rouvrir doucement.
Au milieu de tout ça, il y a eu aussi la lumière.
Ma fille, radieuse, qui réussit ses cours, ses auditions, et qui m’apporte son amoureux suisse-allemand, un peu timide, très poli. Ils parlent de futur, de projets, font des biscuits de Noël sous un ciel gris de novembre et je les regarde avec un mélange de joie et d’incrédulité.
Mon chien fidèle, qui, à cinq ans, commence à donner des signes d’attachement très significatifs alors que je le croyais indépendant et quasi indifférent (il semble qu’il soit trop aimé, trop gâté, trop sûr de notre acceptation inconditionnelle pour courir après les calins).
Et moi, j’avance à travers ce tumulte plus ou moins tranquille : un résultat de travail satisfaisant (même si je trouve la correction très sévère…), une rencontre pour la maîtrise où l’on me balade en sciences des religions becoz le chamanisme qui mêle tout le monde, alors que je parle littérature (comme s’ils avaient tous oublié que pour en arriver à ce “Je est un autre”, il faut d’abord en trouver le chemin), puis un entretien de quelques minutes avec un enseignant bienveillant, clair, généreux, qui m’encourage à continuer, à croire que ma voix trouvera sa place, qui m’invite à lui présenter mon projet (mille mercis, monsieur Bazié!).
Et dans l’ombre, cet amour d’un homme généreux, toujours présent, toujours bienveillant, rassurant.
Je ne sais plus si c’est de l’amour ou une sorte d’alliance tacite entre deux âmes-soeurs qui ont compris qu’elles ne se perdraient plus.
Tout se mélange.
Les deuils, les retrouvailles, les réussites, les déroutes.
Les visages se croisent, les temps s’imbriquent. On parle du futur et quelqu’un meurt. On pleure, puis on rit, puis on prépare un repas, parce que la vie continue, obstinée, presque insolente.
Parfois j’ai l’impression que la vie nous lance les choses entre les pattes pour voir si on tombera ou si on dansera avec.
Et cette semaine, j’ai choisi d’essayer de danser… un pas maladroit, un autre plus sûr, en me disant que l’équilibre, finalement, ce n’est peut-être rien d’autre que cette oscillation permanente entre chute et reprise.
Je t’écris cette lettre sans savoir exactement à qui elle s’adresse.
Peut-être à toi qui me lis, peut-être à moi-même dans quelques mois.
Peut-être à la vie elle-même, pour lui dire : j’ai compris ton jeu, un peu.
Et malgré la fatigue, la peine, les élans et les retours, je suis encore là.
Debout, un peu égratignée, mais pleine.
Avec tendresse,
J.




Une semaine riche en émotions de toutes sortes.
Une belle lettre, très bien écrite
Courage à toi il en faut pour passer les épreuves de la vie. Heureusement que tu vois des rayons de soleil derrière la pluie