Projection en cours
Une couleur, un animal, une flaque plus ou moins grande
La psychologie s’intéresse depuis longtemps aux mécanismes de projection. Face à un stimulus neutre comme une couleur, un animal, un plan d’eau, nous ne décrivons pas l’objet, mais activons notre univers symbolique. Les tests projectifs reposent sur cette hypothèse : l’ambiguïté déjoue le contrôle social et laisse filtrer des représentations plus implicites.
L’exercice est simple. Trois questions. Trois raisons précises pour chacune des réponses choisies. Pas d’ornement. Pas de réponse automatique.
Quelle est votre couleur préférée ?
Quel animal vous attire le plus ?
Quelle étendue d’eau vous appelle ?
Ce n’est pas une expérience en laboratoire. Personne ne va publier vos résultats. Mais le dispositif n’est pas innocent.
On observe souvent que la couleur choisie dessine la manière dont on se perçoit, ou dont on aimerait se percevoir.
L’animal trahit les qualités que l’on admire, que l’on cherche, parfois chez l’autre, parfois en soi.
L’eau, plus profonde, parle du rapport au débordement : à l’intimité, à la perte de contrôle, au calme ou à la tempête.
C’est loin des sciences pures et dures. En fait, c’est un miroir. Et parfois, le miroir accroche.
On croit parler d’esthétique, mais c’est l’architecture de soi qui s’expose .
Un bar en périphérie.
Lumière bleue, presque artificielle.
Une pulsation synthétique avançait sous les conversations, régulière, nocturne.
Ils se reconnaissent tout de suite. Ils ont agrandi les photos la veille, cherché les détails qui trahissent.
Il a gardé la montre en acier.
Elle a foncé son rouge à lèvres.
La table est étroite.
Leurs genoux pourraient se toucher.
Ils ne bougent pas.
— On fait un jeu.
Il sourit.
— Trois questions. Un mot. Tu expliques.
Il accepte.
— Ta couleur ?
— Rouge.
Il ne baisse pas les yeux.
— Pourquoi ?
— Ça pulse. Ça assume. Ça attire. Sans demander.
La musique continue, obstinée.
— Ça attire quoi ?
— Ce qui s’approche.
— Ton animal ?
— Le cheval.
— Il court ?
— J’aime le moment juste avant.
Sa voix descend d’un cran.
— Ton eau ?
— L’Atlantique. Le vent. Les vagues. J’aime quand le corps s’ajuste.
Elle tourne sa tasse entre ses doigts.
— À toi.
— Bleu.
— Calme ?
— Stable. Le bleu n’explose pas.
Il la regarde autrement.
— Ton animal ?
— Le chat.
— Indépendant ?
— Non. Exact.
— Exact ?
— Il sait quand se laisser toucher.
Leurs genoux se frôlent.
Personne ne s’excuse.
— Ton eau ?
— Le Pacifique.
— Plus sage ?
— Moins dramatique. Les vagues trop fortes épuisent.
Le serveur passe. Ils commandent autre chose.
La pulsation ne varie pas.
Ils ont parlé de couleurs.
Ils ont mesuré la distance.
Quelque chose a bougé, à peine.
Ils ont répondu.
Rouge. Cheval. Atlantique.
Bleu. Chat. Pacifique.
Sur le papier, ce sont des préférences.
En réalité, il s’est décrit comme une force en mouvement. Il aime ce qui oblige à s’ajuster.
Elle a dessiné une autre topographie. Le chat choisit. Le Pacifique ne frappe pas.
Ce ne sont pas des oppositions. Ce sont des rythmes.
Lui dit : j’aime quand ça bouge.
Elle dit : j’aime quand ça dure.
Irma les regarde déplacer leurs chaises d’un centimètre, chacun persuadé de rester du bon côté de la vague.
Ils pensent avoir révélé leur profondeur.
Ils ont surtout annoncé leur météo.
Irma sourit.
La vague n’a pas encore frappé.




Je suis désolée j'ai juste Nightcall de Kavinsky en boucle, ton image c'est lui