Chaque lundi, je choisis une image. Une pierre, une ombre, un reflet, un objet : rien de spectaculaire, simplement un point de départ. Une invitation à écrire, une façon de lancer quelque chose dans le monde et de découvrir ce que les autres y verront.
Le samedi, je reviens à cette image. J’y dépose mon propre texte et je rassemble ceux que j’ai reçus au fil de la semaine, comme autant de variations autour d’une même étincelle.
Cette semaine, nous avons créé à partir de presque rien, à partir des bulles !
D’abord, mon texte…
Flottement et autres incidents
Les bulles apparurent un jeudi.
Elles sortirent des bouches des enfants pendant la récréation et refusèrent de crever.
Au lieu d’éclater, elles montèrent vers le ciel et grossirent.
Une bulle avala un moineau. Une autre engloutit une balançoire entière. Une troisième captura les nuages du dessus de l’école et les conserva à l’intérieur comme des poissons blancs.
Le gouvernement publia plusieurs communiqués. Les bulles les dévorèrent en se léchant les babines.
Les scientifiques tentèrent d’en mesurer le diamètre. Les bulles changeaient de taille dès qu’on les observait. Certaines rétrécissaient par timidité. D’autres grossissaient par vanité. L’une d’elles atteignit la taille d’un autobus juste pour contrarier les chercheurs. Toutes semblaient trouver l’expérience extrêmement amusante.
Au bout d’une semaine, tout le monde s’habitua.
Les bulles faisaient ce qu’elles voulaient.
Certaines passaient leurs temps à collectionner les odeurs de barbecue. D’autres capturaient les chansons d’été avant qu’elles ne s’échappent des radios. Une bulle particulièrement ambitieuse réussit à emprisonner un mardi complet. Personne ne put atteindre le mercredi avant trois semaines.
Puis survint le premier mariage.
Deux bulles se rencontrèrent au-dessus d’un stationnement.
Elles tournèrent l’une autour de l’autre pendant plusieurs heures, sous les yeux des automobilistes. Une fanfare de coccinelles arriva sans invitation. Les pigeons vendirent des billets. Un écureuil prononça un discours si émouvant que plusieurs bornes-fontaines fondirent en larmes.
À la tombée du jour, les deux bulles fusionnèrent.
Le lendemain matin, elles avaient donné naissance à une île flottante couverte de parapluies bleus, de moutons carrés et de chaises musicales à barbe.
Les gens vinrent de partout pour admirer le phénomène.
Puis d’autres bulles commencèrent à s’unir.
Très vite, le ciel se remplit d’archipels suspendus, de forêts de mers verticales et de troupeaux de lundis sauvages.
Personne ne comprit jamais ce qui se passait.
Mais les enfants, eux, semblaient parfaitement le savoir.
Lorsqu’on leur demandait où naissaient tous ces mondes, ils haussaient les épaules.
— Ben là… c’est simple… dans les rencontres.
Puis, les vôtres…
et un texte en commentaire
Merci aux participants! C’est toujours un plaisir de découvrir ce que ces photos vous montrent!
À lundi pour le prochain prompt-photo.






