À quoi je jouais, petite
Je réponds à vos questions ...
Sur ma publication Écrire à hauteur de cuisine, dans laquelle je vous demandais ce que vous vouliez savoir de moi… il y a Luc.i qui demande à quoi je jouais, petite.
Alors voilà… Ce n’était pas vraiment des jeux. C’étaient des manières de passer le temps, sans bruit.
Je n’aimais pas les jeux réglés. Déjà. Les règles m’ennuyaient quand elles ne laissaient aucune place au déplacement, à l’écart, à l’invention. Je ne devais pas salir mes vêtements ni provoquer de rappel à l’ordre. Ça élimine les jeux de ballons, les courses, toutes les activités physiques qui comportent un risque de chute. Alors j’ai trouvé très tôt des jeux qui ne dérangeaient personne.
Je lisais. Beaucoup. Pour rester sage, oui, mais surtout pour m’évader. Ma vie était pauvre en aventures, en événements, en surprises. La vie dans les livres me semblait plus vaste, plus dense, plus intéressante que la mienne. Les histoires avaient une épaisseur que le réel n’avait pas.
L’été, je faisais des mots cachés. Des pages entières. Pas pour battre un record, mais pour occuper le temps sans le brusquer. Chercher, encercler, avancer lentement. Le plaisir venait de la continuité, de la concentration, du silence. C’était un jeu propre, calme, presque hypnotique.
Trois fois par semaine, je traversais le parc Lafontaine pour aller à la bibliothèque. Toujours le même trajet, aller-retour. Les mêmes arbres, les mêmes bancs, la même lumière selon l’heure. À la bibliothèque, on avait droit à trois livres. Un par jour. Pas plus. Alors il fallait bien choisir. Anticiper. Penser à la durée. Lire devenait un système : finir à temps pour éviter le retard, assez de pages pour ne pas s’ennuyer, rapporter, échanger, recommencer. Surtout, ne jamais être à court.
Plus tard, j’ai joué à faire des recherches.
Sur la faune et la flore canadiennes. Sérieusement.
J’ai écrit au ministère. J’ai reçu des brochures, des fiches, des documents. J’ai tout classé dans des cartables. Espèces animales, plantes, habitats, descriptions précises. Ce n’était pas un devoir, personne ne me l’avait demandé. C’était un jeu appliqué, méthodique, presque professionnel.
J’aimais apprendre. J’aimais comprendre. J’aimais surtout organiser le savoir, le rendre stable, transmissible. Studieuse, oui. Appliquée. Mais sans ambition particulière. Juste le plaisir d’en savoir plus, et de bien le savoir.
Je me souviens aussi des jeux à faire semblant, avec la voisine. On se déguisait avec les vieilles robes à crinoline de nos mères. Elles étaient trop longues, trop lourdes. On chaussait leurs souliers à kitten heels, beaucoup trop grands pour nos pieds.
On ne jouait pas à être des princesses. Ce n’était pas du théâtre, ni des scénettes. Il n’y avait rien à jouer. Il s’agissait seulement de pénétrer le monde adulte par l’habit : endosser une allure, une posture, une autre manière de se tenir dans le monde.
Le jeu était là. Dans le tissu, le bruit des talons, le déplacement du corps. Être quelqu’un d’autre sans avoir à l’expliquer.
À quoi je jouais, petite ?
Je jouais à m’absenter sans disparaître.
Les questions sont toujours bienvenues… je réponds si ça me convient… deal??







Jouer ?
Je n’en n’ai guère de souvenirs.
Pourtant, nous devions bien jouer, à 4,petits, en fait, j’en suis même sûr, mais à quoi ?
J’ai souvenir d’un spectacle préparé avec des cousines, chez elles, on avait vendu des billets d’entrée dans tout le quartier. Mais ça ne se fait pas, je ne sais pas ce qui était le pire dans cette morale bourgeoise : se montrer en spectacle ou bien laisser entrer "la populace" dans une maison qui se voulait de valeur (mais quelles valeurs, au fait ?).
J’ai tenté longtemps de jouer avec, plutôt contre, un tricheur pathologique. Tricheur dans tous les domaines de la vie, comme il s’avérera plus tard... Je me suis longtemps cru très mauvais perdant, puisque je perdais forcément toujours, avec le recul je crois surtout que je ressentait une injustice que je n’arrivait pas à définir.
Alors, comme jeu, il m’est resté la guitare, la musique.
La lecture, l’informatique, en complet autodidacte, ce fût plus pour oublier, le temps, l’environnement, parfois (souvent ?) Jusqu'à l’abrutissement, l’épuisement total, pour enfin sombrer, ne plus penser...
Que de joies, que d’espoirs, que je vous distille ainsi !...
Au ballon-chasseur.
Lire.
Jouer à "l'école" (j'étais le prof 😋).
Patin, vélo, natation.